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Marion Maréchal Le-Pen voit sa cote de popularité suivre la tendance haussière initiée avant l'affaire familiale.
Marion Maréchal Le-Pen voit sa cote de popularité suivre la tendance haussière initiée avant l'affaire familiale.
©Reuters

Marion, Marine, Jean-Marie et les autres

FN : les intéressants enseignements de l’analyse des évolutions de la popularité comparée des dirigeants du parti

Depuis le mois d’avril dernier et la sortie d’une interview choc de Jean-Marie Le Pen dans Rivarol, le Front National est confronté à une crise historique. Ce conflit politico-familial opposant la fille à son père a abouti à marginaliser ce dernier au travers de son exclusion du parti prononcée le 20 août. Mais du fait des recours juridiques utilisés par le fondateur du mouvement, la crise s’éternise et continue de susciter l’intérêt des médias.

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  • Alors que l'université du Front national se tiendra samedi et dimanche prochain, le risque d'érosion de l'opinion pour les ténors restants du parti s'éloigne, après les violents conflits internes de ces derniers mois.
  • Si Marine Le Pen demeure stable depuis janvier 2015, Floriant Philippot et Marion Maréchal Le Pen ont quant à eux vu leur cote de popularité suivre la tendance haussière initiée avant l'affaire familiale.
  • Auprès des sympathisants, Marion Maréchal Le Pen a pu bénéficier des évènements, puisque l'écart entre sa cote personnelle et celle de Marine Le Pen a diminué de 7 points (l'écart était de 15 points en janvier).
  • Il faut dire que les Français en général, et les sympathisants en particulier, jugent sévèrement l'ex Président d'honneur. Ils étaient respectivement 62% à considérer ses sorties médiatiques comme handicapantes pour le parti, et 74% chez les sympathisants frontistes.
  • Bien que très présent dans les médias, Floriant Philippot souffre d'un manque de notoriété : 27% des sympathisants frontistes déclarent ne pas le connaître ou pas suffisamment pour se prononcer, cette proportion étant de 1% seulement pour Marion Maréchal-Le Pen et de 0% pour sa tante.
  • Second handicap, 22% des sympathisants du FN ont une mauvaise opinion de lui, alors que ce taux n’est que de 12% pour la députée du Vaucluse et de 7% pour la Présidente du mouvement.

 

1. La cote des principaux leaders du FN n’a pas pâti de la crise interne…

Dans ce contexte, on peut s’interroger sur l’impact éventuel de cette crise sur l’image des principales figures du mouvement. Les données du Tableau de bord politique Ifop/Fiducial pour Paris-Match indiquent qu’en termes d’image Marine Le Pen, Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot n’ont pas, pour l’heure, pâti de cette affaire. Comme le montre la courbe suivante, la popularité (mesurée à l’aune de la "bonne opinion") de Marine le Pen est restée stable depuis le mois de janvier 2015 et la rupture avec son père ne s’est pas accompagnée d’un décrochage. Sa popularité n’avait également pas souffert en juin 2014 au moment de la polémique sur l’emploi par Jean-Marie Le Pen du terme "fournée" à propos notamment de Patrick Bruel.

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Sur l’ensemble de l’année 2015, Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot ont, quant à eux, vu leur cote de popularité progresser, cette progression débutant avant l’affaire (février/mars) et coïncidant sans doute à une plus forte exposition médiatique engendrée par la campagne des élections départementales durant laquelle les deux personnalités ont été très exposées. La crise interne ne leur a donc pas nui et en juillet, Marion Maréchal-Le Pen devançait même symboliquement (d’un point) pour la première fois sa tante. 

De la même façon, "l’affaire Le Pen" n’a pas engendré de dommage d’image auprès des sympathisants frontistes. Marine Le Pen a perdu quelques points dans cette séquence mais sa cote reste extrêmement élevée dans le cœur de son électorat (avec 93% de bonne opinion en juillet). Il est intéressant de constater que dans le même temps, la cote de Marion Maréchal-Le Pen opérait le chemin inverse. Au déclenchement de la crise, elle a ainsi gagné 4 points quand sa tante en perdait 5. Ces mouvements ne sont certes pas spectaculaires (au regard notamment d’un niveau de popularité initial oscillant autour de 90%) mais ils ont abouti au fait que le différentiel de popularité qui était de 16 points entre la présidente du FN et la députée du Vaucluse en janvier 2015 ne soit plus aujourd’hui que 7 points. L’attitude plus en retrait adoptée par Marion Maréchal-Le Pen dans ce psychodrame familial a vraisemblablement été portée à son crédit par les sympathisants frontistes. Nous verrons dans la prochaine livraison de notre baromètre qui sera réalisée après l’exclusion de Jean-Marie Le Pen, option à laquelle sa petite-fille n’était pas favorable, comment les cotes de popularité respectives évoluent.   

2. …Car l’attitude Jean-Marie Le Pen n’a pas été soutenue

Si la cote des principaux dirigeants frontistes et notamment celle de Marine Le Pen n’a pas été affectée outre mesure, c’est car à la suite de ses propos dans l’émission de Jean-Jacques Bourdin sur RMC Info et sur BFM TV, puis son interview dans l’hebdomadaire Rivarol, Jean-Marie Le Pen est apparu très isolé. 

Interrogés en avril 2015 par l’Ifop pour Dimanche Ouest-France, 62% des Français estiment ainsi que son statut de président d’honneur et sa capacité à s’exprimer régulièrement dans les médias constituent plutôt un handicap pour le parti, contre 6% qui y voient un avantage. Les sympathisants du Front National sont plus sévères encore : 74% d’entre eux y voient un handicap, contre seulement 8% qui le perçoivent comme un atout, 18% ne se prononçant pas. Plus grave pour le vieux leader frontiste, le jugement des sympathisants du mouvement s’est durci à son égard. En effet, en juin 2014, au moment de sa sortie sur la "fournée" à propos de Patrick Bruel et d’autres artistes, 63% d’entre eux voyaient sa présence comme président d’honneur comme un handicap pour le parti, cette opinion ayant donc progressé de 11 points en 10 mois dans son électorat.   

Dans ce contexte marqué par une succession de sorties médiatiques provocatrices de Jean-Marie Le Pen, 38% des Français étaient favorables à ce qu’il quitte le Front National (contre 56% d’indifférents et 6% d’opposés à son départ). Si ce souhait est assez logiquement minoritaire dans l’ensemble de la population (une bonne partie des Français ne s’estimant pas concernée ou pas intéressée), il est très majoritaire dans l’électorat frontiste. En avril 2015, quand l’affaire éclate, 67% des sympathisants FN sont en effet favorables à son départ, soit un score en progression de 9 points par rapport à juin 2014. A l’inverse, seulement 7% ne le souhaitent pas, soit une proportion non négligeable, et 26% se déclarent indifférents, ce qui masque sans doute le trouble suscité par le fait que si ses prises de positions ne sont pas partagées et sont même condamnées, il demeure à leurs yeux le leader historique du mouvement.

Au regard, d’une part, des résultats de la consultation des militants organisée par la direction du FN et, d’autre part, du maintien à un très haut niveau de la popularité de Marine Le Pen parmi les sympathisants frontistes, on peut penser que les nouvelles provocations et sorties de Jean-Marie Le Pen intervenues depuis le déclenchement de cette crise lui ont aliéné encore davantage les soutiens qu’il lui restait. Néanmoins, si les sympathisants frontistes désapprouvent massivement l’attitude de Jean-Marie Le Pen et souhaitaient qu’il quitte le parti, son exclusion prononcée le 20 août par le bureau exécutif a suscité un certain trouble. Interrogée à chaud, une majorité de 53% des sympathisants a certes approuvée la sanction disciplinaire mais 22% l’ont désapprouvée et 25% se sont déclarés indifférents, cette réponse traduisant la perplexité d’une partie de la base frontiste devant l’éviction du fondateur du mouvement. Autant, l’idée que Jean-Marie Le Pen doive quitter le parti du fait de son attitude s’était largement imposée parmi les sympathisants, autant l’idée de le mettre à la porte du parti qu’il avait lui-même créé allait moins de soi au lendemain de l’annonce. Une autre mesure réalisée plus "à froid" par l’Ifop (le terrain d’enquête s’étant déroulé du 25 au 30 août) montre, qu’une fois l’annonce "digérée", la base frontiste soutient massivement la direction du parti. En effet, dans cette nouvelle enquête, 66% des sympathisants approuvent l’exclusion, 12% la désapprouvent et 22% se disent indifférents. 

3-Comparaison de la popularité des trois principaux leaders du FN

On a vu précédemment que le score de "bonnes opinions" de Florian Philippot parmi les sympathisants frontistes était sensiblement plus faible que ceux des deux autres personnalités testées. Comme le montre le graphique suivant, ce retard s’explique par un double handicap. Bien que très médiatique, le vice-président du FN souffre encore d’un déficit de notoriété parmi les proches du FN. 27% d’entre eux déclarent ne pas le connaître ou pas suffisamment pour se prononcer, cette proportion étant de 1% seulement pour Marion Maréchal-Le Pen et de 0% pour sa tante. 

Second handicap, 22% des sympathisants du FN ont une mauvaise opinion de lui, alors que ce taux n’est que de 12% pour la députée du Vaucluse et de 7% pour la Présidente du mouvement. Pour renforcer son assise au sein de l’électorat frontiste, Florian Philippot devra à la fois se faire encore davantage connaître mais aussi travailler sur son image car la progression de la notoriété ne s’accompagne pas toujours mécaniquement par une hausse de la popularité. Ainsi, l’analyse de l’évolution de sa notoriété et de son image depuis qu’il est testé dans le Tableau bord politique Ifop/Fiducial pour Paris-Match (avril 2014), montre que le vice-président a très fortement accru sa visibilité auprès de l’ensemble des Français puisque la proportion de personnes indiquant ne pas le connaître est passée de 43% en avril 2014 à 27% seulement en juillet 2015. Mais dans le même temps, le niveau de "bonnes opinions" demeurait stable (24% en avril 2014 contre 25% en juillet 2015) et ce sont les "mauvaises opinions" qui progressaient symétriquement : 33% en avril 2014 et 48% en juillet dernier.    

Compte-tenu de l’appartenance de Florian Philippot au FN, on peut penser qu’il s’agit d’un phénomène assez classique. Au fur et à mesure que les Français, qui sont très majoritairement opposés à ce parti, apprennent à connaître une nouvelle personnalité de ce mouvement, sa notoriété progresse mais la "mauvaise opinion" également. Mais, depuis son entrée, plus récente et à  un niveau de popularité plus élevé, dans notre baromètre, Marion Maréchal Le Pen n’a pas connu la même trajectoire. Comme on peut le voir sur le graphique suivant, la proportion de personnes déclarant ne pas la connaître est passée de 11% en janvier 2015 à 6% en juillet. Concomitamment, le score de "bonnes opinions" passait de 28% à 34% quand celui des "mauvaises opinions" demeurait stable et élevé (61% en janvier, 60% en juillet).

La nièce et la tante bénéficient aujourd’hui d’un niveau de popularité comparable dans l’ensemble de la population. Or, on répète souvent que ces deux personnalités incarnent des sensibilités différentes au sein du mouvement : plus "social-étatiste" pour la présidente du FN et plus "libéral-conservatrice" pour la députée du Vaucluse. Si leur niveau de popularité est identique, retrouve-t-on dans la structure de leurs soutiens respectifs une trace de cette différence de sensibilité ? Force est de constater que non. L’analyse détaillée de leur niveau de popularité selon les différentes catégories socio-démographiques et politiques fait apparaître deux structures de popularité parfaitement superposables. De manière tout à fait frappante, les scores sont presque totalement identiques au point près dans quasiment tous les segments étudiés comme le montre le tableau suivant.

Les deux personnalités obtiennent leurs meilleurs scores parmi les hommes, les tranches d’âge intermédiaires, les artisans et commerçants et les employés et ouvriers. Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, on n’observe pas d’effet générationnel : Marion Maréchal-Le Pen ne creuse pas l’écart avec sa tante parmi les plus jeunes quand cette dernière ne la surclasse pas dans sa tranche d’âge des 35-49 ans. De la même façon, le positionnement plus libéral et droitier de la députée du Vaucluse ne se traduit pas par une prime pour celle-ci parmi les CSP+ ou dans l’électorat de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2012. Et inversement, le discours "social" de Marine Le Pen ne lui offre pas une popularité plus importante que celle de sa nièce auprès des catégories populaires. Hormis l’avance, déjà mentionnée, de Marine Le Pen au sein de l’électorat frontiste, un autre écart statistiquement significatif (mais néanmoins limité) se fait jour en ce qui concerne les régions. Dans le quart Nord-est (englobant la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie), la présidente du FN devance de 5 points Marion Maréchal-Le Pen, qui fait jeu égal avec elle dans le reste du pays et notamment sur l’ensemble Paca-Languedoc-Roussillon.           

La similarité quasi-parfaite de ces deux structures de popularité semble indiquer que pour réelles que soient les différences de tonalités des deux discours, la puissance des marques "FN" et "Le Pen" pèsent bien plus lourd. Ce sont principalement elles qui structurent l’image de ces deux personnalités qui apparaissent d’abord comme des représentantes du FN, parti au discours très identifié, avant d’incarner, en mineur, des tonalités parfois différentes. Des différences de perception existent sur le style. Quand 57 % des Français, interrogés en avril 2015 pour Atlantico.fr, estimaient que Marion Maréchal Le Pen était proche de Jean-Marie Le Pen sur la manière de s’exprimer et de défendre ses idées, seuls 43%, soit un écart substantiel de 14 points, pensaient de même concernant la fille vis-à-vis de son père. Mais par-delà cette différence, pour l’ensemble des Français, comme pour une majorité de sympathisants FN, le cœur des idées et du programme politique lepéniste semble bien partagé par les deux générations suivantes. 73% des Français (et 65% des sympathisants frontistes) jugeaient Marion Maréchal-Le Pen proche du fondateur sur le plan programmatique, ces proportions étant quasiment identiques concernant Marine Le Pen : respectivement 70% et 60%. 

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