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Florian Philippot : « Il y a beaucoup d'électeurs patriotes et souverainistes dans la nature mais Laurent Wauquiez respire beaucoup trop l'insincérité pour qu’ils aillent vers lui »
©LIONEL BONAVENTURE / AFP

Entretien politique

Florian Philippot : « Il y a beaucoup d'électeurs patriotes et souverainistes dans la nature mais Laurent Wauquiez respire beaucoup trop l'insincérité pour qu’ils aillent vers lui »

Le congrès fondateur des Patriotes se tient ce dimanche à Arras. Pour Atlantico, Florian Philippot détaille l'objectif et les ambitions de ce mouvement, qu'il veut "plus crédible, moderne et rassembleur" que le Front national.

Florian Philippot

Florian Philippot

Florian Philippot est président du parti "Les Patriotes", qu'il a fondé en septembre 2017. Il est également conseiller régional du Grand Est et député européen. Il était auparavant vice-président du Front National.

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Atlantico : Fins de mois difficiles, difficultés de recrutement, échec aux partielles : comment échapper à la mégretisation puisque Bruno Mégret lors de sa rupture avec Jean-Marie Le Pen était parti avec les cerveaux lui aussi mais en plus, avec les cadres du parti ce qui n’est pas votre cas ?

Florian Philippot : Nous sommes dans un cercle vertueux. Depuis que je suis parti et que j'ai fondé les patriotes, le 29 septembre, nous connaissons l'arrivée de plus en plus d'élus (nous avons deux parlementaires supplémentaires, des conseillers départementaux et municipaux) et de plus en plus de personnes nous rejoignent. Il y a un grand intérêt pour ce congrès à Arras ; je dirais donc plutôt que nous sommes dans une phase d'élargissement et d'installation dans le paysage politique français.

Mégret était parti sur une offre politique très radicale et sur un petit confetti électorat. Il était logique dans ces conditions que cela finisse rapidement par disparaître, car cela n'avait aucun espace.

Je suis parti sur une offre patriotique beaucoup plus crédible, moderne et rassembleuse que le Front national. Peu de chance de voir une mégrétisation dans ces conditions.

Selon certains sondages relatifs aux prochaines européennes, on constate un renforcement de la position de Nicolas Dupont Aignan, qui parviendrait à capter une bonne part des électeurs déçus du Front national. Pourriez-vous travailler ensemble ? Ce qui vous rassemble n'est-il pas plus important que ce qui vous sépare ? 

Je peux travailler avec tous ceux de droite et de gauche qui sont attachés à l'indépendance nationale. Mais je souhaite que l'on parte tous d'un projet unique.

Je vois que du côté de Nicolas Dupont-Aignan (mais on voit la même chose du côté de Marine Le Pen, certainement parce qu'ils travaillent beaucoup ensemble), on parle beaucoup d'alliances, d'union des droites… En réalité ils ne font que parler d'eux. Nicolas Dupont-Aignan a d'ailleurs beaucoup reculé sur la question du combat contre l'Union européenne. C'est dommage.

Au contraire, nous, nous partons d'un projet fondé sur l'indépendance nationale qui ensuite permet tout. Aussi bien de se réapproprier pleinement la question de l'emploi, de l'écologie, la question de l'immigration massive, de la défense nationale…

Les patriotes partent d'un projet clair, assumé, même si sur certains points nous ne sommes pas encore majoritaires selon les sondages. Nous sommes là pour défendre des convictions claires et, à partir de là, nous ne fermons la porte à personne. Il est urgent d'arrêter les petits jeux d'alliances, de boutiques, pour avancer sur un projet clair. Pour l'instant, Nicolas Dupont-Aignan est surtout tourné vers Marine Le Pen et reste dans ce rôle de Premier ministre virtuel de Marine Le Pen. C'est une erreur car à mon sens le Front National n'a pas d'avenir et il congèle inutilement des voix dans le camp patriotique. Si Nicolas Dupont-Aignan change et retourne sur les valeurs de fond, et se détourne de son petit jeu de rôle avec Marine Le Pen, alors je suis certain qu'avec lui et d'autres, y compris des gens qui viennent du gaullisme et de la gauche souverainiste, nous pouvons (et devons) faire un bout de chemin ensemble. Je l'espère dans l'intérêt de la France.

En admettant qu'une nouvelle crise viendrait en finir avec la zone euro et l'existence de la monnaie unique, et ce, sans avoir besoin d'organiser un Frexit, quelles seraient vos préconisations ? Une fois cette souveraineté retrouvée, que devrait faire la France selon vous ? 

D'avoir tout de suite un plan de mise en place d'une nouvelle monnaie nationale et un plan de protection des Français pour organiser la liquidation définitive de ce système européiste. Il ne faut pas attendre que cela se produise pour commencer à travailler en ce sens, il faut anticiper, se préparer.

Si l'Euro disparaît demain de lui-même, la France n'aura plus d'obstacle pour mettre en place le patriotisme économique. Elle pourra de nouveau protéger ses fleurons nationaux, donner un avantage à ses PME dans les marchés publics, elle retrouvera de la compétitivité car sa monnaie sera adaptée à son niveau de compétitivité et pourra exporter davantage…

Il faudrait que l'Etat stratège prenne toute sa place, en partenariat avec les entreprises et le secteur industriel, pour assurer une politique de reconquête non seulement du marché intérieur mais aussi du marché extérieur. En effet, on a beaucoup reculé dans le commerce international depuis 15 ans et même depuis l'apparition de l'euro. C'est tout un plan qui est à mettre en place mais je crains que cela reste de la politique fiction puisque tout est fait au niveau de la BCE pour que l'euro tienne, quitte à ce qu'il nous détruise encore davantage puisqu'il a regagné en valeur par rapport au dollar. On sait que plus l'euro est fort, plus il détruit de l'emploi en France.

Les derniers chiffres du chômage ont mis en évidence une forte baisse au trimestre dernier, bien que le seuil reste encore élevé à 8,9% de chômage. Comment analyser vous les résultats économiques de ces derniers mois ? Y voyez-vous un premier résultat des réformes mises en place par Emmanuel Macron ? 

D'abord je suis extrêmement prudent sur la fiabilité de ces chiffres puisque ce sont les chiffres de l'INSEE par sondage selon les normes du Bureau International du Travail. Il faut prendre tout cela avec beaucoup de pincettes car depuis quelques années, on a trituré les chiffres du chômage dans tous les sens (rappelons la réforme en juin 2015 de Pôle emploi qui a fait basculer beaucoup de chômeurs  A/B/C vers D et E, ce qu'il fait qu'ils sont sortis des écrans radars). Maintenant, s'il est possible que quelques chômeurs aient retrouvé du travail, je m'en réjouis mais attention : c'est souvent du travail très précaire alors même que la France a des ressources pour recréer de l'emploi pérenne, durable, de qualité et rémunérateur. Mais pour cela, elle doit miser sur son système de formation qui doit être remis debout et sur ses propres forces, c’est-à-dire être capable de se défendre dans la mondialisation dans un esprit de conquête française. Pour cela il faut avoir sa monnaie, ses frontières, sa politique commerciale et c'est tout ce que nous n'avons pas aujourd'hui.

Tant que Macron continuera de faire du Sarkozy et du Hollande, notamment parce qu'il y est contraint, il y a peu de raisons que les résultats s'améliorent véritablement.

Laurent Wauquiez, par le biais notamment de Julien Aubert ou de Guillaume Peltier, assume de plus en plus une ligne économique qui cherche à défendre le travail par rapport au capital. Une telle approche ne vous prive-t-elle pas de votre espace politique ? 

Je pense qu'il y a beaucoup d'électeurs patriotes et souverainistes qui sont dans la nature, mais je ne pense pas qu'ils aillent vers Laurent Wauquiez. Il respire beaucoup trop l'insincérité. Cela se voit, se sent, il est dans une stratégie d'enfumage.  Lorsqu'il parle de limiter fortement l'immigration, ses propositions sur l'acquisition de la nationalité française ou qu'il joue la carte de l'euroscepticisme… Je n'y crois pas. Sarkozy avait promis la même chose en 2007 et on a bien vu qu'il ne s'était rien passé. Si Wauquiez était sincère il comprendrait qu'il serait obligé de faire sortir la France de l'Union européenne. Il n'y a pas 50 nuances de souverainisme.

LR avec Wauquiez à sa tête est traversé par des contradictions très fortes ; je ne pense pas que le parti soit très attractif.

Les électeurs qui sont dans la nature ont certainement été déçus, dégoutés de la politique à cause de l'élection présidentielle entre les affaires Fillon, le débat raté de Marine Le Pen ou encore la "dégoulinade" médiatique autour de Macron… Comment ces électeurs pourraient-ils aller vers l'insincérité que représente Laurent Wauquiez ? Je pense qu'au contraire, ils iront vers la sincérité, l'authenticité des convictions et la valeur qu'on veut remettre au goût du jour avec les Patriotes : la sincérité en politique. A l'inverse de ce qui se fait dans les mouvements populistes, il faut se battre sur des convictions fortes et cohérentes, quitte à déplaire sur certains sujets.

Dans une interview donnée au JDD, Emmanuel Macron a indiqué qu'il souhaitait "poser les jalons de toute l'organisation de l'islam de France". Comment percevez-vous la démarche et les jalons évoqués ?  Comment interprétez-vous cette position ? 

Je suis en total désaccord avec cette approche. Je ne pense pas que ce soit à l'Etat de structurer une religion, de structurer l'Islam. Nous ne sommes plus au temps de Napoléon vis-à-vis des juifs.  De toute façon, l'islam ne peut pas se structurer puisque dans le sunnisme qui représente l'écrasante majorité de l'islam, notamment en France,  il n'y a pas de clergé. Les gens qui font ce genre de propositions confondent souvent l'islam avec l'église catholique. Sur la question de l'islam, nous sommes obligés de partir de la seule approche possible, c’est-à-dire les considérer comme des citoyens français et s'il se trouve qu'ils sont musulmans, ils sont tout autant Français et au même titre que les autres ils doivent respecter les lois de la République.

Il faut juste poser des règles qui sont celles de la laïcité. Demander à tous les citoyens français de respecter les règles de la République et poser des règles précises comme l'interdiction des financements publics pour n'importe quel lieu de culte, prohiber l'argent venu de l'étranger pour les constructions de lieux de cultes, surveillance des imams qui arrivent depuis l'étranger, comme ceux venus de Turquie, d'Algérie, du Maroc… avec potentiellement des risques d'importation de conflits extérieurs ou de fondamentalisme, des prêches dits en Français…

Et au-delà de ces principes posés, il faut faire respecter partout les lois de la République.

Prenez l'exemple du CFCM : c'est une catastrophe. Il ne doit pas être réformé mais supprimé. Le CFCM c'est le règne  du communautarisme, la "gueguerre" des influences étrangères…

Emmanuel Macron doit aujourd'hui lancer une grande politique de reconquête de la laïcité. Il est inadmissible que nous n'ayons pas encore interdit les signes religieux à l'université ou qu'il n'y ait pas encore de politique de reconquête de l'égalité entre hommes et femmes dans certains quartiers…

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