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Quand François Hollande, victime d'un AVC, s'exclame : "Il va aussi falloir que je me souvienne de détester Sarkozy, parce que je l’aimais bien, avant"
©Reuters

Bonnes feuilles

Quand François Hollande, victime d'un AVC, s'exclame : "Il va aussi falloir que je me souvienne de détester Sarkozy, parce que je l’aimais bien, avant"

Extrait de "La démence de François - AVC à l'Elysée", de Baron de S., aux éditions Tallandier 1/2

Baron de S.

Baron de S.

Sous le pseudonyme de Baron de S. se dissimule un familier du pouvoir dont l’identité surprendrait et amuserait beaucoup le lecteur, si nous pouvions la révéler…

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LA RÉSURRECTION DU PRÉSIDENT

Samedi 11 juillet, 18 heures

Brice Gayet, le père de Julie, accompagné de celle-ci, avait planté ses deux mètres de haut et sa dégaine à la Clark Gable devant le garde républicain qui voulait leur interdire l’entrée dans le service du professeur Ricard au Val-de- Grâce.

– Écoutez-moi bien, mon petit bonhomme, vous parlez au premier beau-père de France, accompagné de la quasi première dame. Alors, si vous ne nous laissez pas passer, d’abord je vais vous flanquer par la fenêtre, ensuite vous allez finir votre vie à la gendarmerie de Marvejols en Lozère.

Heureusement, Jean-Pierre Jouyet passa une tête à ce moment-là et embarqua avec lui le professeur Gayet, chirurgien digestif de son état, et sa fille, fiancée du président, qu’il avait saisie par l’avant-bras. Dans le couloir du service, Lyon-Caen et Ricard étaient en grand conciliabule. Brice Gayet se joignit à eux, cependant que Jouyet conversait avec Julie, lui tenant les mains et lui parlant à trois centimètres du nez, selon son habitude. Vous sortiez d’un entretien avec Jouyet les poignets bleuis, tant il vous accrochait les avant-bras. Il affectionnait le conciliabule, la messe basse et les formules énigmatiques. Pour vous demander l’heure, ça donnait quelque chose du genre :

– Tu regarderas sur tu vois ce que je veux dire, pour me dire tu comprends quoi.

– Non, justement, je ne comprends pas, Jean-Pierre…

– Manifestement, dit Ricard, il n’y a aucune séquelle. Son cerveau, à l’imagerie médicale, est parfaitement fonctionnel. Et l’examen clinique dit la même chose. Il sait qui il est, qui sont ses enfants, etc. Mais, bizarrement, sa mémoire s’arrête au 6 mai 2012. Il n’a rien effacé de sa vie sauf les trois dernières années. Sur le plan professionnel et sur le plan personnel. Est-ce que ça peut revenir ? Je n’en sais rien. C’est un cas d’amnésie partielle. De même, son humeur est égale, mais il s’est vu que semblable accident produise des changements de caractère. Seul le temps nous le dira. 

Julie était entrée dans la chambre du président avec son père, à qui elle avait demandé de l’accompagner.

Pendant ce temps, Lyon-Caen s’entretenait avec Jouyet :

– Bon, il est opérationnel – lâche-moi les bras s’il te plaît Jean-Pierre. Son cerveau fonctionne à plein régime. Il sait tout, il comprend tout. Simplement, il a effacé trente-huit mois de sa mémoire centrale. Ça arrive. On vient de lui apprendre qu’il était élu, que Valls était son Premier ministre, toi, son secrétaire général, Ségolène, sa ministre de l’Environnement, que Valérie Trierweiller, c’était fini, et que Julie était discrètement sa compagne. Tout cela a paru le réjouir, en particulier les derniers points. Il est jovial, comme à son habitude. Il m’a dit en s’amusant :

– Maintenant, je suis gaga ; décidément, je copie Chirac en tout.

– Bien, on va avoir l’air idiots s’il ne se souvient de rien de son mandat, dit Jouyet en parlant à quelques centimètres du nez de Lyon-Caen et en lui agrippant de nouveau les bras.

Il poursuivit, songeur :

– Tu me diras, à certains égards, ça vaut mieux.

– On va le reprogrammer, dit Lyon-Caen. Avec son intelligence, il va tout réapprendre vite. On va lui faire un résumé de son début de quinquennat. Nous avons jusqu’à dimanche soir. Allez, on s’y met !

Ils se dirigèrent vers la chambre. Julie en sortait justement. Elle était toute souriante. Soulagée. C’était la gentillesse faite femme. Et la douceur. Elle avait eu peur pour lui, mais ça y est, c’était fini.

– C’est dingue, dit-elle à Jouyet et Lyon-Caen, il est presque mieux qu’avant, plus serein, plus zen. C’est génial. Rien de mieux qu’un petit AVC pour vous remettre les idées en place. Elle éclata d’un bon rire. Lorsqu’ils entrèrent dans la chambre du président, celui-ci, dans son lit, les accueillit aimablement.

– Ah Jean-Pierre! Merci, merci, on m’a tout raconté. Je t’ai fait une belle frayeur mais tu vois, je suis en pleine forme, en pleine possession de mes moyens. Simplement, j’ai effacé trois ans de mon album souvenir, c’est ballot, non ? Bon, la politique, l’économie, les affaires internationales, nous allons pouvoir rattraper, mais trois saisons de Ligue 1, comment vais-je faire ? Je ne vais pas me retaper tous les matchs !

Et tout le monde rit de bon coeur – d’abord parce qu’il entre dans la fonction des conseillers de rire aux blagues du président, et ensuite parce que ce président- là est particulièrement drôle.

– Il va aussi falloir que je me souvienne de détester Sarkozy, parce que je l’aimais bien, avant.

Extrait de "La démence de François - AVC à l'Elysée", de Baron de S., aux éditions Tallandier, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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