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FIAC 2012 : Asie, Amérique du Sud, Orient, quelles sont les puissances artistiques du monde moderne ?
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Pinceaux voyageurs

FIAC 2012 : Asie, Amérique du Sud, Orient, quelles sont les puissances artistiques du monde moderne ?

Alors que l'édition 2012 de la Foire internationale d'art contemporain se termine ce dimanche, le Brésil, Israël, l'Asie et la Chine en particulier semblent être les puissances artistiques émergentes.

Fabien  Béjean-Leibenson

Fabien Béjean-Leibenson

Fabien Béjean-Leibenson est responsable du département Art moderne et Art contemporain Chez Pierre Berger & Associés. Il termine actuellement un livre sur l'art contemporain israélien Un art visionnaire, une vision israélienne. 

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Atlantico : A l’occasion de la Foire internationale d'art contemporain (Fiac), les œuvres d’artistes du monde entier sont réunies au Grand Palais. Petit tour d’horizon des puissances émergentes de la scène artistique contemporaine. Le Brésil, Israël, mais aussi l’Asie semblent sortir du lot, quelle vision nouvelle apportent-ils ?

Fabien Béjean-Leibenson : Ce qui est intéressant dans la production artistique de ces pays, c’est le reflet que celle-ci exprime des évolutions de chacun d’entre eux. Dans le cas du Brésil, on constate que de nombreux artistes font ressortir les très grands écarts sociaux qui caractérisent ce pays. Les artistes témoignent à la fois de l’incroyable rapidité d’évolution de la société, et de la façon qu’elle a de contraster avec les inégalités sociales. L’œuvre de Vik Muniz en est le parfait exemple dans ses montages photos, il recompose des tableaux célèbres de toute l’histoire de l’art en mettant en place les perspectives sociales complexes du pays. Il utilise à la fois des éléments très précieux, riches, comme les stars américaines ou des diamants qu'il associe à tous les détritus que l’on peut trouver dans les favelas. Ces inégalités sociales n’existent pas uniquement au Brésil mais il est une sorte d’Etat témoin symptomatique de ce qui se passe dans les économies émergentes.

L’art israélien quant à lui regroupe des populations variées, des Israélites mais aussi des Arabes ou des Palestiniens qui restent malgré tout peu représentés. En Israël, il y a depuis longtemps une culture et des mouvements artistiques très bien définis depuis les années 1920, avant même la création de l'Etat d'Israël, qui ont suivi l’influence culturelle juive américaine et européenne. L’aspect intéressant de nos jours en Israël, c’est l’apparition d’une identité très moderne en prise à des problématiques de temporalité et de l’homme à travers celles-ci. En cela, ces artistes ont vraiment compris toute la problématique postmoderniste et des conséquences que cela peut avoir. 

L’Asie quant à elle constitue une sorte de vivier créatif où les artistes s’influencent les uns les autres. Prenons l’art contemporain chinois par exemple, on y trouve un aspect de la représentation très différente notamment au niveau de la figure humaine. L’artiste Yu Minjun représente très bien cela à travers une série de portraits de Chinois qui rient de manière exagérée, un peu forcée, dissimulant ainsi tous les sentiments et les attachements. Nous, en tant qu’Occidentaux, nous concevons l’engagement de manière plus directe et frontale. La revendication est montrée au premier plan alors que dans la culture chinoise c’est quelque chose de plus discret, de sous-jacent surtout dans un pays où la contestation n’est pas libre.

Comment expliquer la fascination des Européens pour l’art contemporain asiatique alors qu’ils ne possèdent pas tous les codes culturels pour le décrypter ? On peut penser notamment à la médiatisation exceptionnelle de l’exposition Haraki Murakami au château de Versailles.

Dans le cas de Murakami, les Occidentaux possèdent déjà les codes de compréhension de son univers visuel. En effet, notre société a déjà intégré l’idée et les codes du manga japonais que tous les enfants ont déjà regardé. Murakami utilise les codes d’un pop japonais avec des figures très stylisées, on pourrait l’identifier à une sorte de Jeff Koons japonais. Ce n’est donc pas l’artiste asiatique le plus compliqué à appréhender. Cependant, il est vrai que les artistes asiatiques, notamment chinois, proposent un mélange surprenant de contemporanéité et de tradition qui séduit les Européens. Ils ont à la fois assimilé le capitalisme et sa culture à une vitesse hallucinante et en même temps, ils ne les ont pas totalement assimilés, ils vivent dans ce paradoxe culturel. C’est peut-être ce qui fascine les Occidentaux. Les Chinois sont de formidables copistes, tout en apportant une image très séduisante à l’œil, qui pourrait être produite en Europe mais qui cache un message qui leur est propre. Le lien entre les deux est difficilement accessible, c’est un leurre. Ça paraît accessible mais dans le contenu ça l’est beaucoup moins que ce que l’on croit. C’est là finalement le talent chinois, de jouer avec la figure pour cacher quelque chose de plus profond. Les occidentaux prennent les choses très au premier degré dans l’art chinois alors que ces derniers ont un sens critique très acéré qui n’est pas évident à décoder sans connaitre les codes culturels du pays. Parmi les artistes caractéristiques de cette tendance, on peut citer Zeng Fanzhi, mais aussi Zhang Xiaogang. Sur le plan plastique, les Asiatiques ont une patte artistique très manuelle notamment dans la création de reliefs par l’utilisation de couture à même la toile mais ils utilisent assez peu de vidéos ou de médias numériques.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Bonaventure

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