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La fête de l'Humanité s'est ouverte vendredi à la Courneuve (Seine-Saint-Denis) sur fond d'échéances électorales.
La fête de l'Humanité s'est ouverte vendredi à la Courneuve (Seine-Saint-Denis) sur fond d'échéances électorales.
©Reuters

Fête de l'Humanité

La relation Mélenchon-PC : un mariage de raison pas encore enterré

La Fête de l'Huma s'est ouverte vendredi sur fond de dissensions : Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche) et Pierre Laurent (PCF) ne sont pas d'accord sur la stratégie d'alliances à adopter en vue des municipales de 2014.

Atlantico : Cet été a été le théâtre de tensions entre Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent. Le secrétaire national du Parti communiste a en effet critiqué le leader du Front de gauche pour ses propos trop incisifs. "Nous ne devons pas confondre la colère et la radicalité nécessaire avec la provocation et l’invective", avait déclaré Pierre LaurentEst-ce le signe que l'alliance entre les deux partis est à l'agonie ? 

Sylvain Boulouque : A priori non, les sourires et les déclarations lors des débuts de la fête de l’Humanité semblent indiquer le contraire. Comme son nom l’indique le Front de gauche est une coalition dans lequel chacun des partis conserve son autonomie, ce qu’il ne faut surtout pas oublier. De plus, les uns comme les autres savent qu’ils ont besoin de chacune des forces pour faire avancer le Front de gauche. Cette partie de la gauche étant un espace en recomposition. Les déclarations de François Delapierre puis de Jean-Luc Mélenchon sur Manuel Valls n’ont pas choqué les communistes. Seul Pierre Laurent a réagi pour ne pas trop envenimer les relations avec les socialistes dans l’optique d’une alliance avec ces derniers aux élections municipales.

Autre point de friction, la stratégie à adopter pour les élections municipales de 2014. En fonction des situations locales, le PC souhaite jouer la carte Front de gauche ou s'allier à nouveau dès le premier tour avec le Parti socialiste. Le Parti de gauche, lui préférerait des listes autonomes. Les deux partis peuvent-ils trouver un compromis sur ce sujet ?

Sylvain Boulouque : Le problème majeur demeure les élections municipales car deux stratégies différentes sont en lice. La première est celle prônée par toutes les composantes du Front (à l’exception du PCF) qui est d’aller seul à la bataille ou dans des alliances locales avec les Verts et le NPA. Le PCF privilégie l’alliance dès le premier tour avec le PS, ce qui lui permet de sauver un maximum d’élus. Dans l’état actuel, il est impossible de dire quelle sera l’issue des négociations tant dans le Front de gauche qu’avec le Parti socialiste, tout dépend de l’évolution de la situation sociale, des sondages et de la progression potentielle du FN, qui favorisera ou non les listes de gauche unique des le premiers tours. Enfin un dernier facteur est important, les élections municipales sont des élections locales donc principalement avec des enjeux locaux.

Gérard Grunberg : Pour ces échéances courtes que sont les élections municipales, on constate une différence d’appréciation entre le Parti de gauche et les communistes car ces derniers veulent conserver leurs mairies. Néanmoins, tous les militants communistes sont-ils prêts à suivre la direction de leur parti ? Rien n'est moins sûr. Ce qui est certain en revanche, c'est qu'à long terme, le Parti communiste ne pourra pas faire alliance avec le gouvernement .

Cette alliance avec les socialistes aux municipales serait donc tactique. L'objectif pour les communistes étant de conserver leurs positions. Mais stratégiquement, les communistes ne possèdent pas d’alternative à Mélenchon et à l’anti- socialisme. Je ne les vois pas comme en 1997 ou en 1981 s'allier à la majorité. Les communistes ne sont pas entièrement en phase avec la manière qu'a Mélenchon de s’exprimer. Pour autant, ils ne possèdent pas de stratégie alternative à une alliance avec le trublion.

A l'inverse, le Front de gauche peut-il se passer de l'ancrage local du Parti communiste ?

Sylvain Boulouque : Non, le Parti de gauche comme les autres composantes du Front de Gauche : Parti de gauche,  Parti communiste des ouvriers de France (maoïsant), la gauche anticapitaliste et la gauche unitaire (ancien de la LCR/NPA) ou les alternatifs, la FASE (anciens communistes rénovateurs ou refondateurs) ne possèdent pas l’appareil militant pour avoir des audiences nationales. A l’exception de quelques groupes locaux, ils sont paralysés sans les militants du PCF. De même, le PCF ne peut plus se passer de l’appuie des autres composantes du Front de gauche.

Gérard Grunberg : Je pense que l’ancrage local des autres composantes du Front de gauche est faible, contrairement ce que pense Jean-Luc Mélenchon. Sans les communistes, la mobilisation pour les municipales sera difficile.

Le PC survivrait-il nationalement sans le Parti de gauche et son leader charismatique incarné par Jean-Luc Mélenchon ? 

Sylvain Boulouque : A l’échelon locale certainement, car le PCF possède quelques solides bastions. A l’échelle nationale, la verve et les provocations de Mélenchon d’une part et la nouvelle forme d’organisation prive le PCFd’une large audience. Du reste les uns comme les autres savent qu’ils s’agit d’un mariage de raison. 

Gérard Grunberg : Nationalement, les communistes ne représentent pas grand-chose et ils hésiteront clairement à rompre avec Mélenchon. Sauf si le Parti de gauche cause trop de problème aux municipales...

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