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Faut-il parler de ses enfants au bureau, à qui et comment (et surtout, êtes-vous la mère ou le père...) ?
©M6

Comment vont tes gosses ?

Faut-il parler de ses enfants au bureau, à qui et comment (et surtout, êtes-vous la mère ou le père...) ?

Parler de ses enfants ou de sa vie privée au travail peut sembler tout à fait anodin, mais cela peut créer des situations négatives dans lesquelles les collègues peuvent percevoir quelqu’un comme moins investi dans son travail.

Francine Emschwiller

Francine Emschwiller

Francine Emschwiller est psychologue clinicienne, membre du Réseau Souffrance & Travail. Avant d’être psychologue, Francine Emschwiller était Directrice Financière. Au croisement de ces deux axes, travail et construction mentale, cette experte du changement a développé une approche spécifique de prise en compte du stress au travail et de ses incidences sur la vie familiale et sociale.

Son site : http://coquelicot-psychologie-travail.fr

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Atlantico : Quels défauts ou bénéfices ce type de discussions centrées sur les enfants peuvent-elles avoir sur le lieu de travail ? Dans quelle mesure cela influence-t-il la façon dont une personne est perçue par son entourage professionnel ?

Francine Emschwiller : La bonne ambiance au travail passe par une bonne coopération entre collègues. La coopération est favorisée par l’organisation du travail. Insérer des conversations personnelles permet de créer des liens. Mais une certaine prudence s’impose. Une population au travail représente des situations familiales hétérogènes. Certains salariés sont en couple, ont des enfants, d’autres pas. Les moyens de communication de type Internet et téléphones portables favorisent la porosité des espaces travail-famille, pour le meilleur ou pour le pire. Faut-il donc encourager ces échanges entre espace privé et espace professionnel ? La vie au travail n’est-elle pas de plus en plus un combat, une concurrence pour un client, pour une promotion ? Pour gagner ce combat, ne vaut-il pas mieux se protéger ? La vie familiale comporte inévitablement des difficultés. S’il n’est pas possible de n’en rien faire paraître, pourquoi ne pas limiter les confidences qui exposeraient une certaine fragilité ?

Dans la mesure où une personne passe en moyenne plus de temps à son travail que chez elle, peut-on penser que d'avoir ce genre de discussions sur sa famille ou ses enfants permet de créer un décalage nécessaire pour mieux appréhender sa relation au travail ?

Il y a au travail des temps de convivialité : la machine à café, la pause des déjeuners sont des moments de détente. Ces moments favorisent la coopération au travail. Faut-il pour autant y exposer sa vie privée ? Les sujets de discussion sont fonction des usages locaux, des salariés en présence. Dans certaines régions françaises, les congés se prennent au moment de la cueillette des champignons : parler de la saison des champignons engage peu… même si chacun a ses "coins" bien sûr.  L’actualité, le sport, les programmes de télévision ou de spectacles sont des supports qui permettent de prendre un peu de distance dans l’espace professionnel sans engager son intimité. Séparer autant que possible espace professionnel et espace privé relève du conseil sanitaire. Quand l’un va mal, préserver l’autre est précieux. Un couple sur cinq se rencontre sur un lieu de travail. Travailler dans la même entreprise que son conjoint peut pourtant être très inconfortable. 

Au contraire, ne pas pouvoir en parler peut-il créer des situations anxiogènes ou négatives ? Vivre une future naissance, un deuil, la maladie d’un proche, une séparation crée un traumatisme qui peut nuire au sommeil et aux facultés de concentration. Faut-il se justifier d’un éventuel moindre investissement professionnel ? Chacun réagit différemment. Certaines personnes préfèrent ne parler de rien au travail, préservant ainsi un espace où tout sera "comme avant". D’autres ont besoin de parler de leurs difficultés. Si l’environnement est bienveillant, en cas de difficulté personnelle, quelques informations sur la difficulté du moment susciteront l’empathie des collègues. Mais un environnement moins bienveillant peut essayer de tirer profit d’une fragilité personnelle pour compliquer la tâche professionnelle. Chaque travailleur appréciera le contexte professionnel dans lequel il vit, au moment présent, un événement ou un incident de sa vie familiale.

Enfin, pourquoi ce genre de discussions sont-elles majoritairement plus préjudiciable pour les femmes que pour les hommes ? 

On ne peut généraliser. Chaque entreprise a sa culture propre : paternaliste, individualiste. Mais statistiquement, les fonctionnements de sexe et de genre évoluent très lentement. Même si le temps passé par les hommes avec leurs enfants augmente, ne sont-ce pas toujours les femmes qui assurent majoritairement les sorties de crèches, de classe et les visites chez le médecin ?

Il faut bien le constater : dire : "je suis en retard ce matin" ou bien "ce soir je pars tôt, je dois chercher le petit dernier à la crèche", sera presque toujours accueilli de façon émue venant d’un homme, et sera vécu de façon péjorative ou agressive venant d’une femme. Il y a des contextualisations possibles : certaines mères de famille (pas toutes) seront en empathie avec d’autres mères de familles. Mais certaines femmes qui ont pu s’organiser pour être aidées et ne jamais se faire excuser au travail pour des contraintes familiales, seront très exigeantes avec des collaboratrices femmes, autant voire plus que certains hommes. Au-delà des statistiques, chaque situation est particulière. Mais parler de ses enfants ou de sa famille au travail mérite le plus souvent la plus grande retenue.

Propos recueillis par Thomas Gorriz

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