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Faut-il parler à ses enfants de ses problèmes passés d’alcool ou de drogue (et comment...)?
©Reuters

Quand j'avais ton âge...

Faut-il parler à ses enfants de ses problèmes passés d’alcool ou de drogue (et comment...)?

Le moment ou les parents sont amenés à parler de drogue et d'alcool à leurs enfants est toujours un moment délicat. Au travers de leur expérience, ils peuvent tenter d'apporter la réponse la plus juste par rapport à ce qui est le mieux à faire. L'environnement de l'enfant doit également être pris en compte.

Pascal Anger

Pascal Anger

Pascal Anger est psychologue, psychanalyste, psychothérapeute, sexothérapeute, systémicien et médiateur familial.

Il est également chargé de cours à Paris VII. 

Il est l'auteur de Le couple et l'autre, livre publié aux éditions l'Harmattan.

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Atlantico : Les adultes, ayant été jeunes et ayant eu l'occasion de tester la drogue ou l'alcool en certaines occasions doivent-ils le dire à leur enfants ? 

Pascal Anger : Les parents sont dans leur rôle quand ils informent leurs enfants sur les risques liés à la consommation d'alcool. Leur expérience personnelle peut être très instructive. Cependant, ils doivent faire attention à ce qu'ils vont dire à l'enfant et pourquoi ils vont le dire. Les parents ne doivent pas se déculpabiliser. Cette situation dépend de plusieurs facteurs dont celui de l'environnement de vie de l'enfant. Est-ce qu'il vit dans un milieu où il y a déjà de l'alcool, de la drogue ? Ce sujet ne doit pas devenir un tabou. Quand il y a déjà de l'alcool dans la famille, le tabou doit être brisé sans quoi l'enfant pourrait vivre dans la honte et la culpabilité. Les enfants doivent être dédouanés surtout quand ils vivent dans des milieux où l'alcool et la drogue sont déjà présents. Il est important de rappeler que les adolescents aiment prendre des risques. Ils vont tenter des choses qu'ils ne connaissent pas comme l'alcool et quelques fois la drogue. 

Il est de ce fait vraiment très important de savoir en parler et également de savoir pourquoi en parler. Les parents doivent être dans une information réelle autour de tous les produits qui existent. Les expériences des parents peuvent être utiles pour apporter une référence aux enfants. 

Quels seraient les risques à parler de ces sujets à ces enfants ? Les parents voulant chercher à faire de la pédagogie. Est-ce que cette pédagogie peut se retourner contre les parents ? 

Il n'y a pas de risques particuliers à parler sa propore expérience à l'alcool. Il est normal pour les parents de vouloir parler de tout avec leurs enfants, aussi bien d'alcool, de la drogue que de la sexualité. Les jeunes vont finir par être concernés par ces sujets, pas ces produits. Ils vont être amenés à en prendre connaissance. Cela vaut également pour le corps, la puberté, le VIH. Il ne faut pas que les parents cherchent à devancer les questions autour de ces sujets. Il faut en parler quand le jeune est capable d'en entendre parler. Il ne faut pas précipiter ce moment. Les parents ne doivent pas choisir d'en parler parce qu'ils ont peur que leurs enfants en prennent ou en boivent. Les enfants ne seront réceptifs qu'à la peur de leurs parents et n'entendront pas le message d'information que ceux-ci veulent leur délivrer. Les supports diffusés à la télévision peuvent être un bon moment pour ouvrir une discussion en famille. 

En ce qui concerne les risques d'incitation, ce n'est certainement pas l'information qui va donner envie ou non aux enfants de se diriger vers ces produits-là. Les parents doivent mettre en garde contre la dangerosité et le phénomène d'addiction, expliquer en quoi cela pourrait les perturber eux, la famille, leur environnement. Ils peuvent se baser sur leur vécu. Ce n'est pas le fait d'informer qui va inciter à boire de l'alcool. L'incitation va plutôt venir de leurs copains d'école qui vont entrainer l'enfant par l'effet de groupe. L'incitation pourrait se faire par des jeux comme "cap ou pas cap" avec leurs amis. Certains de ces jeunes auront déjà testé ces substances et voudront les faire tester à leur tour les autres. Ils vont savoir se montrer très convainquant en disant ce que ça leur apporte, comment ils se sentent quand ils en prenent. Ces comportements normaux auront plus d'incidence que la simple information des parents. Les parents doivent aussi accepter que ce n'est pas parce que leur enfant aura essayé une fois un joint qu'il va forcément devenir un drogué pour autant. Les expériences font partie de la vie.  

Face à ce passé parfois difficile à assumer des parents, et qui resurgit inévitablement quand les enfants grandissent quel doit-être le discours a tenir à leurs enfants ?

Les expériences des jeunes renvoient bien souvent à celles des parents qui ont connu leurs propres prises de risques. Il est tout à fait normal que les parents veulent que leurs enfants prennent le moins de risques possibles mais ce sont des choses qui arrivent. Il est nécessaire d'accompagner les enfants, de discuter, d'ouvrir le dialogue autour de ces produits dangereux. Il est également très important que les parents prennent des rendez-vous avec des spécialistes. Ils ne doivent pas se retrouver seuls et isolés. Demander de l'aide à une personne tierce est souvent très utile pour aider l'enfant au mieux, discuter avec les autres parents peut-être une autre solution. Les parents doivent trouver le juste milieu entre le côté trop intrusif et l'exagération des risques liés à l'alcool et la drogue. 

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