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Quand le fatalisme et l'absence de curiosité nous condamnent au mépris et à l’angoisse
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Tous ces clichés...

Quand le fatalisme et l'absence de curiosité nous condamnent au mépris et à l’angoisse

Des hauts fonctionnaires issus de gauche comme de droite se sont regroupés sous l'intitulé "Les Maquizards". Leur manifeste propose quelques réformes pour réformer la France. Extraits de leur "Manifeste". (1/2).

 Les Maquizards

Les Maquizards

Les Maquizards sont un groupe créé par une poignée d’hommes et de femmes patriotes. Devant les atermoiements des politiques, ils ont décidé de donner de la voix par amour de la France. Les Français attendent justice, vérité, droiture et courage de leur Gouvernement. Ils sont prêts à se battre si leurs gouvernants acceptent de leur délier les mains. Les Maquizards se veulent leur avant-garde.

Les Maquizards ont publié Le Manifeste des MaquizardsIls animent le site Maquizards.

Voir la bio »

Le deuxième livre de Barack Obama, paru quelques mois avant son élection, s’intitulait The Audacity of Hope. L’audace de l’espérance. N’est-ce pas précisément ce qu’il nous faut réapprendre ?

Nous manquons d’audace, nous manquons d’imagination.

Comment se fait-il que nous sachions si peu envisager ce qui se prépare pour demain ? L’explication est simple. Nous ne voyons en l’avenir qu’une continuation du passé et du présent. Nous prenons ces deux points et nous traçons une droite. C’est bien commode. À quoi bon s’échiner à imaginer des dynamiques complexes s’appuyant sur de nombreux paramètres ?

Mais il est temps de se réveiller. L’histoire ne s’écrit pas en ligne droite : elle est tout en virages, en chausse-trappes, en tournants imprévus. L’histoire économique, en particulier, est faite de crises et de cassures. Elle se tisse d’inflexions, d’hésitations, de désordres, de contradictions. Elle s’anime d’un mouvement permanent de destruction et de créa­tion. Réfléchir à ce que peut être l’avenir d’un pays, un allié, un partenaire, un client – voire un adversaire –, cela suppose d’interroger la situation que nous avons sous les yeux, pour lui faire livrer ce qu’elle recèle de plus précieux : ses incertitudes, ses enjeux, ses potentialités ou ses menaces.

Mais nos erreurs ne se résument pas à la maladresse de nos anticipations. Après tout, nous ne sommes pas chiromanciens, astrologues ou devins. Ce qui est plus ennuyeux, c’est que nous nous trompons aussi sur le présent. Cette difficulté à voir le monde tel qu’il est procède d’un vice persistant : nous adorons les clichés. Les Italiens trichent ; les Américains sont des barbares ; les Allemands sont ennuyeux à force d’être disciplinés… le Japonais est travailleur. Autant d’approximations ridicules, qui sont aussi des excuses commodes.

Derrière ces caricatures se cache une vision déterministe et essentialiste du monde qui nous entoure, qui renvoie à un profond fatalisme. Si on est pauvre, on l’est naturellement, et on est voué à l’être. Si l’on connaît des échecs, c’est parce qu’il est inscrit dans nos gènes que nous devons échouer. Si un pays réussit mieux que les autres, c’est qu’il est mieux doté, plus fort, plus chanceux. Bref, c’est écrit, c’est ainsi, c’est la vie. Pensée étonnamment conservatrice pour des Français qui aiment à s’imaginer comme un peuple de révolutionnaires.

C’est jusque dans les fondements de notre politique étrangère que l’on retrouve ce goût des images déterministes, attachées à des pays ou des continents que nous ne prenons pas la peine de connaître. L’Afrique de René Dumont réapparaît ainsi discrètement sous celle de Nicolas Sarkozy, dans le fameux discours qu’il a prononcé à Dakar en juillet 2007. « Le drame de l’Afrique, c’est que l’Homme africain n’est pas assez entré dans l’His­toire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. »

On croit rêver ! La question n’est même pas celle du racisme, réel ou supposé, qui imprégnerait ces lignes rédigées par le conseiller spécial Henri Guaino. C’est surtout leur imbé­cillité qui frappe, alors même que le président et son conseiller ne sont certainement pas des idiots. Mais sur ce point, ils nous ressemblent : par amour des grandes idées, par goût des belles images, nous cadenassons le réel dans de petites boîtes – et une fois qu’il y est entré, il n’en sort jamais. Notre vision du monde sent la naphtaline.

Et pourtant le monde est là, qui continue à vivre et à se métamorphoser. Depuis Savorgnan de Brazza, l’Afrique a changé ! Les citoyens et les entrepreneurs de Dakar ou d’Abidjan sont infiniment plus complexes que ces généralités d’une autre époque. Nous, en revanche, nous avons conservé l’arrogance tranquille, l’assurance satisfaite de nos ancêtres.

Et c’est cette même assurance qui se change en panique quand, d’aventure, une nation prend son essor – le Japon hier, la Chine aujourd’hui. L’arrogance du colon cède alors la place à la crainte irrationnelle d’un nouveau péril jaune. Nous tremblons, tétanisés devant l’impensable. Pensez : les Chinois ! Hier sous-développés, désormais tout-puissants, demain prêts à nous asservir ? Nous asservir cruellement, car le Chinois est cruel, c’est bien connu !

L’aveuglement hautain face à l’Afrique et l’éba­hissement devant les succès chinois sont les deux faces d’une même médaille. Fatalisme et absence de curiosité nous condamnent alternativement au mépris et à l’angoisse.

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Extraits de Le manifeste des maquizards, MICHALON (19 avril 2012)

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