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Facebook entend utiliser les caméras de son enceinte connectée Portal pour sélectionner les publicités à montrer à ses utilisateurs : jusqu’où accepteront-ils ses intrusions ?

Failles de sécurité, scandale Cambridge Analytica... Le lien entre Facebook et ses utilisateurs semblent érodé depuis quelques mois.

Eric Delcroix

Eric Delcroix

Eric Delcroix est conférencier et consultant, spécialiste du web 2.0, des réseaux sociaux et de l'identité numérique. Il a notamment participé à l'ouvrage Les réseaux sociaux sont-ils nos amis ?, paru en juin 2012. Il est créateur du site Génération Z.

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Atlantico :  Comment expliquer l'annonce du réseau social, qui va faire commerce des données d'utilisation des acheteurs de son écran connecté Portal ? 

Eric Delcroix : On est ici confronté à un double problème, par rapport à Facebook : effectivement, l'entreprise ne vit que par les données qu'elle possède et c'est son fond de commerce. Elle n'a quasiment rien d'autre à exploiter. Et d'autre part, sur l'arrivée de Portal, le problème est qu'en quelques années, on va trouver des dispositifs équivalents dans toutes les familles puisque ces systèmes sont en train d'apparaître sur les télévisions, Google est train de se positionner sur le marché, pareil pour ce qui concerne Apple avec Siri. Et tous, quels qu'ils soient, vont de toute façon récupérer les données de leurs utilisateurs. Facebook se retrouve donc confronté à cette très forte concurrence. 

L'entreprise part-elle avec un déficit de confiance, par rapport à ses concurrents, comme Google ? Comment Facebook a-t-il entrepris de restaurer la confiance avec ses utilisateurs ? 

Par rapport à Google, je ne crois pas que Facebook ait beaucoup de retard. Parce que le réseau social est relativement franc : pour ce qui est de Portal, ils ont expliqué à la presse qu'ils n'allaient pas appliquer de publicités sur cet écran connecté ; puis ils ont expliqué qu'ils exploiteraient les données issues de l'utilisation de ce produit. Et ces explications se sont faites sur quelques semaines. A l'inverse, lorsqu'on regarde le raté de Google Plus, on l'a appris cinq mois plus tard. On a toujours l'impression que Facebook est toujours plus en bisbille avec ses utilisateurs que Google, ce qui, à mon sens, est tout à fait faux. De la même manière, les usagers de Twitter râlent beaucoup sur l'utilisation qui est faite de leurs données, et donc la plateforme n'est à priori pas mieux perçue que Facebook.

Pour restaurer la confiance, Facebook a par exemple annoncé qu'elle allait instaurer une déconnexion de la caméra, du micro, installer un cache devant la caméra pour essayer de rassurer le grand public. Mais c'est une tâche difficile.

Je me méfie aussi d'un effet secondaire, un effet "grand public" : on a connu cela en France avec l'arrivée des téléphones portables. La CNIL a demandé que soit retiré le système de géolocalisation. Et on s'est aperçu que les utilisateurs eux-même rajoutaient la géolocalisation. Je crois qu'il y a un effet balance à chaque fois, entre l'intérêt de posséder le service ou le produit proposé, et l'usage que l'utilisateur en fait. 

Facebook dispose-t-il d'autres sources de revenus que l'exploitation des données personnelles ? A terme, l'entreprise pourrait-elle imaginer de se positionner sur un autre secteur marchand que celui des données personnelles ?

Je pense qu'outre les données personnelles et la publicité, Facebook ne bénéficie pas d'autres sources de revenus. Et le problème de Facebook est qu'il ne veulent pas communiquer sur l'utilisation qu'ils font des données personnelles, ni sur comment ils protègent les utilisateurs. D'ailleurs, ils luttent également contre le fait que le gouvernement américain aimerait bien, lui aussi, pouvoir bénéficier des données recueillies. Facebook se protège de cela également.

La diversification de Facebook, malgré l'apparition d'un écran connecté, par exemple, reste centrée sur un seul objectif : les données personnelles. La question se pose aussi de savoir ce que sera la télévision de demain. Les écrans que proposent Facebook pourraient ainsi devenir les écrans de télévision de demain. 

On remarque aussi que Facebook dispose d'une longueur d'avance sur les comportements de ses utilisateurs : on se souvient par exemple d'articles de presse, il y a quelques années, indiquant que le réseau social savait, avant l'utilisateur, quelles musiques ce dernier allait apprécier. De la même manière, l'entreprise bénéficiait, à un moment donné, d’algorithmes leur permettant de définir si une personne était homosexuelle. Le problème est donc en réalité ce que diffuse Facebook, au milieu des informations dont il dispose. 

J'ajouterai aussi que Facebook pourrait se positionner, à terme, comme l'interface principale de la domotique, à l'instar de ce que la compagnie a réalisé avec les réseaux sociaux. Même chose sur le système de vente d'objets proposé par Facebook. Comme la domotique, qui permet à l'entreprise de recueillir des informations personnelles (température du foyer, etc) : les secteurs dans lesquels Facebook s'investit le ramène à l'exploitation des données personnelles.

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