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HLM de Chavanoz Moulin-Villette.
HLM de Chavanoz Moulin-Villette.
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Face à la diversification ethnique, comment vivent les "petits Blancs" des quartiers pauvres de la République ?

Aymeric Patricot a enquêté sur une figure encore méconnue du paysage culturel français : "le petit Blanc", c'est-à-dire un Français blanc et pauvre, qui se perçoit comme tel ou que l'on désigne ainsi. Le problème est qu'il reste considéré, dans un contexte de métissage, comme un privilégié, en dépit des situations humiliantes qu'il peut vivre au quotidien. Depuis des décennies, les Américains ont fait une place à ce groupe très particulier sous le nom de "White Trash". Assiste-t-on à l'émergence d'un équivalent français ? Extrait de "Les Petits Blancs" (2/2).

Aymeric Patricot

Aymeric Patricot

Aymeric Patricot, diplômé d’HEC et de l’EHESS, agrégé de lettres, est professeur dans la banlieue parisienne. Il est l’auteur de quatre romans, Azima la rouge, Suicide GirlsL’Homme qui frappait les femmes et J’ai entraîné mon peuple dans cette aventure ; et de deux essais, Autoportrait du professeur en territoire difficile et Les Petits Blancs. Il tient un blog personnel.

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Fabrice a repris l’exploitation de ses parents dans le pays de Caux, sur le plateau calcaire haut-normand. Il aime son activité – culture de lin, betterave et colza – malgré la charge de travail et des revenus incertains. Mais il me dit souffrir de l’image qu’ont les agriculteurs. Il raconte son angoisse lorsqu’il monte en ville. « C’est surtout dans ma tête. Quand je vais au Havre, je me fais l’impression d’être un bouseux. Je fais l’effort de mettre un jean propre et des chaussures correctes. Si je me laissais aller, je resterais en salopette mais ça n’est possible que dans les villages et les petites villes comme Étretat. Les touristes y sont nombreux mais les commerçants nous connaissent. Je vais souvent prendre un apéritif dans un bistrot du coin, comme à Octeville les jours de marché. Ce sont des endroits chaleureux, nous nous y retrouvons entre exploitants. J’ai senti parfois l’amusement de Havrais qui s’arrêtaient là de retour du marché et qui nous jetaient des regards curieux. Pour eux, nous devons représenter des gens d’autres mœurs, des gens qui n’existeront bientôt plus. Bien sûr, on a notre accent, nos expressions. Mais j’ai du plaisir à les entretenir. Et puis je ne vais pas me mettre en costume pour aller au bistrot !

« Je n’ai pas honte de moi-même au travail ou dans ma campagne, mais en ville, oui. Je me demande toujours ce qu’on pense de moi. Chez le banquier, ça va. Chez le coiffeur aussi. Dans les bistrots, pas de problème. Ça me prend dans les rues piétonnes où il n’y a jamais grand monde et où je me sens scruté. Je me dis que ma démarche est remarquée, qu’un petit quelque chose révèle que je ne suis pas de la ville. Je me répète que chacun a sa particularité, mais je continue de guetter les sourires.

« Le pire, c’est dans la ville haute, celle des HLM. Je n’y suis allé que deux ou trois fois mais ça m’a suffi pour me dire que ce n’était pas mon monde. Ce qui est bizarre, c’est qu’au fond je ne suis pas plus riche qu’eux. Mais ils doivent m’associer à la ville basse, celle du plein emploi et des gens qui s’en sortent. Ou quelque chose du genre. Je ne sais rien d’eux, sinon que ces gens-là étaient ouvriers quand il y avait du travail. Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer qui que ce soit là-bas, mais je m’y sens oppressé. La pauvreté doit y tendre les rapports et je pense que la méfiance, la colère doivent compliquer les choses. J’ai une certaine indifférence pour ces populations-là, je pense qu’eux-mêmes ne se sentent pas sur un pied d’égalité avec moi. Il doit y avoir de l’hostilité pour les gens comme moi. Quoiqu’après tout, je n’en suis pas sûr… Si je me reconnais dans l’expression petit Blanc ? Je n’avais jamais réfléchi à ce mot-là. Mais peut-être, oui, suis-je un petit Blanc quand je vais au Havre, ville haute comme ville basse. »

Extrait de "Les petits blancs : Un voyage dans la France d'en bas", Aymeric Patricot (Editions Plein Jour), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici. Aymeric Patricot tient aussi un blog.

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