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La consommation en Chine qui, selon les intentions déclarées, devait servir de nouveau moteur pour la croissance ne cesse de décevoir et ne dépasse toujours pas le seuil de 40% du PIB.
La consommation en Chine qui, selon les intentions déclarées, devait servir de nouveau moteur pour la croissance ne cesse de décevoir et ne dépasse toujours pas le seuil de 40% du PIB.
©Reuters

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Face à la crise et après la dévaluation du yuan, la Chine prépare désormais le lancement d’un grand plan de relance budgétaire

Lors de la réunion du G20 les 4 et 5 septembre derniers, le ministre des Finances chinois a déclaré que son gouvernement avait "les moyens de stabiliser le rythme de croissance en Chine et se dispose à recourir si nécessaire à l’arme monétaire et à l’arme budgétaire".

Antoine Brunet

Antoine Brunet

Antoine Brunet est économiste et président d’AB Marchés.

Il est l'auteur de La visée hégémonique de la Chine (avec Jean-Paul Guichard, L’Harmattan, 2011).

 

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Atlantico : Comment interpréter la décision du gouvernement chinois ? Dans quel contexte économique et politique s'inscrit-elle ?

Antoine Brunet : Tout d’abord, il faut à ce stade rester prudent. Il n’ya pas encore de plan budgétaire annoncé. Les marchés boursiers depuis la réunion G20 des 4 et 5 septembre semblent anticiper un plan de relance budgétaire en Chine. Ces anticipations prennent appui essentiellement sur la déclaration au G20 du ministre des finances chinois selon laquelle Pékin "a les moyens de stabiliser le rythme de croissance en Chine et se dispose à recourir si nécessaire à l’arme monétaire et à l’arme budgétaire". Reuters et Wall Street Journal vont plus loin et suggèrent que le plan budgétaire se concrétiserait sous forme de relance des dépenses d’infrastructure, de soutien aux PME et de soutien à la construction de magasins.

Ce qui est assuré, c’est que Pékin a toutes raisons de redouter l’ampleur du ralentissement que subit l’économie chinoise. Ce ralentissement lui vient par trois côtés, la consommation, les exportations, l’investissement industriel.

La consommation en Chine qui, selon les intentions déclarées, devait servir de nouveau moteur pour la croissance ne cesse de décevoir et ne dépasse toujours pas le seuil de 40% du PIB (contre 60 à 80% dans les autres pays). Après une petite flambée en 2011/2012, les salaires ouvriers se sont beaucoup ralentis. La couverture sociale (chômage, santé, scolarité, retraite) reste largement inexistante. Tout concourt donc à ce que le taux d’épargne des ouvriers reste très élevé et trop élevé. Et depuis la campagne dite "anti-corruption", la consommation des couches dirigeantes a connu une inflexion brutale (les dirigeants redoutant qu’une consommation trop ostentatoire ne les désigne comme bouc émissaire). Au total, on assiste maintenant à un recul des ventes de voitures et des ventes de smartphones.

Les exportations ont beaucoup souffert. En juillet puis en août, les exportations en valeur ont reculé par rapport au mois correspondant de 2014. La Chine a asphyxié les uns après les autres ses marchés extérieurs.  Du fait des parts du marché mondial qu’ils cèdent à la Chine et au made in China, le Japon et l’Europe s’inscrivent depuis 2011 dans une stagnation prolongée. La stagnation de la demande mondiale de matières premières a provoqué un recul des matières premières depuis début 2011, recul qui s’est amplifié début 2013 et qui a fait place à un effondrement depuis mi-2014. Les pays qui sont exportateurs de matières premières s’en trouvent tous fortement atteints : Afrique, Amérique du sud, Moyen Orient, Russie, Indonésie, Malaisie et aussi Canada, Australie, Norvège. Or ces pays qui représentent ensemble 30% du PIB mondial sont des clients importants de la Chine.

L’investissement industriel a fini par tomber en panne à son tour. Les entreprises chinoises n’avaient apparemment pas anticipé qu’interviennent simultanément un ralentissement de la consommation chinoise et un recul des exportations chinoises. Le taux d’utilisation de leurs capacités qui était initialement bas est tombé encore plus bas, les obligeant à interrompre soudainement leurs investissements.

C’est donc un ralentissement brutal que subit maintenant l’économie chinoise. Il est de ce fait assez normal que Pékin cherche maintenant à relancer son économie. 

La solution la plus efficace consisterait à pratiquer une relance salariale. Mais Pékin s’y refuse. Il entend maintenir la sur-compétitivité salariale absolue dont bénéficient les entreprises basées en Chine. Il reste alors l’arme monétaire et l’arme budgétaire.

La Banque Centrale de Chine a certes abaissé à cinq reprises son taux d’intérêt mais l’impact ne sera pas considérable car la hausse des prix a simultanément reculé si bien que les taux réels ont peu diminué. Et si elle baissait plus encore son taux d’intérêt, elle relancerait la baisse du yuan que Pékin s’est engagé à interrompre. L’arme budgétaire à ce stade semble donc devenue indispensable.

A quoi est-elle censée répondre ? Est-ce dû à une volonté de montrer aux puissances du G20 que le gouvernement chinois utilise ses marges de manœuvre pour assurer une stabilité mondiale ?

C’est un ralentissement brutal que subit donc l’économie chinoise. Il est de ce fait assez normal que Pékin cherche maintenant à relancer son économie. 

La solution la plus efficace consisterait en réalité à pratiquer une relance salariale. Mais Pékin la récuse absolument. Il entend maintenir la sur-compétitivité salariale absolue dont bénéficient les entreprises basées en Chine. Il reste alors l’arme monétaire et l’arme budgétaire que le ministre chinois a évoquées au G20.

La Banque Centrale de Chine a déjà abaissé à cinq reprises son taux d’intérêt mais l’impact ne sera pas considérable car la hausse des prix a simultanément reculé si bien que les taux réels ont peu diminué. Et si elle baissait plus encore son taux d’intérêt, elle relancerait la baisse du yuan que Pékin s’est engagé à interrompre. A ce stade, le recours de Pékin à l’arme budgétaire semble devenir incontournable.

Il semble plausible que lors de la réunion récente du G20, se soient manifestées de fortes pressions sur Pékin pour qu’il précipite un plan de relance budgétaire. Les pays exportateurs de matières premières sont bien représentés au G20 (Russie, Brésil, Argentine, Australie, Canada, Arabie Saoudite, Afrique du sud, Mexique, Indonésie). Ils savent bien que le ralentissement de la demande intérieure qui est intervenu en Chine constitue le principal facteur explicatif de l’effondrement du prix des matières premières qu’ils exportent.

Quant aux pays industrialisés, ils s’inquiètent à juste titre de ce que l’effondrement des matières premières induise une récession franche simultanée chez les pays exportateurs de matières premières qui s’assortirait sans doute d’une grosse crise financière chez les pays émergents hors Chine. De ce point de vue, il est révélateur que l’Allemagne se soit à nouveau rapprochée des Etats-Unis lors de la réunion G20 pour reprocher à la Chine sa nonchalance face à son ralentissement.

Finalement, que peut-on en attendre ? 

Il est beaucoup trop tôt pour se prononcer. Tout dépendra de l’ampleur de la relance budgétaire, de son rythme d’application et surtout aussi de sa composition. 

Je reste pour ma part très sceptique. Une vraie relance de la demande intérieure en Chine serait une relance salariale, soit à travers les salaires directs, soit à travers l’institution progressive d’une vraie couverture sociale pour les ouvriers et les employés. Mais le Parti Communiste Chinois s’y opposera jusqu’au bout.

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