Fini l'exubérance, place à la simplicité : Lady Gaga prend un nouveau tournant avec son album "Joanne" | Atlantico.fr
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Diviser les esprits est la carte de visite de toute la carrière de Lady Gaga. Ses premiers singles et albums à succès se sont appuyés là-dessus. Les excentriques étaient à la mode et elle leur offrait des hymnes.
Diviser les esprits est la carte de visite de toute la carrière de Lady Gaga. Ses premiers singles et albums à succès se sont appuyés là-dessus. Les excentriques étaient à la mode et elle leur offrait des hymnes.
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THE DAILY BEAST

Fini l'exubérance, place à la simplicité : Lady Gaga prend un nouveau tournant avec son album "Joanne"

Lady Gaga devient sobre, s'habille simplement et s'essaye à la musique country dans son nouvel album "Joanne". Fini le temps des robes en steak et des "club bangers". La question est de savoir si cela va nous manquer.

Kevin Fallon

Kevin Fallon

Kevin Fallon est journaliste pour The Daily Beast.

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Kevin Fallon - The Daily Beast

Le nouvel album de Lady Gaga est facile à aimer et difficile à adorer.  Ce n’est pas faute d'être accrocheur, ambitieux ou bon. Avec Joanne, elle revient à la musique pop avec le même style de production dépouillé qui a réinventé et réincarné la chanteuse après la déception du bruyant Artpop.

Mais être Lady Gaga est à la fois une bénédiction et une malédiction. L’impudente Lady Gaga est apportée sur un plateau, prête pour la dissection. En n’essayant pas de satisfaire, on déplait souvent… Diviser les esprits est la carte de visite de toute la carrière de Lady Gaga. Ses premiers singles et albums à succès se sont appuyés là-dessus. Les excentriques étaient à la mode et elle leur offrait des hymnes. Just Dance, Poker Face et Bad Romance fonctionnent aussi bien dans l'obscurité d'une piste de danse imbibée de bière qu'à fond dans l'autoradio pendant les vacances d'été.

Sa garde-robe et son esthétique devaient être adoptées ou excusées - tour à tour un symbole pour ceux enfin prêts à brandir leurs drapeaux de farfelus, ou ras-le-bol des autres, qui voulaient simplement profiter de ses chansons.  Lady Gaga était, en somme, trop, et elle cultivait cette abondance comme un devoir, autant dans sa musique que sa personnalité. Des avatars masculins succèdèrent aux robes en viande. Les club bangers minutieusement produits laissèrent place à la cacophonie. The Fame Monster donna naissance à Artpop. Ce rôle joué par Lady Gaga avait effacé la musique exceptionnelle, et son importance avait en quelque sorte sali le plaisir d'être son fan : c'était son authenticité, dans toute son étrangeté, et sa poursuite d'une musique ambitieuse, qui nous parlaient. Et c'est ce qui manque.

L'album Joanne, avec des titres accrocheurs comme Million Reasons, Diamond Heart et la chanson titre Joanne, est un peu une correction exagérée de quelques années hors trajectoire. Artpop est l'album de Lady Gaga qui a eu le moins de succès : 2,5 millions de ventes contre les 15 millions de The Fame Monster. La liste de chansons schizophrénique d'Artpop, malgré toutes les explications sur la vision particulière de la chanteuse distillées avant la sortie de l'album, manquait d'identité, voire même de hits.

Intentionnellement ou non, les années suivant Artpop servirent de désintox professionnelle, où elle décida de nous convaincre à nouveau de ses talents, et de sa pertinence. Ses performances durant deux cérémonies des Oscars consécutives, et l'hymne national qu'elle a interprété durant le Super Bowl furent un triomphe toutes catégories. L'adoption d'un glamour vieil Hollywood sur le tapis rouge nous laissa sans voix, et son rôle dans la série American Horror Story de Ryan Murphy a prouvé que ses envies de "pop star devenue actrice" étaient plus raisonnables que celles de Madonna ou de Britney Spears avant elle. Et même si Lady Gaga n'avait clairement pas disparu, cela faisait tout de même trois ans qu'elle n'avait pas sorti un titre de musique pop.

Il arriva via Perfect Illusion, l'hymne disco-rock que Gaga a lancé en septembre. La réaction a été tiède parce que, sur une échelle de un à Gaga, il faut admettre que la chanson est tiède aussi... C'était son moment Pat Benatar, des voix pures et délibérément criardes sur un fond de guitare, culminant avec un changement de clé brutal. Certains fans regrettaient le manque de fioritures ; d'autres ont adoré le côté plus simple de la chanson, mettant en valeur la voix puissante de Lady Gaga, même si le single n'a pas brillé dans les charts.  Il se trouve, comme Joanne l'illustre avec sa sortie, que Perfect Illusion était un avertissement pour les fans. L'album, qui porte le nom de la défunte tante de Lady Gaga et le deuxième prénom de Stefani Germanotta, le vrai nom de Lady Gaga, marque une évolution, avec une interprète plus intime, sans masque d’électro-beats et de pulsations. 

Ce n’est pas que Lady Gaga a toujours été impersonnelle. En fait, une caractéristique de la popularité de la chanteuse a été l'idée que la performance et la flamboyance pouvaient être personnelles et réelles. Pourtant, nous rencontrons ici Lady Gaga en dehors du night-club, ou peut-être d'un bar louche. Elle semble fatiguée de devoir vous hurler des histoires à travers le vacarme de la salle de discothèque. Mais elle en a encore une à raconter. 

Ce n'est peut-être pas si surprenant, donc, que la musique country influence fortement Joanne, vu sa tendance naturelle à la narration. Joanne rassemble différents styles, que ce soit une ballade au piano à la Carrie Underwood (Million Reasons), le ton dépressif de Johnny Cash dans Sinner’s Prayer ou A- Yo, plus bal populaire et provocant.

Et il y a littéralement une chanson intitulée John Wayne.

Ce matériel convient bien à la voix de Lady Gaga, et respecte sa mission lyrique, d'atteindre les auditeurs qui partagent certains de ses conflits intérieurs, que ce soit le thème du deuil dans Joanne, ou bien survivre à un viol dans Diamond Heart. Et Joanne n'est clairement pas esclave de l'expression de désespoir de la musique country. La raison pour laquelle l'album semble familier est son insistance à passer, selon l'habitude de Lady Gaga, de la douleur à l'exubérance pure. C'est certainement vrai pour Diamond Heart qui, du fait de la nature sombre de son contenu, est un hymne courageux appelant à la rebellion et avec toute la puissance nécessaire pour l'atteindre. Son collaborateur, Josh Homme, de Queens of the Stone Age, laisse sa marque sur celui-là, de même que Mark Ronson prête à Perfect Illusion son énergie agressive. Dancin' in Circles est la chanson pop la plus stéréotypée de Joanne, la moins aventureuse et donc, aussi entrainante soit-elle, la moins excitante. 

Le reste de Joanne est tout simplement agréable. Come to Mama va émoustiller tous ceux qui réclament Lady Gaga à Broadway, Angel Down est une chanson sentimentale pour détendre l'album, et Hey Girl, son duo de piano avec Florence Welch, est aussi belle que vous pourriez l'espérer en entendant l'expression "Duo de piano avec Florence Welch." 

Notre première impression de Joanne rejoint donc l'image de Lady Gaga sur la couverture de l'album : sans maquillage lourd, une beauté naturelle ne portant rien de plus loufoque qu'un chapeau de cowboy rose. La musique correspond à la jeune fille américaine sur cette jaquette, sans une seule fausse note jouée ou chantée à travers l'ensemble du CD.  Mais nous réalisons alors que ce qui a joué un grand rôle dans notre attirance pour Lady Gaga, la pop star grotesque qui a dominé la dernière décennie, c'est un peu de fausseté. Le maquillage délirant, les costumes incroyables, une musique excessive et des performances qui l'étaient plus encore.

Nous nous accrochions à elle parce qu'elle nous laissait prétendre que nous étions un peu plus sauvages, plus étranges, ou plus intéressants que nous l'étions réellement.  Grâce à son authenticité, Lady Gaga était notre évasion. Joanne nous confronte à une Stefani Germanotta plus réelle, et nous sommes obligés de nous assagir, nous aussi.

Lady Gaga a animé l'émission Saturday Night Live ce week-end et en février, elle sera la vedette du show de la mi-temps du Super Bowl. Les deux apparitions semblent bien correspondre à cette nouvelle étape de la carrière de Lady Gaga. L'intimité de Saturday Night Live lui convient, mais elle a également montré dans Joanne qu'elle est une héritière légitime au trône des rockers de stades.  C'est une nouvelle Lady Gaga. C'est une Lady Gaga talentueuse. Mais il va falloir un certain temps pour qu'on s'y habitue.

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