Expulsion du « prédicateur » Hassan Iquioussen : une indignation de certains oublieuse des faits | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
La mesure d'expulsion vers le Maroc du prédicateur Hassan Iquioussen, que La Cour européenne des droits de l'Homme a refusé de suspendre jeudi 4 août, est examinée devant le tribunal administratif de Paris.
La mesure d'expulsion vers le Maroc du prédicateur Hassan Iquioussen, que La Cour européenne des droits de l'Homme a refusé de suspendre jeudi 4 août, est examinée devant le tribunal administratif de Paris.
©FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Ministère de l'Intérieur

Expulsion du « prédicateur » Hassan Iquioussen : une indignation de certains oublieuse des faits

La mesure d’expulsion vers le Maroc du prédicateur Hassan Iquioussen, que la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a refusé de suspendre jeudi, est examinée devant le tribunal administratif de Paris. Il est accusé par les autorités françaises d'avoir lancé des appels à la haine et à la violence visant notamment la communauté juive.

Guylain Chevrier

Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant, formateur et consultant. Ancien membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration. Dernier ouvrage : Laïcité, émancipation et travail social, L’Harmattan, sous la direction de Guylain Chevrier, juillet 2017, 270 pages.  

Voir la bio »

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé ce mardi que le Maroc avait délivré un « laisser-passer consulaire » ouvrant la voie à l’expulsion du « prédicateur » Hassan Iquioussen, réputé proche des Frères musulmans, connu pour prêcher un islam rigoriste dans des vidéos sur YouTube. Dans un tweet, le ministre de l'Intérieur a fait valoir que cette expulsion était justifiée par le fait que « ce prédicateur tient depuis des années un discours haineux à l'encontre des valeurs de la France contraire à nos principes de laïcité et d'égalité entre les femmes et les hommes ». Des éléments recueillis par la préfecture du Nord dont l'AFP a eu connaissance, confirment des discours « haineux envers les valeurs de la République » ainsi que « des thèses antisémites ». Il avait déjà été accusé en 2004 de propos antisémites par le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). On lui reproche aussi d'inciter « à une forme de séparatisme » et d'alimenter « des thèses complotistes autour de l'islamophobie ». Une expulsion rendue possible par la loi luttant contre le séparatisme d'août 2021. 

Cette annonce a fait bondir certaines personnalités dont le député du Nord David Guiraud, élu sous l’étiquette Nupes (LFI), qui pointe selon lui “des procédures douteuses. Face aux arguments du ministre de l’Intérieur, il s’offusque, avançant que le prédicateur n’a « pourtant été poursuivi pour aucun crime ni aucun délit ».  Pour lui, pas de doute : « Cette expulsion résulte du fait du prince » et d’« un discours sécuritaire et répressif ». De son côté, le journaliste militant et ex-candidat aux législatives, Taha Bouhafs, s'est fendu d'un tweet inscrivant sans surprise l'expulsion d'Hassan Iquioussen « dans un contexte plus large de répression, d'humiliation et de mise à l'index de la communauté musulmane »... Manuel Bompard, député LFI des Bouches-du-Rhône, estime lui, ne « pas être à l'arbitraire du ministre de l'Intérieur, de décider des propos qui sont acceptables ou pas ». Vu la nature des propos reprochés à Hassan Iquioussen, on peut s’étonner que ces élus de la République et/ou militants « de gauche », ne commencent pas par les dénoncer. Manuel Bompard d’en appeler à « revenir dans les principes de l'Etat de droit » et « à la justice ». Revenir à l’Etat de droit et protéger ses principes, sa sécurité ? Oui, effectivement ! En se protégeant sans doute de ce genre de prédicateur. Face à ces réactions, comment ne pas être troublé ? On se remémore la participation controversée de la LFI à la marche pour dire « stop à l’islamophobie », organisée en novembre 2019 par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Une organisation dissoute depuis, selon le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, du fait de « propagande islamiste ». Un tournant politique qui n’est pas éloigné sans doute, de la captation du vote musulman lors des dernières élections par la France insoumise via la Nupes, comme cela a été constaté, après que l’un des engagements déclaré de Jean-Luc Mélenchon s’il était Premier ministre, soit d’abroger la loi contre le séparatisme.

À Lire Aussi

Samuel Paty : le plus bel hommage ? Que l’école de la République se déclare non-négociable

Le prêcheur islamique, par l'intermédiaire de son avocate, Louise Simon, a fait savoir qu'il saisit le tribunal administratif de Paris dans le cadre d’un référé-liberté visant à faire suspendre l’arrêté d’expulsion qui le vise, rapporte l'agence de presse du gouvernement turc Anadolu. Le mis en cause se défend, pour dire qu’il « conteste avec force » ce qu’on lui reproche. Me Simon a affirmé, que « La menace à l’ordre public n’est pas caractérisée et en tout état de cause il y a des atteintes aux libertés fondamentales qui sont disproportionnées », se disant prête à aller « jusqu’au conseil d’État », et même de déposer une « question prioritaire de constitutionnalité » et de saisir « la Cour européenne des droits de l’Homme ». Depuis, cette dernière a rejeté la demande de suspension de l’expulsion de monsieur Iquioussen.  

Les liaisons pour le moins dangereuses de monsieur Iquioussen

Certaines liaisons dangereuses de monsieur Iquioussen peuvent nous éclairer pour mieux situer ce qui lui est reproché. En 2004, le journal l’Humanité révélait qu’il avait qualifié les juifs dans l’un de ses prêches d’"avares et usuriers" et d’être "le top de la trahison et de la félonie". Il s'affiche en 2011 et 2012 avec l'idéologue d'extrême droite Alain Soral, condamné depuis pour Contestation de crime contre l’humanité (l’existence de la Shoah). Dans une vidéo postée en décembre 2013, il déclare : "Alain Soral dit des choses très intéressantes, très intelligentes, pertinentes, et parfois, on peut très bien ne pas être d'accord avec lui." (1)

À Lire Aussi

Ouverture des archives de la guerre d’Algérie : Une histoire borgne nuisible à l’intégration

Mieux encore, le vendredi 24 mai 2019, à Saint-Denis, devait se tenir un dîner caritatif à vocation religieuse, en présence de Monsieur Iquioussen, conférencier et membre de l'Union des Organisations islamiques de France (UOIF, rebaptisée depuis « Musulmans de France »), de Mohamed Bajrafil, imam de la mosquée d'Ivry-sur-Seine, avec en visioconférence le Cheikh Dedew. La chose étant censée se dérouler à Saint-Denis, à l’adresse de l’Institut européen des sciences humaines, un institut islamique derrière une présentation très lisse (lié à l’UOIF). Une initiative qui faisait appel aux dons, curieusement pour un Centre de formation des Oulémas en Mauritanie, fermé par le gouvernement de ce pays. Selon RFI : « Les autorités mauritaniennes soutiennent » qu’il enseigne « un islam radical tendant à inculquer dans l’esprit des étudiants des idéologies extrémistes. » (2) Le Cheikh Dedew était l’un des principaux animateurs de ce Centre de formation des Oulémas. Ce dernier explique dans des vidéos postées sur YouTube, « qu’il faut suivre la voie du prophète en étant patient, discret » indiquant qu’il a su ainsi attendre d’être assez fort en gagnant des fervents, pour s’attaquer « aux symboles de l’idolâtrie », faisant écho à la technique de la taqîya (3). On peut aussi l’y entendre dire que « Les juifs sont les ennemis de Dieu, responsables de la corruption, détiennent les casinos, banques, assurances. - Les chrétiens sont arrogants et impérialistes, les États-Unis, l'Union Européenne et la France en sont la preuve. » Dans une vidéo publiée et traduite par le compte YouTube du @HavreDeSavoir, association inscrite dans ce réseau, le prédicateur déclare que Al-Qaradawi est le plus grand savant musulman de notre époque. Un prédicateur islamiste connu pour ses prêches radicaux, vivant au Qatar, et recherché par Interpol. Il condamne la séparation de l'État de la religion. En janvier 2009, il déclare sur Al Jazeera :« Tout au long de l'histoire, Allah a imposé [aux juifs] des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. […] C'était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des croyants. » Il défend l’usage de la violence d’un mari envers sa femme, comme la sourate IV du coran l’évoque (verset 34), il banalise l’excision qui concerne, terrible exemple, 97 % des femmes égyptiennes.

La participation du Cheikh Dedew, qui tient des propos dont l’idéologie verse dans l’islamisme le plus dangereux, dont l’institution a été fermée pour cause de radicalisme, et explicitement s’inspire d’une figure les plus radicales dans ce domaine, s’exprimant par visioconférence en France, dans l’une de nos banlieues, ne semblait pas choquer du tout monsieur Iquioussen. Concernant l’autre participant à ce dîner caritatif, Mohamed Bajrafil, pas plus gêné que son collègue, a accordé à la rédaction de Zaman France un entretien vidéo exclusif en octobre 2015, dont le titre était tiré de ses propos « J’appelle à un retour au salafisme véritable » (4) Le diner caritatif, face à une forte opposition, sera finalement annulé.

Selon l’essayiste Fiammetta Venner, « Musulmans de France » (ex-UOIF) a « une stratégie de conquête », qu’elle illustre par une déclaration des années 1990, d'Ahmed Jaballah, cofondateur de l’UOIF : « L'UOIF est une fusée à deux étages. Le premier étage est démocratique, le second mettra en orbite une société islamique » (5) En mars 2012, Nicolas Sarkozy alors président de la République, a déclaré son intention de renforcer les mesures d’interdiction du territoire envers les imams extrémistes, consécutivement aux attentats de Toulouse, dont Al-Qaradawi a fait partie. Ceci, alors qu’il était invité à l'occasion du rassemblement annuel de l’ex-UOIF, proche des Frères musulmans, en 2012…

Défendre la République et l’Etat de droit face au danger de l’islamisme

L’avocate d’Hassan Iquioussen indique que Le conseil de l'imam espère une audience « dans les prochains jours »... L’annonce de l’expulsion a déclenché une levée de boucliers d'une partie des mosquées proches des Frères musulmans. De nombreux soutiens de fidèles ont été aussi adressés au prédicateur qui a mis en place une adresse email à cet effet, pour « témoigner de l’humanisme de ses enseignements ». En commentaires, de nombreux messages s’indignent de la situation ou s’étonnent, voyant en lui un prêcheur plutôt « libéral ».

Au vu d’un certain nombre d’informations, on ne peut que s’étonner de ces réactions, sinon s’en inquiéter, alors que ce genre de prédicateur radical bénéficie d’une audience considérable, ce qui constitue un danger imminent pour la République et l’Etat de droit. Il est temps, effectivement, de rompre avec une banalisation périlleuse qui n’a que trop durée.

Notes :

1- Echirolles. La venue du prédicateur musulman Hassan Iquioussen suscite la polémique, France 3, 12/02/2019

2- RFI AfriqueMauritanie : le centre de formation des oulémas fermé par les autorités

3- Informations rassemblées par des internautes sur cette initiative et les associations qui gravitent autour d’elle. 

4- « J’appelle à un retour au salafisme véritable »

5- Islam : la France profonde des mosquées UOIF, Sud-Ouest.fr, publié le 08/04/2012.  La face cachée de l'UOIF

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !