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"La perte du triple A ne serait pas un cataclysme" : retour sur les petites phrases du quinquennat
qui resteront...
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Ce qui est dit est dit

"La perte du triple A ne serait pas un cataclysme" : retour sur les petites phrases du quinquennat qui resteront...

Du fédérateur "Yes, we can", formulé par Barack Obama, au visionnaire "rideau de fer" annoncé par Winston Churchill, Eric Keslassy vous propose de faire le tour des citations politiques les plus marquantes de ces 150 dernières années. "Citations politiques expliquées" offre un petit détour par la campagne présidentielle française (Extrait 1/2).

Eric Keslassy

Eric Keslassy

Eric Keslassy est politiste et sociologue. Il enseigne à Sciences Po Lille.

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"La perte du triple A ne serait pas un cataclysme"

Alain Juppé, 14 décembre 2011

 

Consulté à la fin du mois d’août 2010 pour entrer au gouvernement, Alain Juppé a répondu au président de la République : « Aujourd’hui, tu ne serais pas réélu. Ai-je intérêt à monter sur le Titanic ? » Son nom ne figure donc pas dans la troisième équipe gouvernementale de François Fillon lors du remaniement du 14 novembre. Néanmoins après les multiples bourdes « tunisiennes » de Michèle Alliot-Marie, Juppé accepte de (re)devenir ministre des Affaires étrangères le 27 novembre 2011. Un an après, lorsqu’on l’interroge sur sa boutade, il explique dorénavant qu’il ira « jusqu’au bout » car « on a évité les icebergs. Maintenant que je suis sur le bateau, je me rends compte qu’il y a un capitaine ». Il faut dire que Nicolas Sarkozy ne ménage pas ses efforts sur le front européen pour lutter contre les effets néfastes de la crise des dettes souveraines.

Tout au long de l’année 2011, le président n’a qu’un seul leitmotiv : conserver le triple A, cette note qui permet à l’État français d’emprunter aux meilleurs taux d’intérêt sur les marchés financiers. Nicolas Sarkozy en a fait clairement l’enjeu de la fin de son mandat : perdre le triple A serait une « catastrophe » sur le plan économique mais aussi sur le plan politique. Presque à haute voix, il considère même que, dans ce cas, il n’aurait plus aucune chance de prolonger son séjour à l’Élysée. Dès lors, son Premier ministre impose successivement deux plans d’austérité – en juillet et en novembre – avec pour objectif de réduire le déficit public (en augmentant les rentrées fiscales tout en freinant les dépenses sociales). En dépit de ces mesures rigoureuses, les agences de notation ne relâchent pas leur pression : le 5 décembre, Standard & Poor’s place à son tour sous surveillance négative la note de la France – comme celles des quinze pays de la zone euro qui n’ont pas encore été dégradées – qui pourrait être abaissée de deux crans (contre un cran pour l’Allemagne). Il devient urgent de changer de discours. La dégradation de la note de la France ne semble plus qu’une question de temps. Aussi, le 16 décembre, Alain Juppé déclare dans les colonnes du Figaro : « La perte du triple A ne serait pas un cataclysme. » Le timing est parfait : les fêtes passées, le 13 janvier 2012, Standard & Poor’s dégrade la note de la France qui passe à AA+. Les Français y avaient été préparés…

"C’est le triple échec de Nicolas Sarkozy"

François Hollande, 16 décembre 2011


Après avoir été porté par la primaire, François Hollande connaît un trou d’air dans les sondages. À la fin du mois d’octobre, il est bien calé au-dessus de 35 % pour les intentions de vote au premier tour de la présidentielle ; à la mi-décembre, il se retrouve à 27 %. Dans le même temps, son principal concurrent, Nicolas Sarkozy se maintient autour de 24 %. L’écart s’est donc réduit. Le président de la République profite indéniablement de la crise de la dette pour apparaître comme le recours – en dépit de sa faible cote de popularité. Le pari de Nicolas Sarkozy est le suivant : faire admettre aux Français qu’il est le seul à posséder la stature internationale absolument cruciale dans cette période agitée sur le plan économique et social. Mais il a un gros handicap : son bilan.

La crise n’a sauvé aucun des dirigeants européens qui remettaient en jeu leur mandat ces derniers mois. Pas plus en Irlande qu’au Portugal, en Grèce, en Italie ou en Espagne. Dès lors, la tactique de François Hollande est limpide : il doit souligner les ratés de Nicolas Sarkozy au moment où les agences de notation envisagent, de façon de plus en plus pressante, de retirer le triple A à la France. Le 16 décembre 2011, en voyage à Rome pour rencontrer la gauche italienne, le candidat socialiste fustige le bilan du président : « Je ne sais ce qui se [passera] par rapport au triple A mais pour l’instant il y a un triple échec de Nicolas Sarkozy : échec par rapport à l’obligation de croissance, nous sommes en récession, échec par rapport à l’objectif de réduire le chômage, échec par rapport à la réduction des déficits. » Hollande insiste : « C’est le triple échec de Nicolas Sarkozy. »

Il faut dire que le jour même, l’Insee annonce qu’après deux trimestres de croissance négative, la France entre officiellement en récession. Une mauvaise nouvelle qui en confirme bien d’autres : le taux de chômage est passé de 7,5 % en février 2008 à 9,8 % en octobre 2011. Le déficit public a explosé, atteignant près de 8 % du PIB à la fin de 2010. Et l’état des finances publiques oblige le gouvernement à multiplier les mesures de rigueur. Les électeurs risquent de ne pas oublier… D’autant que cela ne suffit pas à préserver la note de la France. Tant d’efforts pour finalement être dégradée !

 

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Extrait de Citations politiques expliquéesEyrolles (20 avril 2012)

 

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