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A-t-on vraiment besoin de jours fériés pour permettre à chacun de respecter ses fêtes religieuses ?
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Ca c'est du choly

A-t-on vraiment besoin de jours fériés pour permettre à chacun de respecter ses fêtes religieuses ?

Eva Joly, la candidate EELV à la présidentielle s'est déclarée favorable cette semaine à la création d'un jour férié pour les juifs et les musulmans. Une idée reprenant le rapport Stasi datant de 2003 et qui ravive le débat concernant la laïcité.

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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Eva Joly vient de proposer que les fêtes de l’Aïd-el-Kebir et de Kippour deviennent en France des jours fériés. Ces deux évènements sont des fêtes majeures de l’Islam pour la première, du Judaïsme pour la seconde.

La proposition d’Eva Joly reprend en réalité celle qui avait été avancée par le rapport Stasi. Celle-ci partait du constat qu’ "il est parfois difficile de prendre un jour de congé pour Kippour, l'Aïd-el-Kebir ou à l'occasion d'autres fêtes religieuses" et que des examens ont parfois lieu le jour de fêtes religieuses importantes. Cette situation est absurde et injuste. Si la République ne reconnait pas de religion, elle ne doit pas non plus s’interdire une bonne intelligence avec ses citoyens.

Pour les catholiques, la question ne se pose pas vraiment. Reconnaissons-le ; il n’est pas si difficile de respecter les fêtes : les principales sont fériées (Pâques, Noël, le 15 août notamment) et le culte a lieu le dimanche par exemple. Par contre, célébrer une fête d’une autre religion peut se révéler plus compliquée, si elle "tombe" un jour de semaine.

Dans ces cas là, il ne semble pas stupide de permettre aux personnes qui le souhaitent de célébrer la principale fête de leur religion. Dans l’entreprise, cela veut dire être suffisamment flexible pour permettre une absence – c’est d’ailleurs souvent le cas. A l’Ecole, cela peut demander comme compromis d’autoriser de manquer un jour de classe. Au demeurant, dans l’Education Nationale, une circulaire datant de 1967 rappelle "que les chefs de service peuvent accorder aux agents qui désirent participer aux cérémonies célébrées à l'occasion des principales fêtes propres à leur confession les autorisations d'absence nécessaires". Elle est actualisée chaque année.

L’idée d’Eva Joly se contente donc de prendre acte de la pluralité religieuse de la France et propose de permettre à tous d’exercer leur culte. Au fond, c’est aussi un aspect de la laïcité que la liberté religieuse.

Là où la proposition d’Eva Joly s’égare peut-être, c’est quand elle semble proposer que ces jours deviennent obligatoirement fériés et sans contrepartie. D’abord, diminuer le temps de travail des Français est certainement la dernière idée à défendre aujourd’hui en matière économique. Le partage du travail est une aberration : ce n’est pas en diminuant la production qu’on gagne plus. Supprimer deux nouveaux jours d’activité dans le calendrier serait une erreur. Ensuite, le respect des croyances de chacun ne doit pas conduire à organiser de manière rigide la société française. Il n’est pas nécessaire que tous les Français chôment pour ces fêtes.

Eva Joly devrait s’inspirer directement de la Commission Stasi. Celle-ci préconisait que, à l’école, "ces deux jours fériés supplémentaires devraient être compensés". Elle suggérait en outre que le nouveau jour férié serait  "substituable [] à un autre jour férié à la discrétion du salarié".

La proposition d’Eva Joly est probablement exprimée de manière maladroite. Elle ne mérite certainement pas les réactions excessives d’autres personnalités politiques qui, comme Laurent Wauquiez, oublient que la laïcité emporte aussi la liberté de culte. Une nouvelle fois, le débat public révèle toute sa propension à polémiquer inutilement avec la laïcité. C’est dommage.

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