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Européennes : l’étonnante contre-performance du RN
©SYLVAIN THOMAS / AFP

Question de perspective

Européennes : l’étonnante contre-performance du RN

Alors que le FN était parvenu à frôler les 25% lors des européennes de 2014, les derniers sondages réalisés placent le RN à un niveau de 21-22%, malgré un contexte de tension croissante chez les Français.

David Nguyen

David Nguyen

David Nguyen est directeur conseil en communication au Département Opinion et Stratégies d'Entreprise de l'Ifop depuis 2017. Il a été conseiller en cabinet ministériel "discours et prospective" au ministère du Travail (2016-2017) et au ministère de l'Economie (2015-2016). David Nguyen a également occupé la fonction de consultant en communication chez Global Conseil (2012-2015). Il est diplômé de Sciences-Po Paris. 
 
Twitter : David Nguyen
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Atlantico : Alors que le FN était parvenu à frôler les 25% lors des européennes de 2014, les derniers sondages réalisés placent le RN à un niveau de 21-22%, malgré un contexte de tension croissante chez les Français. Ne peut-on pas voir cette situation comme un véritable échec sur le temps long ? 

David Nguyen : La situation du Rassemblement national est effectivement moins glorieuse qu’en 2014. Il y a 5 ans, le FN était arrivé pour la première fois en tête d’un scrutin national, 4 points devant l’UMP et surtout 15 points devant le Parti socialiste alors au pouvoir. La formation de Marine Le Pen pouvait se prévaloir d’être le « premier parti de France » et revendiquer une victoire majeure face au « système » incarné par la gauche et la droite traditionnelles. Aujourd’hui, le Rassemblement national peine à dépasser le camp présidentiel dans les intentions de vote et ne semble pas en mesure, à ce stade, d’augmenter significativement son score de 2014. Cette situation peut sembler paradoxale alors que la France traverse avec le mouvement des gilets jaunes une crise de rejet radical des élites, qui aurait pu théoriquement se traduire par une forte montée du vote contestataire. Dans les faits, à gauche, la France insoumise s’est effondrée en passant de 14% d’intentions de vote en août 2018 à environ 8%, tandis qu’à droite, le Rassemblement national ne s’est que relativement remis en selle en passant de 17% à 22% aujourd’hui. Le Rassemblement national est donc revenu à son niveau électoral de premier tour de la présidentielle de 2017 après un gros trou d’air. Cela permet à Marine Le Pen de redevenir la première opposante au pouvoir - ce qui n’est pas négligeable après son débat catastrophique d’entre deux tours - mais on n’assiste pas à une mutation de la colère jaune en votes nationalistes.

Quelles ont été les étapes de cette situation, de 2014 à 2019, en passant par le débat de 2017 ? 

Il y a au moins trois étapes. D’abord le débat raté d’entre deux tours et la défaite à la présidentielle. Même si le FN a réalisé un score historique à cette occasion, ce scrutin reste un traumatisme pour les électeurs de Marine Le Pen. Ces derniers ne sont pas dans une logique de vote de témoignage : l’objectif est bien d’accéder au pouvoir. Voir leur championne s’effondrer en direct et réaliser que le mur du front républicain reste malgré tout solide est forcément démobilisateur. La deuxième étape c’est l’émergence du macronisme qui, en plus de ringardiser toutes les anciennes formations politiques au moins jusqu’en août 2018, conduit à la constitution d’un électorat fidèle au président qui lui permet de bénéficier d’intentions de vote supérieures à 20%. Dans ce contexte le Rassemblement national n’incarne plus un écrasant « premier parti de France » comme en 2014 face au PS. C’est encore une fois moins mobilisateur pour son électorat. Enfin, il y a l’irruption du mouvement des gilets jaunes qui, s’il peut porter des thématiques proches du RN comme de la FI, est fondamentalement opposé à la démocratie représentative et donc à l’ensemble des appareils partisans. La logique populiste de rejet des élites, du système, des institutions est une force centrifuge qui entraîne aussi les formations contestataires dans son bouillonnement. C’est ce qu’il se passe avec le RN : une partie des gilets jaunes va le soutenir pour s’opposer à Emmanuel Macron, mais le reste va rejeter toute démarche de représentation, listes gilets jaunes y compris. C’est un phénomène spécifiquement français : en Espagne les indignados ont donné Podemos et en Italie la colère populaire a conduit au mouvement 5 étoiles. 

En quoi le RN a-t-il pu perdre en termes de "radicalité" lors de ces dernières années, avec une offre politique qui a été largement remaniée depuis 2014 ? 

Le RN a davantage perdu en lisibilité qu’en radicalité. Le parti reste celui « qu’on a jamais essayé » et conserve son caractère anti système, même s’il est concurrencé sur ce créneau. En revanche, une partie des électeurs ne sait plus très bien si le parti est pour ou contre la sortie de l’Euro, si Marine Le Pen est intouchable ou s’il faut compter avec sa nièce pour 2022, s’il reste un état major solide après le départ de Florian Philippot... Ces éléments d’incertitude sont les principales faiblesses du parti aujourd’hui. 

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