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Zone euro : vers la crise systémique
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Zone euro : vers la crise systémique

Surprise : alors que la crise des subprimes de 2008 avait été gérée en grande partie par les pays membres du G8, Christine Lagarde en tête, le programme du G8 de Deauville, les 26 et 27 mai, ne parle pas des dettes souveraines et des menaces de défaillances associées... du moins en façade. Mais en coulisses, les risques de défaillance de la Grèce préoccuperont bien des chefs d'Etat.

Philippe Herlin

Philippe Herlin

Philippe Herlin est chercheur en finance, chargé de cours au CNAM.

Il est l'auteur de L'or, un placement d'avenir (Eyrolles, 2012), de Repenser l'économie (Eyrolles, 2012) et de France, la faillite ? : Après la perte du AAA (Eyrolles 2012) et de La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ? chez Atlantico Editions.

Il tient le site www.philippeherlin.com

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Désormais on ne peut plus parler de crise « périphérique » pour la zone euro, comme si les problèmes de dette publique se limitaient à la Grèce, l’Irlande et le Portugal, ce qui est déjà beaucoup soit dit en passant. Il faut désormais parler de crise systémique. En effet l’agence de notation Standard & Poor’s vient, non pas de dégrader, mais de « mettre sous surveillance négative » les notes de l’Italie et de la Belgique. Dans le même temps l’Espagne fait face à des manifestations monstres et le gouvernement a subi un désaveu cinglant lors des dernières élections ; on dit aussi que les banques régionales sont loin d’avoir révélé tous leurs engagements dans l’immobilier, en chute libre depuis la crise.

Ouvrons une parenthèse : oui, les agences de notation sont éminemment critiquables, elles sont en situation d’oligopole (seulement trois acteurs), n’ont pas vu venir la crise des subprimes, réagissent souvent en retard et accentuent les tensions, etc. Mais elles font partie du jeu, leurs notes influencent les investisseurs, les marchés les écoutent, il faut faire avec. Pour ne pas dépendre d’elles, il ne fallait pas autant s’endetter, mais c’est un peu tard désormais.

L’Union européenne a déjà beaucoup de mal à gérer le cas de la Grèce (faut-il restructurer la dette ou pas, suivant quelles modalités ?), on imagine la panique si l’Espagne et l’Italie entraient dans la danse… Avec ces deux pays on change d’échelle, le Fonds de soutien européen allié au FMI ne serait peut être pas de taille ! Le gouvernement Berlusconi vient d’annoncer un plan de rigueur de 40 milliards d’euros, sera-ce suffisant ? Standard & Poor’s indique que c’est surtout la faible croissance du PIB (1 % sur 2011) qui pose problème.

Mais la crise systémique concerne aussi les banques et les sociétés d’assurances. Après avoir une nouvelle fois rabaissé la note de la Grèce, Standard & Poor’s a ensuite dégradé la dette du Crédit Agricole et celle de Groupama, très engagés dans ce pays. Cela a tout juste fait deux lignes dans la presse, des millions de Français sont pourtant concernés. « Le bons sens près de chez vous » disait une publicité de la banque qui a eu l’excellente idée, en 2006, d’acheter la quatrième banque grecque, Emporicki (personne ne savait, à l’époque, que les comptes publics étaient truqués ?). Groupama détient deux milliards d’euros d’emprunts grecs, et aussi du papier irlandais, espagnol, italien… « Faire face aux risques d’aujourd’hui » disait un ancien slogan de la compagnie d’assurance, qui aurait du se l’appliquer à elle-même.

Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a déclaré qu’une restructuration de la dette grecque s’apparenterait au « scénario de l’horreur ». Pense-t-il aux conséquences sur le système bancaire français ? Certainement.

Le défaut précipité d’un pays européen provoquerait des faillites bancaires en série, ce serait un choc au moins comparable à la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008. Pour l’instant les pays de l’Union européenne ne font que repousser le problème et nier sa gravité, comme pour les subprimes en 2007.

PS : Les grands artistes ont toujours un regard d’avance, comment pourrait-on visuellement et physiquement se représenter la dette souveraine mondiale qui menace de nous engloutir ? Pour désigner l’Etat, le penseur libéral Hobbes avait utilisé la métaphore du Léviathan, ce monstre marin colossal évoqué par la Bible. Leviathan, c’est aussi le nom de l’œuvre fascinante du plasticien Anish Kapoor au Grand Palais, sorte de gigantesque bulle protéiforme envahissant la fragile et complexe nef du Grand Palais (métaphore de la société ?) et menaçant, si elle grandit encore, de la faire exploser…

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