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Philippe Herlin : "Ce qu’il faut sauver à tout prix c’est l’économie européenne, le système financier et l’épargne des ménages. La monnaie n’est qu’un moyen".
Philippe Herlin : "Ce qu’il faut sauver à tout prix c’est l’économie européenne, le système financier et l’épargne des ménages. La monnaie n’est qu’un moyen".
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Euro vision

Ce n'est pas l'euro qu'il faut sauver à tout prix, mais l'économie européenne

Pour éviter un krach de la zone euro, l'économiste Philippe Herlin a un plan qui s'écarte à la fois de l'europhilie béate et d'un retour définitif aux monnaies nationales.

Philippe Herlin

Philippe Herlin

Philippe Herlin est chercheur en finance, chargé de cours au CNAM.

Il est l'auteur de L'or, un placement d'avenir (Eyrolles, 2012), de Repenser l'économie (Eyrolles, 2012) et de France, la faillite ? : Après la perte du AAA (Eyrolles 2012) et de La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ? chez Atlantico Editions.

Il tient le site www.philippeherlin.com

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Réuni en début de semaine, l’Eurogroupe n’a pas été capable de se mettre d’accord sur le second plan d’aide à la Grèce, les décisions sont reportées dans les jours qui viennent. Mais le temps presse : l’Irlande et le Portugal s’avèrent tout aussi insolvables que la Grèce, tandis que l’Espagne et l’Italie montrent des signes croissants de fragilité. La zone euro fait face à un risque de tsunami (krach + panique) qui provoquerait des dégâts considérables sur son économie. Il est urgent d’agir, et à la hauteur des événements, plutôt que de se focaliser sur la Grèce qui n’est qu’un symptôme.

Ni euro à tout prix, ni retour aux monnaies nationales

Que faire ? D’un côté on trouve ceux qui veulent « sauver l’euro à tout prix ». Une position stupide, ce qu’il faut sauver à tout prix c’est l’économie européenne, le système financier et l’épargne des ménages. La monnaie n’est qu’un moyen, elle doit inspirer confiance, être stable, non manipulée par les autorités politiques, de façon à faciliter, sans les influencer, les décisions des différents agents économiques (investissement, épargne, consommation).

En face d’autres veulent abattre l’euro et revenir aux monnaies nationales en nous promettant ainsi de régler d’un coup tous les problèmes. Mensonges : la France connaissait des problèmes de croissance, de chômage, de déficits commerciaux et budgétaires déjà bien avant la mise en place de l’euro ! Par ailleurs, la forte imbrication des économies européennes ne rend pas du tout incongru une monnaie supranationale qui facilite les échanges et élimine le risque de change. Enfin on ne peut pas se plaindre de l’hégémonie du dollar et rester chacun chez soi.

Et ne parlons pas des solutions baroques comme un euro fort (de l’Europe du Nord) et un euro faible (l’Europe méditerranéenne), car ce dernier ne serait absolument pas viable (la France et la Grèce dans le même bateau !). Ou de la création d’Eurobonds qui endetterait encore plus l’Europe sans rien régler sur le fond.

Une monnaie commune plutôt qu’une monnaie unique

Pour notre part nous proposons de revenir à la proposition des Anglais lors de la mise en place de l’euro : faire une monnaie commune plutôt qu’une monnaie unique. Une monnaie unique est un projet technocratique, faisons confiance au pragmatisme anglais !

La Grèce, le Portugal et l’Irlande reviendraient à leurs monnaies nationales pour retrouver des marges de manœuvre, tandis que leur dette – toujours libellée en euros – serait restructurée, c’est de toute façon inévitable. Mais ces pays pourraient retrouver ainsi le chemin de la croissance plutôt que de s’enferrer dans des logiques déflationnistes. Les entreprises et les banques de ces pays continueraient bien sûr d’utiliser l’euro pour leurs échanges avec l’Europe (de même que les commerçants des zones touristiques).

S’ils payent leurs courses de tous les jours en monnaie nationale, les particuliers pourraient placer une partie de leur épargne dans des produits libellés en euro. On aboutirait ainsi à l’idée très libérale de « concurrence des monnaies » : si leur État gère mal sa monnaie et qu’elle se dévalue trop, les particuliers transfèrent leur épargne vers des produits en euros accentuant ainsi sa perte de valeur et obligeant le gouvernement à plus rigueur. Un très sain mécanisme de rappel.

L’euro n’est pas la cause de nos maux, mais plutôt un révélateur

L’Allemagne resterait bien sûr intégralement dans l’euro, ainsi que la France. L’euro n’est pas la cause de nos maux, qui sont plus anciens, seulement un révélateur, essentiellement de notre manque de compétitivité et du poids trop important des prélèvements obligatoires. Un retour au franc apporterait un répit de courte durée, rien de plus.

L’Espagne et peut être l’Italie pourraient revenir à leurs monnaies nationales sans avoir besoin de restructurer leur dette publique, le retour de la croissance leur permettant de faire face à leurs engagements.

De cette façon la contagion de la crise serait stoppée net, l’euro retrouverait la pleine confiance des Européens et des investisseurs, et l’on pourrait enfin parler des sujets économiques importants : compétitivité, innovation, place de la France et de l’Europe dans la mondialisation.

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