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Et si la droite et la gauche s’intéressaient à la façon dont leurs équivalents européens continuent, eux, à remporter des élections ?
©EMMANUEL DUNAND / AFP

Tour d'horizon

Et si la droite et la gauche s’intéressaient à la façon dont leurs équivalents européens continuent, eux, à remporter des élections ?

Le succès des sociaux-démocrates au Danemark peut sembler trompeur, leur programme sur certains points pouvant les classer à l'extrême-droite de l'échiquier en France. Tour d'horizon de la stratégie politique en Europe.

Raul Magni-Berton

Raul Magni-Berton

Raul Magni-Berton est actuellement professeur de science politique à Sciences Po Grenoble. Il est également auteur de notes et rapports pour le think-tank GénérationLibre.

 

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Atlantico: Au Danemark, le centre-gauche retrouve la majorité après quatre années vécues dans l'opposition en partie grâce à des idées et des propositions dont on pourrait attribuer en France la paternité à l'extrême droite sur l'échiquier politique. Comment expliquer ce mariage qui paraît aujourd'hui impensable pour un socialiste en France ?

Raul Magni Berton : Avant tout, il faudrait préciser que les sociaux-démocrates danois n'ont pas spécialement gagné en termes de voix. Depuis 15 ans, ils obtiennent aux élections législatives régulièrement le même score, à un point de pourcentage près. Depuis la dernière élection, ils ont même perdu près de dix mille voix. Cette fois, cependant, ils obtiennent la majorité à cause des scores des autres partis. Le parti d'extrême droite s'est effondré, après s'être confronté à l'activité de gouvernement pendant 10 ans. En ont bénéficié plein de petits partis conservateurs ou nationalistes. D'un autre coté, les autres partis de gauche - les socialistes à tendance écologiste et les sociaux-libéraux - ont connu une belle percée en gagnant près de 150 000 voix chacun. Cela suffit pour faire basculer le gouvernement à gauche. 

Cependant, en ces temps difficiles pour les partis sociaux-démocrates, le fait même que le parti social-démocrate ait réussi à se maintenir autour de 25% depuis quinze ans peut être considéré comme un petit exploit. Et pour reprendre votre question: est-ce que ses positions dures vis-à-vis de l'immigration y sont pour quelque chose? Paradoxalement, les partis de gauche qui ont percé, socio-écologistes et socio-libéraux, sont, au contraire, plutôt favorables à une politique migratoire moins restrictive, alors que le parti d'extrême droite, lui, a perdu. Donc, globalement, l'élection au Danemark est plutôt le signe d'une moindre crainte de l'immigration. Cependant, même dans ce contexte, le parti social-démocrate n'a pas perdu. 

De manière générale, de même que la libéralisation des capitaux et des marchandises, l'ouverture des frontières aux personnes produit une économie plus fluide, mais aussi plus instable, notamment pour les travailleurs locaux. Il s'agit aussi de quelque chose contre laquelle beaucoup de travailleurs veulent être protégés, particulièrement en temps de crise. Or, au Danemark, qu'on soit pour ou contre l'immigration, on peut voter à gauche ou à droite. En revanche, en France, lorsqu'on craint l'immigration, on ne trouve pas de partis à gauche. Cela rend la gauche beaucoup plus fragile face à des périodes où ces craintes sont élevées. 

 

Aujourd'hui, si l'on prend le cas de plusieurs pays européens comme l'Espagne, les Pays-Bas, le Portugal ou les pays scandinaves, quelles sont les lignes qui leur permettent de gagner aujourd'hui ?

A vrai dire, hormis l'Espagne, dans les autres pays que vous citez les partis sociaux-démocrates ne percent pas. Par rapport à la France, ils ne s'effondrent pas. Dans les pays scandinaves le contexte est assez proche de celui du Danemark, et d'une certaine manière les Pays-Bas aussi. Il s'agit de systèmes qui vont économiquement bien, avec des modes de scrutin proportionnels qui ont l'avantage de permettre à de nouveau mouvements - de gauche comme de droite - d'entrer dans la compétition électorale. Et cela force les partis traditionnels à s'y confronter. Cela les coupe moins de la population que là où il y a des systèmes majoritaires ou qui traversent de graves difficultés économiques. 

En Espagne, la situation est un peu différente. Le parti socialiste a bénéficié de la crise concomitante du principal parti de droite - le Parti Populaire - et de son principal adversaire à gauche, Podemos. 

 

N'y aurait-il pas alors pour la gauche et la droite française des idées à piocher dans ces nouveaux mouvements qui pourraient permettre aux partis français de refonder leurs logiciels politique ? 

Se confronter avec la réalité des autres pays est toujours une bonne chose. Les partis, en France, comme tous les autres grands pays, ne le font pas assez. Mais, de manière générale, les partis français ont été trop protégés par leur système électoral de la concurrence, et cela se voit par beaucoup trop d'attitudes visant à "éduquer les électeurs" qui, sur le long terme, exaspèrent l'électorat. Le personnel politique se renouvelle peu, y compris dans les partis extrêmes, et cela conduit à une recherche désespérée de nouveauté. S'il y a une morale à cette histoire je dirai que les partis qui se sont davantage soumis à la concurrence sont ceux qui ont, paradoxalement, le mieux résisté.

 

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