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Quels pays seront gagnants en 2100 ?
Quels pays seront gagnants en 2100 ?
©Reuters

Et moi, et moi, et moi

Et quand nous serons 11 milliards sur Terre en 2100 ? Partie 5 : quels pays seront gagnants

Selon l'Institut national d'études démographiques (Ined), nous serons entre 10 et 11 milliards d'êtres humains d'ici à la fin du siècle. D'ici là et dans ce cas, les épidémies, le changement climatique, la sécurité alimentaire et l'accès à l’eau potable auront probablement bousculé l'équilibre géopolitique actuel. Cinquième et dernière partie de notre série.

Nicolas Tenzer

Nicolas Tenzer

Nicolas Tenzer, professeur associé International Public Affairs, Sciences Po

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Atlantico : Selon l’Ined, nous serons entre 10 et 11 milliards d’êtres humains sur Terre d’ici la fin du siècle. Mais où seront situés ces 11 milliards de terriens ? Comment peuvent-ils bousculer les équilibres géopolitiques et selon quelles modalités ?

Nicolas Tenzer : Ces prévisions de l’Ined, qui reprennent celles des Nations unies, sont certes alarmantes – même si ces organisations prévoient qu'ensuite la population ne croîtra plus. Cela dit, je me méfie des prévisions à aussi long terme, car de nombreux facteurs peuvent les modifier d’ici là, en particulier un changement de régime démographique en Afrique et en Amérique latine, grâce à un contrôle des naissances. Celui-ci est déjà en cours dans la plupart des pays d’Asie.

>>> Lire aussi : Et quand nous serons 11 milliards sur Terre, partie 4 : la course de l'accès à l'eau potable <<<

En termes de conséquence, tout dépend comment ces évolutions vont être gérées. L’enjeu majeur consiste à savoir si le développement de l’Afrique, en particulier – puisqu’elle devrait comporter environ un tiers de la population mondiale –, va permettre de développer suffisamment la richesse et le travail pour stabiliser cette population.Les négociations commerciales, qui devront permettre au continent africain d’exporter des biens plus que des hommes, seront aussi déterminantes. Il faut en tout cas se méfier des déterminismes unilatéraux et des équations simplistes du genre accroissement démographique égal guerre.

Tout au long de notre série, nous avons mis en évidence, à l’aide de spécialistes, comment les épidémies, le changement climatique, la sécurité alimentaire et l’accès à l’eau potable deviendront de plus en plus des thématiques préoccupantes. Comment ces thématiques pourraient-elles provoquer de nouveaux équilibres géopolitiques en termes de répartition de pôles de puissance ? Ces thématiques pourraient-elles devenir la cause de guerres entre Etats, ou même de guerres civiles ?

L’enjeu principal sera de maîtriser ces évolutions qui sont de natures très différentes. Des pays très peuplés peuvent parfaitement le faire. Souvent aussi, l’ordre des facteurs est inverse : les guerres civiles, l’absence de gestion des terres et de maîtrise de l’espace, la corruption ou l’insuffisance des élites empêchent cette maîtrise et nous assistons à un facteur cumulatif. Je ne crois pas à un état de guerre généralisée pour l’accès aux différentes ressources (terres, nourriture et eau), mais plutôt à des conflits localisés, parfois hélas très durs. Il est toutefois loin d’être certain ni même probable qu’ils aient un effet de contagion. Tous les spécialistes indiquent que, d’une part, nous avons la capacité de nourrir une telle population, d’autre part, que, si nous gérons bien cette ressource, ne la gaspillons pas et la recyclons, l’eau est globalement en quantité suffisante. Les deux sujets majeurs seront dès lors, d’un côté, la capacité, sur le plan international, de gérer l’accès aux ressources, ce qui vaut aussi pour l’énergie, et leur prix ; d’un autre côté, l’établissement de circuits commerciaux suffisamment équilibrés pour que les richesses soient mieux réparties. Mais cela suppose le développement et la fin de la prédation.

L’autre sujet majeur, qui a un rapport étroit avec la question de la puissance, sera la capacité, à l’échelon des grandes régions, d’organiser la solidarité et les échanges. C’est vrai tout particulièrement en Afrique où rien ne serait pire que d’assister à une coexistence d’Etats dotés d’un bon degré de développement et de classes moyennes éduquées, et, en même temps d’Etats faillis. Enfin, je ne pense pas que la démographie ait un rapport immédiat et direct avec la puissance, qui tient aussi à l’intelligence, à l’internationalisation et à l’innovation. Voyez par exemple Singapour dont l’influence globale est probablement supérieure aujourd’hui à celle de l’Inde qui a 200 fois plus d’habitants ! De ce point de vue, tant l’Occident que les pays développés d’Asie pourront rester globalement dominants. A eux d’être suffisamment intelligents pour comprendre que la solidarité est dans leur intérêt.

L’Afrique, l’Inde et la Chine seront les zones plus peuplées au monde. Il semble donc pertinent de s’interroger sur les positions que les pays émergents auront demain. Quel sera le poids des pays émergents dans la formation de ces équilibres géopolitiques ? Continueront-ils de représenter une alternative aux puissances traditionnelles ?

La réponse est nécessairement complexe. D’abord, je crois que l’universalité de l’aspiration à la démocratie est une réalité et elle ne pourra que progresser, ce qui ne signifie pas que tous les pays qui défendent ces valeurs joueront forcément un jeu coopératif. Ensuite, tous les pays, même grands, n’ont pas nécessairement le souhait de se comporter comme puissance globale sur la scène internationale. Certains voudront d’abord jouer un jeu régional. Nous pouvons leur appliquer ce disait Zbigniew Brzezinski à propos des Etats-Unis : ils devront choisir entre la domination et le leadership. S’ils le souhaitent, ils devront se garder d’appliquer la règle : « The winner takes all ». Cette interrogation, aujourd’hui sans réponse assurée, concerne la Chine. C’est moins vrai pour Delhi, qui reste beaucoup plus faible et autocentré que Pékin (le PIB par habitant de l’Inde est cinq fois inférieur à celui de la Chine), dont le développement est beaucoup plus inégalitaire encore et qui est loin d’avoir résolu ses problèmes de gouvernance. Il existe trop d’incertitudes sur l’Afrique, le Brésil ou l’Indonésie pour répondre.

La réserve stratégique de pétrole la plus grande du monde est celle des Etats-Unis. Est-il possible que l’actuelle première puissance de la planète profite de ce monopole lorsque les puits du Golfe seront taris et que le monde sera peuplé de près de 11 milliards d’individus ?

A cet horizon, il existe trop d’inconnues. D’ici 80 ans, la recherche sur les énergies aura considérablement progressé et l’on sait que l’étendue des réserves « exploitables » dépend largement de leur coût d’exploitation acceptable et comparé par rapport à d’autres sources d’énergie. D’ici là, celles-ci et l’évolution des technologies peuvent modifier considérablement la donne. Mais pour l’instant, les Etats-Unis semblent avoir un avantage certain non seulement en raison de leurs ressources actuelles, mais aussi de leur potentiel d’innovation.

En 1848, l’Europe apprivoisait la démocratie. Depuis décembre 2010, et surtout depuis 2011, certains pays arabes empruntent la même voie. Cette propagation de la démocratie dans le monde finira-t-elle par atteindre d’autres régions du fait du poids des citoyens sur Terre comme sur la toile ?

Oui, cela me paraît avéré. Aujourd’hui, l’aspiration à la liberté et aux droits civils devient universelle et n’est plus liée aux seules valeurs occidentales. Certes, il existera toujours des communautés et des groupes qui chercheront à emmurer l’individu dans un carcan traditionnel ou religieux. Mais ceux-ci deviendront chaque jour plus isolés et minoritaires. C’est pourquoi le Printemps arabe, d’une part, ne m’a pas surpris, d’autre part, me paraît l’une des vraies bonnes nouvelles de cette dernière décennie, malgré les régressions et les promesses trop lentes à se réaliser.

En ce début de siècle nous avons assisté à des cyber-attaques, et, récemment, les écoutes de la NSA ont relancé le débat de la place des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans notre société. Internet sera-t-il le champ de bataille de demain ?

Oui, cela sera un élément majeur dans la détermination de l’image des Etats comme des ONG et des entreprises, dans l’influence des opinions publiques et les stratégies, offensives comme défensives. Cela obligera à une attention accrue de la part des dirigeants à ce qui circule sur le Net, outil évidemment autant de désinformation que d’information. Les moyens des Etats pour riposter et agir devront être considérablement accrus à l’avenir.

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