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Le "sapiosexuel" serait, selon le site américain Urban Dictionnary, une "personne qui serait sexuellement attirée par l’intelligence de ses potentiels partenaires".
Le "sapiosexuel" serait, selon le site américain Urban Dictionnary, une "personne qui serait sexuellement attirée par l’intelligence de ses potentiels partenaires".
©Reuters

Hmm ta grosse bibliothèque ...

Et maintenant les sapiosexuels… Bienvenue dans le grand bazar des “nouvelles” identités sexuelles

Le site de rencontres américain OkCupid, fort de 3,5 millions de membres, vient d'ajouter une nouvelle case aux multiples orientations sexuelles que l'utilisateur peut sélectionner : après les hétéros, les gays, les asexuels et les pansexuels, voici les "sapiosexuels". Leur caractéristique : être attiré par l'intelligence. Un peu comme tout le monde finalement.

Michelle  Boiron

Michelle Boiron

Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles notamment sur le vaginisme, le rapport entre gourmandise et  sexualité, le XXIème sexe, l’addiction sexuelle, la fragilité masculine, etc. Michelle Boiron est aussi rédactrice invitée du magazine Sexualités Humaines

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Atlantico : Nouveau terme à la mode, le "sapiosexuel" serait, selon le site américain Urban Dictionnary, une "personne qui serait sexuellement attirée par l’intelligence de ses potentiels partenaires". Qu’en pensez-vous ?

Michelle Boiron : Ce terme est un néologisme, il n’est donc pas reconnu dans le dictionnaire. A supposer que cette "préférence" puisse se laisser définir par un mot ce n’est pas un scoop. C’est encore un effet de mode de faire que la normalité devienne "singulière". Dans votre question ce qui me frappe c’est que, pour une fois, vous ne faites pas de distinction entre homme et femme. Vous parlez d’une personne. On ne peut effacer, pour cette question, la différence entre les hommes et les femmes sur ce qui les constituent sexuellement, même si la tendance actuelle est de les effacer. La tendance est d’annihiler leurs différences, cela ne pourra se faire aussi radicalement en ce qui concerne leur sexualité. On peut trouver des critères invariants qui traverseront les époques, comme des repères pour déterminer si l’on est dans une sexualité normale ou perverse. L’attirance vers l’intelligence est un invariant. Elle nous permettra je l’espère encore longtemps de lutter contre la bêtise !

Ce type de caractéristique ne séduit-il pas, naturellement, une grande partie des gens ? Peut-on vraiment parler d’identité sexuelle ?

Ne mélangeons pas tout. L’identité sexuelle n’a rien à voir avec cette question, cela fera l’objet d’une autre interview car c’est trop sérieux.

Comme vous le soulignez l’intelligence est une simple caractéristique dont est dotée, ou pas, une personne qui peut être attirante sexuellement à un moment donné, dans un corps donné. La conjugaison des facteurs qui attirent sexuellement reste encore aujourd’hui mystérieuse et vraisemblablement ne peut se limiter à un seul critère. C’est la magie de la rencontre, sauf sur un catalogue des possibles où l’on doit cocher des cases : bête ou intelligent ? Je vous laisse répondre.

Laissons la possibilité à chacun de suivre son instinct et de se faire confiance sur ses choix. Les phénomènes inconscients à l’œuvre dans une rencontre sont de toute façon plus forts qu’une préférence recherchée à tout prix (sauf dans les fixations pathologiques). On peut le regretter à la faveur parfois d’une attirance qui ne se révèlera pas à la hauteur de son ambition.

"Riche, beau, intelligent", "Riche, belle, intelligente" peut être un idéal recherché et le rêve de tous. Le débat reste entier sur l’identité sexuelle. Je préfère évoquer "un cœur intelligent" à défaut d’une "identité malheureuse" (deux titres de livres d’Alain Finkielkraut que je recommande pour devenir plus intelligent !)

Comment expliquer cette apparition d'une multitude de nouvelles formes sexuelles ? Et quelles en sont les exemples les plus marquants ?

Le sujet humain est un être culturel. Il faut donc étudier le système de valeurs et de croyance d’une société pour accéder à la compréhension des comportements sexuels. On constate alors que la sexualité de la quasi-totalité des individus est conforme aux normes du groupe social auquel ils appartiennent. Le contexte culturel définit ce qu’on peut appeler une "sexualité normale", le caractère normal de la sexualité est donc nécessairement évolutif. Ainsi, les mœurs ont fait évoluer les représentations de la sexualité et certaines pratiques jugées perverses deviennent "néosexuelles", terme crée par Joyce Mac Dougall.

Le "DSM", qui est la bible de la psychiatrie et de la norme, met à jour régulièrement les modifications des pathologies notamment sexuelles. Elles sont parfois supprimées comme l’homosexualité qui y figurait encore il y a quelques décennies. L’OMS ne l’a supprimée, elle, qu’en 1990. La maladie alcoolique a été, quant à elle, rajoutée comme une perte de la liberté de s’abstenir de boire. Alors qu’il y a peu de temps la même personne était qualifiée "d’ivrogne". Quant à la qualification "d’obsédé sexuel" il est  aujourd’hui un "addict sexuel".

De grâce, arrêtons de vouloir trouver des mots pour se définir pour une simple commodité de langage "mode". Acceptons d’être juste humain et de suivre son destin, notamment sexuel, en laissant à chacun le soin de le trouver par des chemins différents même si aujourd’hui malgré nos différences on puisse parvenir à une forme d’égalité.

La tendance aujourd’hui est de vouloir tout nommer, étiqueter, pour créer un effet de mode. En revanche, pour ce qui est de l’attirance vers une personne intelligente cela a toujours existée et n’est pas une nouvelle forme sexuelle sauf à se contraindre pour être  "tendance" à en faire une fixation pathologique : une névrose. La sexualité offre un panel de possibilités. Le risque serait de faire une fixation sur une mode quel qu’il soit. L’intelligence n’est pas encore une dérive !

Il ne faut pas oublier que dans la rencontre les phénomènes de projections sont actifs. Elles attisent le désir et créent l’excitation. L’érotisme, dimension humaine de la sexualité, revêt plusieurs formes. Il peut s’étayer sur maints supports et l’intelligence peut susciter le terreau du désir au même titre que le pouvoir, l’argent… Notons toutefois que les femmes ne cultivent pas le même érotisme, n’inventent pas la même scène, n’ont pas les mêmes fantasmes que les hommes. Dans leur scénario les femmes rêvent de faire l’amour avec un homme célèbre alors que les hommes rêvent d’une femme sublime !  

Milan Kundera écrivait : "Les femmes ne recherchent pas des hommes beaux mais ceux qui ont possédé de belles femmes".

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