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Et maintenant, le biohacking : bientôt nous pourrons pirater le corps humain
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Robocop

Et maintenant, le biohacking : bientôt nous pourrons pirater le corps humain

Toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort... A l'heure où les nouvelles technologies se développent à vitesse grand V, le corps humain pourrait bien être l'objet d'incroyables modifications dans les décennies à venir.

Laurent Alexandre

Laurent Alexandre

Chirurgien de formation, également diplômé de Science Po, d'Hec et de l'Ena, Laurent Alexandre a fondé dans les années 1990 le site d’information Doctissimo. Il le revend en 2008 et développe DNA Vision, entreprise spécialisée dans le séquençage ADN. Auteur de La mort de la mort paru en 2011, Laurent Alexandre est un expert des bouleversements que va connaître l'humanité grâce aux progrès de la biotechnologie. 

Vous pouvez suivre Laurent Alexandre sur son compe Twitter : @dr_l_alexandre

 
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Atlantico : Avec les progrès technologiques constants, le biohacking commence à apparaître, notamment avec la société Dangerous things qui développe actuellement des puces qui vont se greffer dans notre corps. Ces puces sont-elles une nouveauté ?

Laurent Alexandre : Les start-ups comme Dangerous things expliquent que les frontières éthiques actuelles sont destinées à être bousculées. Les frontières actuelles doivent être repoussées selon eux. De fait, des acteurs se situent dans la lignée transhumaniste.

Dans ce contexte, les transhumanistes soutiennent une vision radicale des droits de l’humain. Pour eux, un citoyen est un être autonome qui n’appartient à personne d’autre qu’à lui-même, et qui décide seul des modifications qu’il souhaite apporter à son cerveau, à son ADN ou à son corps au fil des avancées de la science. Ils considèrent que la maladie et le vieillissement ne sont pas une fatalité. La domestication de la vie pour augmenter nos capacités est l’objectif central des transhumanistes.

Selon eux, l’humanité ne devrait avoir aucun scrupule à utiliser toutes les possibilités de transformation offertes par la science. Il s’agit de faire de l’homme un terrain d’expérimentation pour les technologies NBIC : un être en perpétuelle évolution, perfectible et modifiable jour après jour par lui-même. L’homme du futur serait ainsi comme un site Web, à tout jamais une "version bêta", c’est-à-dire un organisme-prototype voué à se perfectionner en continu.

Dans quel courant du biohacking s'inscrivent ces puces qui se greffent dans notre corps ? Sont-elles une grande avancée technologique au vu de ce que nous faisons actuellement ?

Ce biohacking est plus violent sur le plan idéologique qu’efficace sur le plan technologique. Derrière les slogans, ces modifications technologiques restent modestes, anecdotiques et peu utiles.

Mais certains acteurs de la Silicon Valley veulent aller beaucoup plus loin. Ray Kurzweil, directeur du développement et ingénieur en chef de Google, a déclaré que nous utiliserions des nanorobots intracérébraux branchés sur nos neurones pour nous connecter à Internet vers 2035.

De même, pour que nous ne soyons pas écrasés par l’Intelligence Artificielle, l’industriel Elon Musk a proposé, le 2 juin 2016, la mise au point d’une interface entre le cerveau humain et le cerveau numérique. Il envisage un système branché à la veine jugulaire qui distillerait des nanocomposants dans le cerveau, ce qui nous transformerait en êtres symbiotiques où le numérique communique avec notre esprit.

Allons-nous bientôt être en symbiose avec notre personnalité numérique ? Ce type "d’avancée technologique" doit-elle nous inquiéter ? N’est-ce pas préoccupant de créer cette convergence entre corps et technologie ?

Cette fusion de la technologie et de la vie, de notre corps avec les microprocesseurs, est profondément anxiogène. Il faut bien voir que c’est la montée en puissance des transhumanistes de la Silicon Valley qui nous met face au risque d’une dissolution de notre humanité dans la technologie.

Traditionnellement, l’homme se construit sur ses limites, ses faiblesses et l’inéluctabilité de la mort. Dépassant ce fatalisme, les transhumanistes veulent supprimer toutes les limites de l’humanité et démanteler tous les impossibles grâce aux technologies NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives), dont le potentiel croît de manière exponentielle. La mort de la mort, l’augmentation des capacités humaines, la fabrication d’intelligences artificielles, la création de la vie en éprouvette et la colonisation du cosmos sont les cinq premiers objectifs de ce mouvement qui promeut l’homme 2.0, ou homme­-dieu.

Le mois de septembre a été caricatural à cet égard et marque une accélération de la montée en puissance des transhumanistes de la côte ouest des Etats-­Unis. Le 20 septembre, Microsoft a présenté un plan pour vaincre le cancer avant 2026. Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, a annoncé le 21 septembre un premier financement de 3 mil­liards de dollars (2,7 milliards d’euros) pour éradiquer la totalité des maladies avant 2100.

Le même jour, Elon Musk, patron des voitures électriques Tesla et des fusées SpaceX, a précisé son programme de colonisation martienne. Le 29 septembre, Microsoft annonçait la création d’une unité géante de recherche sur l’intelligence artificielle riche de 5 000 chercheurs et ingénieurs.

La Silicon Valley et, au­-delà, les Gafami (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft et IBM) deviennent les bras armés d’une stratégie visant à rendre l’homme maître de sa propre nature. Cette redistribution des cartes est inattendue.

Des projets révolutionnaires sont également dans les cartons des BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi), qui sont les concurrents chinois de la Silicon Valley. Aucun institut de recherche européen ne peut lutter contre les immenses moyens des géants du numérique, qui bénéficient d’une base installée de milliards de clients : les transhumanistes ont des moyens quasi illimités.

La volonté de doter l’homme de pouvoirs démiurgiques vertigineux est en rupture radicale avec l’idéologie judéo­chrétienne qui fonde la société européenne. Cela organise un changement de civilisation.

Nos sociétés n’ont pas cru au tsunami technologique et ne s’y sont pas préparées. La gouvernance et la régulation des géants du numérique et des technologies NBIC qu’ils sont presque seuls à maîtriser sont des enjeux politiques cruciaux. Le biohacking n’est que l’une des pièces de cette vertigineuse transformation de notre identité.

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