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Et maintenant cap sur les européennes avec des Français en plein euroscepticisme : en faire plus ou en faire moins, quelles pistes pour sortir de l'impasse ?
©Reuters

Critique constructive

Et maintenant cap sur les européennes avec des Français en plein euroscepticisme : en faire plus ou en faire moins, quelles pistes pour sortir de l'impasse ?

D'après une enquête de l'Ifop pour la Fondation Jean Jaurès, publiée vendredi, 52% des Français considèrent que faire partie de l'UE est une "mauvaise chose". Un record cinglant né des difficultés d'un système transnational passé par la crise de 2008, et qui traduit une évolution politique majeure sur le Vieux Continent, sur fond de disparition du clivage gauche-droite.

Atlantico : Pour la première fois dans l'histoire de la construction européenne, une majorité de Français pensent l'Union de manière négative. Quelle est la nature du message qu'ils veulent envoyer aux défenseurs de Bruxelles ?

Nicolas Dupont-Aignan : On assiste, enfin, à l’émergence d’une certaine lucidité de nos concitoyens qui voient désormais les conséquences concrètes des politiques menées par Bruxelles sur leur quotidien (chômage, insécurité, humiliation constante de la France). Ils le constatent d’abord sur le plan économique avec les dégâts causés par le libre-échange déloyal, notamment à travers l’explosion des travailleurs détachés (350 000) alors que partout sur le territoire des PME, des artisans, ferment boutique. Ce sont aussi les délocalisations, l’arrivée de populations Roms précaires, l’explosion des cambriolages (liée à l’entrée des mafias d’Europe de l’est, NDLR). Les causes de tous ces phénomènes sont clairement dues, les faits sont là pour le démontrer, aux textes et traités qu’ont signé nos dirigeants ces trente dernières années qui ont laissé filer dans le même temps leurs souveraineté. C’est quelque part la confirmation de ce qu’avait prédit Philippe Séguin 20 ans plus tôt sur l’échec programmé de l’Union européenne, et l’on ne devrait pas s’étonner de voir ce chiffre de 52 % progresser sur les prochaines années si rien n’est fait pour changer d’orientation.

Corinne Lepage : Je pense qu'il y a une très forte attente de la part de l'Europe. L'Europe, c'est le plus beau projet que nous ayons eu sur la table au cours du XXème siècle. C'est un projet qui se base sur la paix, et au vu de ce qui se passe en Ukraine, de l'attitude de la Russie, il est clair que nous avons besoin d'une organisation européenne. Ça n'est pas la France toute seule, ça n'est pas nous les Français, seuls, qui allons tenir tête à Vladimir Poutine. Ça n'a aucun sens. Nous avons besoin d'une Europe politique. Mais nous n'avons qu'une Europe économique, qui de surcroît a oublié tout l'aspect social qui, pour nous Français, est quelque chose d'extrêmement important. Il y a une demande de construction politique de l'Europe – personnellement, je ne crois pas qu'on puisse la faire à 28 – et c'est la raison pour laquelle Europe citoyenne soutiendra l'idée d'un cœur d'Europe dans la campagne électorale qui s'annonce. C'est-à-dire d'une reconstruction, par cercles concentriques à partir d'un cœur de l'Europe et non pas de tous les Etats. Ce ne sera que quand ce cœur de l'Europe sera construit, de manière démocratique, que l'on pourra commencer à étendre et finir probablement à un périmètre beaucoup plus large. Il y a une vraie attente de solutions de la part de l'Europe, qu'on ne voit pas venir.

Yves Jégo : C’est un message d'alerte, qui n'est pas surprenant dans le sens où il offre une victoire aux europhobes dans une période de crise où la tentation du repli sur soi-même, sur son identité, sa nationalité, est logiquement plus forte. C'est là un indicateur qui doit nous rendre extrêmement attentifs. Nous avons trop confié l'Europe à des hommes politiques que l'on pourrait qualifier "d'eurosceptiques", dans le sens où ils ont hésité dans la construction européenne en comparaison des pères fondateurs qui les ont précédé. A tel point que les technocrates sont aujourd'hui pratiquement devenu les seuls gestionnaires de l'Union. Il ne faut pas s'étonner dans un tel contexte de voir que les Français n'ont plus confiance en l'Europe... Nous nous trouvons en quelque sorte à la croisée des chemins aujourd'hui : soit ceux qui veulent défaire l'Europe l'emportent, sois nous allons enfin de l'avant pour faire enfin l'Europe. « Faire l’Europe » C'est justement le message que nous porterons le 25 mai !
 

Laurent Baumel : Les Français souhaitent évoquer le fait que l'Europe n'est plus actuellement l'espace de protection qu'il était censé être lorsqu'il a été conçu. S'ils ont intégré le fait que la construction de l'Union a été un moyen de pacifier les relations dans la partie occidentale du continent après deux conflits historiquement violents, ils ont aussi pu se rendre compte qu'elle n'a pu empêcher les guerres qui ont agité le reste du Continent, notamment à l'Est. Par ailleurs, depuis les années 1980 le sujet central de la construction est devenu économique, l'interrogation se portant alors sur la préservation du modèle social européen face à la mondialisation et la concurrence des bas-salaires. Sur ce plan, il faut pourtant reconnaître que cette ambition est aujourd'hui un échec  au regard de notre situation dans la crise.

Quel discours doit-on adopter pour convaincre les électeurs des bénéfices de l'Union aujourd'hui ? Un "droit d'inventaire européen" s'avère-t-il nécessaire pour inverser la tendance ?

Nicolas Dupont-Aignan : On entendra deux types de discours : tout d’abord l’inventaire « apparent » de ceux qui sont responsables de la situation actuelle, autrement dit les cadres de l’UMP, du PS, des Verts et des centristes. Les parfaits représentants de cette espèce en voie de disparition seront d’ailleurs Harlem Désir et Alain Lamassoure qui s’affronteront en Ile-de-France. De l’autre il y aura ceux qui ont prédit les événements depuis le départ et qui ont appelé à une Europe radicalement différente. Cela passera par la demande du démantèlement d’une Union qui est aujourd’hui impossible à sauver pour bâtir la seule Europe qui peut marcher : l’Europe des nations libres, basée sur des projets de coopérations. C’est justement ce que nous tenterons de proposer pendant cette campagne, en défendant des projets communs sur le plan industriel, scientifique et économique.

Mais pour sauver l’Europe, il faudra aussi abandonner l’euro, qui est en train de dynamiter l’Europe (et pas seulement Bruxelles) au lieu d’en être l’élément fédérateur (44 % des Allemands considèrent ainsi que l’euro est mauvais pour eux alors que ce système monétaire les avantage, NDLR). A la place s’instaurerait une nouvelle monnaie commune et flexible (euro-franc, euro-mark, euro-pesos…) qui se coordonnerait selon les différentes nations. Cela permettrait ainsi à la France de renouer avec les avances remboursables de la Banque de France pour financer ses déficits sans que cela coûte des intérêts.

 

Corinne Lepage : L'Europe ne doit pas être laissée à la classe politique. L'Europe, c'est l'affaire des citoyens européens, pas seulement celle des politiques, et c'est le sens de la démarche citoyenne. Le deuxième message extrêmement fort, c'est ce qu'on attend de l'Europe. On n'attend pas seulement d'elle qu'elle organise un grand marché. On attend de l'Europe qu'elle soit la construction d'un projet politique adapté au XXIème siècle. Un projet qui donne à nos concitoyens – et je pense notamment aux jeunes –  l'envie de se lancer, l'envie de construire, l'envie d'innover, l'envie d'entreprendre. Qu'ils n'aient pas le sentiment que c'est seulement en allant aux Etats-Unis qu'ils peuvent le faire. C'est ça, ce que l'Europe doit créer ! Une envie, une fierté d'être Européen. Ça n'existe pas aujourd'hui. Et ça, c'est l'affaire des citoyens, pas des politiques.

Remettre en cause l'euro ? Certainement pas. Le remède serait pire que le mal. Que l'euro ne soit pas parfait, certainement. Pour autant, imaginez un instant ce que, pour nous Français, signifierait l'abandon de l'euro. En termes de dette publique… Elle serait démultipliée. En termes de coût de nos exportations – je pense notamment à l'énergie – ce serait un appauvrissement du patrimoine collectif des Français. Ceci étant, nous avons besoin d'une autre politique monétaire. Il faut, effectivement, une gestion politique de la monnaie que nous n'avons pas aujourd'hui. Nous n'avons qu'une gestion technique, voulue par l'Allemagne. Nous avons besoin des eurobonds et nous avons besoin d'une politique monétaire qui favorise la croissance économique. Pas qui conduise à la déflation.

Yves Jégo : Je doute des effets bénéfiques que pourrait avoir la flagellation sur les erreurs du passé. Il est à mon avis préférable de démontrer avec des exemples simples que l'Europe est une solution, pas un problème. Dans la même Europe que nous, avec la même monnaie que nous, l'Allemagne parviens à tirer son épingle du jeu économique en ayant fait les efforts que l'on sait. S'il est vrai que près de la moitié des allemands sont aujourd'hui sceptiques vis-à-vis de l'euro, c'est en réalité parce qu'ils se lassent de plus en plus à l'idée de payer pour les pays qui n'ont pas fait les réformes nécessaires. Les problèmes que nous rencontrons aujourd'hui ne sont pas européens, ils sont clairement Français. 
 

Laurent Baumel : Je pense qu'un droit d'inventaire est effectivement nécessaire. Les autorités françaises ont selon moi tout intérêt a afficher dans les conseils et sommets européens une posture volontariste en ce sens. Cela permettrait notamment de montrer que la France n'est pas seulement un mauvais élève angoissé à l'idée du prochain examen de ses déficits mais toujours une puissance influente capable de modifier les règles du jeu dans l'intérêt de tous.

Cela peut passer notamment par une réflexion sur notre politique monétaire, même si beaucoup considèrent encore qu'elle n'a pas à être plus que ce qu'elle n'est déjà actuellement. Je pense à l'inverse que des leviers existent afin de faire baisser nos taux d'intérêts de la Banque centrale vers le négatif, particulièrement dans une période de quasi-déflation. Par ailleurs un compromis sur une monétisation des dettes souveraines au niveau européen ne me semblerait pas choquante étant donné la configuration qui est la nôtre. En ce qui concerne les réformes des statuts de la BCE, vieux serpent de mer des politiques français, on peut là encore considérer que l'envisager ne serait pas stupide alors que sa lutte initiale contre une inflation aujourd'hui inexistante semble désormais superflue.

Ce désamour de l'Europe touche surtout les plus jeunes, 22 % des Français de plus de 65 ans étant favorable à la sortie de l'euro contre 38 % dans leur ensemble. Que faire face à cette rupture générationnelle ?

Yves Jégo : Notre devoir est de montrer que l'Europe représente les nouvelles frontières de notre souveraineté. Il faut constater qu'une partie la jeunesse fait l'Europe avec ses pieds, lorsqu'elle voyage, lorsqu'elle part travailler en Angleterre, en Allemagne, et ailleurs. S'il est vrai qu'une partie de cette jeunesse est aujourd'hui sceptique face aux institutions européennes, elle se trouve déjà de fait actrice d'une internationalisation dans laquelle elle continue de croire. Il est nécessaire par ailleurs de proposer de nouvelles politiques européennes pour la jeunesse, ce que feront l'UDI et le Modem en portant l’idée d’un contrat d'apprentissage européen. Cela permettra de n'importe quel apprenti européen de rejoindre une entreprise où qu'elle soit grâce à un contrat unique valide dans tous les états-membres.  
 

Laurent Baumel : Il s'agit d'un changement politique majeur quand on sait que les décennies précédentes ont été plutôt marquées par une jeunesse europhile. Les nouvelles générations ressentent au quotidien et de manière particulièrement intense la dureté des évolutions économiques, et elles constatent bien que leur demande de protection n'est pas écoutée par Bruxelles aujourd'hui.

Nicolas Dupont-Aignan : Les jeunes sont eurosceptiques car ils sont aujourd’hui sur le front de la mondialisation alors qu’ils doivent entrer sur le marché du travail dans un contexte clairement défavorable : libre-échange déloyal, euro cher, manque de débouchés. Il est en conséquence nécessaire de repasser par une Europe des peuples libres de leur destin, capables de partager des projets intergouvernementaux sur des bases raisonnables (coopération de trois à quatre pays). Cela pourra se faire sur des enjeux aussi divers que la lutte contre le cancer, les autoroutes numériques, l’exploitation des océans, les nanotechnologies. Cela serait un moyen de restaurer l’espoir européen, mais aussi plus concrètement une opportunité à saisir en termes de créations d’emplois. Nous souhaitons ainsi éviter « l’euro-ronchonisme » classique qui ne propose rien, et qui donne du grain à moudre aux euro-béats, pour entrer dans une logique positive et constructive. Plus on attendra pour prendre ce virage, plus nous souffrirons de notre état économique, social et politique.

Corinne Lepage : La faille générationnelle se traduit sur l'euro comme elle se traduit sur tout le reste. Nous sommes un pays dont le modèle social a été conçu sur les seniors. Il est primordial aujourd'hui de construire un modèle social à partir des juniors. Et notamment des juniores, des femmes. Dans la campagne des Européennes, je ferai des propositions à cet égard. Si nous voulons que notre jeunesse ait envie de se donner pleinement, que les failles générationnelles n'arrivent pas à un niveau tel que celui qui se profile (une guerre de génération pour payer les retraites…), il faut aujourd'hui que nous ayons dans le viseur le jeune, la jeune femme, et non pas le senior retraité qui a été la construction de notre modèle social.

L'abstention à ce scrutin est passée de 40 à 60 % en une trentaine d'années. Le premier risque n'est-il pas finalement que le Parlement européen soit perçu comme superflu ? Quelles améliorations pour la machine démocratique du Vieux Continent ?

Corinne Lepage : En ne considérant pas qu'on envoie au Parlement européen les éléments les moins intéressants de la classe politique. C'est une honte. Je trouve ça scandaleux. C'est une manière méprisante de traiter les citoyens, et de traiter les institutions européennes avec plus de dédain encore. Pour avoir passé cinq ans au Parlement européen, je suis affligée de la place que nous Français y occupons. Un  certain nombre de nos députés sont d'excellents députés. De quelque bord politique qu'ils soient, ça n'est pas la question. Je pourrais vous citer monsieur Lamasourre (UMP), monsieur Cohn-Bendit (EE)  ou madame Berès (PS). Ce sont des gens qui ont fait très bien leur travail. D'autres ne foutent pas les pieds au Parlement, jouent avec astuce pour donner le sentiment qu'ils travaillent, et ne font rien. Ils ne travaillent pas en commission, ils n'influent pas sur les amendements qui sont votés, ils n'influent pas sur les textes. Et ça va continuer tant qu'on continuera à envoyer ce genre de députés.

Il faudrait expliquer aux Français ce qu'est l'Europe. L'Europe, c'est loin. C'est perçu comme lointain, et comme quelque chose qui casse les pieds de tout le monde. Je parle crûment, mais c'est ça. Or les sujets dont on débat sont des sujets de vie quotidienne. Quand on parle des vaccins, des OGM, de la monnaie, de l'énergie, on parle de la vie quotidienne des gens. Mais qui, en France, sait que l'on parle de ça ? Personne. Il n'y a aucun média qui informe les Français sur ce qu'est notre action au Parlement européen, à la Commission ou au Conseil comme on les informe sur ce qui est voté au Parlement français. Alors même que dans certains domaines, le droit européen constitue 80% du droit français. Les débats que l'on mène à Bruxelles et à Strasbourg sont bien souvent plus importants que ceux du Parlement français, qui concernent régulièrement la mise en application de ce que nous avons décidé à Bruxelles. Il y a un problème de pédagogie, de média – il faudrait une chaîne française dédiée au débat européen, c'est en tout cas une proposition que je ferai, avec une participation citoyenne à ces débats. On a bien France Ô, il faudrait une "France E". De manière à ce que les gens sachent ce qui se passe, et puissent intervenir en amont des débats. Les citoyens pourraient râler avant et faire peser leur voix, plutôt que de râler après, une fois que tout a été décidé. A chaque fois qu'une mauvaise décision tombe, on dit que c'est la faute de Bruxelles. Pourquoi voulez-vous qu'ils aiment l'Europe ?

Nicolas Dupont-Aignan : La machine démocratique de l’Europe repose sur le respect des peuples et cela doit se faire en redonnant du pouvoir au national sur le transnational, notamment à travers un transfert de 80 % des compétences actuelles de Bruxelles aux Etats. Cela inclue la monnaie, le contrôle des frontières, le droit, et le budget : autrement dit, des prérogatives qui, si elles sont bien réparties, feraient de l’Europe une véritable démocratie. Le reste des solutions proposées pour relancer l’Europe politique n’est que de la littérature et de l’agitation.

Yves Jégo : L'Europe doit effectivement être plus démocratique, les Français ayant souvent l'impression de ne pas savoir qui est aux commandes. Cela peut passer par des réformes simples, par exemple en instaurant une  fusion des postes du président de la Commission et du président du Conseil avec une élection au suffrage universel a terme. Cette élection pouvant se faire, dans un premier temps, par les parlementaires des états respectifs. Un président de l’Europe élu au suffrage universel voilà qui donnerait une incarnation puissante à l’Europe en particulier dans les cas de crises comme celles que traverse l'Ukraine actuellement. Nous plaidons aussi pour l’élection des député européens a l’échelon des 28 pays et non plus dans chaque pays ce qui ramène trop le débat des européennes aux questions nationales et zap l’enjeu européen du scrutin.
 

Laurent Baumel : Je crois qu'objectivement le Parlement a aujourd'hui un important pouvoir, a quoi l'on peut rajouter que le régime européen est plus parlementaire que le régime français. Le problème n'est donc pas tant la mécanique institutionnelle, qui échappe largement aux Français, mais davantage le projet qui est porté par les décideurs de cette mécanique, qui ont tourné le dos aux aspirations sociales de plus en plus de citoyens. Le vrai enjeu se trouve d'après moi dans la construction d'alliances politiques, tant au niveau intergouvernemental que transnational, pour infléchir la direction de l'Union. Cela faisait partie du projet initial de François Hollande, mais l'on peut dire que ce même projet est devenu bien plus modeste, voire contrit, aujourd'hui face aux requêtes de Berlin et Bruxelles.

Le premier clivage politique de ces élections semble être devenu celui entre européistes et eurosceptiques, au détriment de l'échange d'idées entre droites et gauches. Comment recentrer le débat sur les moyens de faire avancer l'Europe plutôt que d'en sortir ?

Yves Jégo : Cette élection sera  en quelque sorte un référendum pour ou contre l’Europe. On peut d’ailleurs séparer les offres politiques cohérentes de celles qui ne le sont pas. L'UMP et le PS sont aujourd'hui traversés par des courants contradictoires sur la question européenne : d'un côté on trouve Harlem Désir cohabitant avec Arnaud Montebourg, de l'autre Henri Guaino et Alain Lamassoure. Les offres politiques "cohérentes", dans le sens où leurs messages est univoque, sont celle du Front National clairement europhobe qui veut sortir de l’Europe et revenir au franc et celle que nous, les centristes, allons défendre en tant qu'européen convaincus. Le débat du 25 mai se fera essentiellement entre eux et nous. Entre ceux qui veulent défaire l’Europe et nous qui voulons la faire enfin et vraiment.
 

Nicolas Dupont-Aignan : Le clivage droite-gauche n’a plus aucun sens, et Philippe Séguin l'avait encore une fois bien deviné lorsqu’il parlait des « des deux détaillants qui se fournissent au même grossiste » bruxellois. Il est évident que le choix des Français se répartira concrètement en quatre formations européistes et trois partis (FN, Front de Gauche, NDLR) qui veulent mettre un terme à l’Union européenne telle qu’elle existe actuellement. Dans ce contexte, le rôle de Debout la République sera de prouver aux électeurs que notre offre est la plus rationnelle et la plus constructive pour l’avenir de notre pays, plutôt que de se cantonner aux offres irréalistes du Front National et de l’extrême-gauche. Ce que l’on pourrait nommer les « euro-réalistes » ont traditionnellement un gros défaut : celui de se cantonner à la critique plutôt que de proposer. Cela n’a plus tellement son utilité puisque la bataille des idées est aujourd’hui gagnée, l’enquête que vous citez le montre bien, tout l’enjeu se situant aujourd’hui sur la marche à suivre. La recherche d’une perspective intelligente sera à ce titre notre principal objectif. 

Corinne Lepage : On peut être à la fois européiste et eurosceptique. Je suis une européenne convaincue, mais une grande critique des dysfonctionnements du Parlement européen. Je crois que ce qui est fondamental, c'est de parler des solutions. Aussi bien à court qu'à long terme. Certains proposent des plans sur la comète, mais puisqu'ils impliquent une modification des traités, on sait d'ores et déjà qu'ils ne seront pas pour demain matin. Et les citoyens continueront d'être déçus, et de se dire "comment, comment ? Aux élections vous nous avez promis le président de l'Europe au suffrage universel, et vous ne l'avez pas fait !", par exemple. Et pourquoi on ne l'aurait pas fait ? Parce que ça sous-entend une modification des traités. Et ça ne vient pas tout seul.

Laurent Baumel : Je n'ai pas l'impression que ce débat-là soit central même si la présence du Front National dans les élections lui offrira de fait une certaine place. L'enjeu prioritaire reste l'orientation de la construction européenne, avec des droites dont les positions ont tendance à se raccorder. Face à cela les gauches se retrouvent hésitantes à affronter le vent contraire des logiques austéritaires en matière de politique économique. Il faut justement se souvenir que l'Europe telle qu'elle a été dessinée dans les années 1980 n'avait pas pour but de transposer la mondialisation libérale, mais bien de la domestiquer. Plus de vingt ans après Maastricht, il reste à savoir s'il est trop tard pour inverser ce cours, la question se posant particulièrement au pouvoir de gauche en France.

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