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Et les morts de Marseille vous vous en foutez ? Eh bien vous avez tort
©Reuters

Cadavres exquis…

Et les morts de Marseille vous vous en foutez ? Eh bien vous avez tort

De l'uniformité naquit l'ennui. Toujours la même chose, toujours les mêmes … Et on s'en est lassé.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Le préfet de police de Marseille communique : deux jeunes hommes ont été tués à la kalachnikov dans le quartier des Chartreux, la piste d'un règlement de compte est privilégiée. Le préfet de Marseille donne des chiffres : pour 2016, cela porte à 18 le nombre de morts de ce type dans la cité phocéenne. Depuis 2013, on en est à 72 morts. Le préfet de Marseille se veut rassurant : il parle de "stabilité". Car il y a eu moins d'actions violentes en 2016 qu'en 2015 et même une baisse par rapport à 2012. Pensez donc, du temps de l'affreux Sarkozy, tout allait vraiment très mal.

A Marseille (ailleurs aussi, mais on en parle moins) les cadavres se ramassent à la pelle comme des feuilles mortes. Et ce tragique de répétition dégage un ennui soporifique qui gagne les hautes sphères de l'Etat. Vous vous souvenez qu'il y a encore quelques temps, un assassinat à Marseille provoquait un déplacement régalien ? Un Premier ministre, un ministre de l'Intérieur arrivaient sur place flanqués parfois, pour faire lourd, de Christiane Taubira. Les cités ricanaient : "Tiens, v'là les bouffons!". Le Premier ministre et ses ministres répétaient qu'ils ne permettraient pas que Marseille devienne un coupe gorge et qu' "on allait voir ce qu'on allait voir…" Puis ils reprenaient leurs avions et les cités ricanaient encore : "Tiens, les bouffons sont partis !".

Depuis, on s'est calmé. Deux morts par mois, c'est un rythme épuisant pour des ministres. Le bon peuple ne leur tient d'ailleurs pas grief de cette démission. Il philosophe : "Ils font le ménage entre eux". Il soupire de satisfaction : "Deux racailles en moins !". Il est heureux de l'origine des tués et de leurs tueurs : "on n'a pas leurs noms, mais on connait leurs prénoms".

On peut voir les choses comme ça. Il serait mieux de les voir autrement. Quand la loi française s'efface devant celle de la kalachnikov, c'est un peu de France qui s'en va. Quand on meurt parce qu'on guette mal, qu'on trafique mal, qu'on caïde mal, des milliers de jeunes des cités comprennent aussitôt où est leur droit chemin. Quand on va en prison pour quelques mois (rarement pour quelques années) et qu'on en revient aguerri, musclé, islamisé, on sait où sont les sentiers de la gloire.

De cela nait un sentiment dévastateur de toute puissance chez les voyous fiers d'être ce qu'ils sont. De cette toute puissance-là à celle sublimée, qui autorise et conseille de mettre à mort le plus grand nombre  possible de mécréants, il n'y a qu'un pas.

On remarquera que tous les GPS géolocalisent les délinquants, les trafiquants, les djihadistes et les tueurs islamistes dans les mêmes quartiers. Cela doit créer des affinités. Il est d'ailleurs fréquent qu'en arrêtant un djihadiste, on arrête du même coup un trafiquant. L'inverse est également vrai. Ainsi s'articule la grande fraternité des "fichés shit" et des "fichés S"… On aurait tort, grandement tort de se laisser bercer par le paresseux "Cela se passe entre eux". C'est là-bas qu'il faut aller. Dans les quartiers nord de Marseille, à Grigny, à Roubaix, à Mantes la Jolie, à Trappes. Avec et par tous les moyens : police, gendarmerie, armée même… Pour que force reste à la loi ? Même pas. Pour montrer qui est le plus fort. Pour faire peur. Oui, pour faire peur.

Hervé Morin, ancien ministre de la Défense a proposé d'installer des checkpoints à la sortie de certains quartiers. Bien sûr que cela ne se fera pas. Bien sûr que la France n'est pas Israël. Mais son initiative qui fait scandale a un mérite : elle montre que certaines parties de notre territoire se sont affranchies de la loi commune. Cette dernière doit être restaurée partout. Sinon – citons Sarkozy – nous disparaitrons. Et les 18 morts de Marseille en annoncerons d'autres, ailleurs que dans les quartiers où ne voulons plus, ne pouvons plus, aller…

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