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Un homme reçoit une troisième dose du vaccin Pfizer contre la Covid-19 au Tokyo Medical Center le 1er décembre 2021, au Japon.
Un homme reçoit une troisième dose du vaccin Pfizer contre la Covid-19 au Tokyo Medical Center le 1er décembre 2021, au Japon.
©STR / JIJI PRESS / JAPAN POOL / AFP

Stratégie efficace contre la pandémie ?

Et au fait, où en sont les bons élèves asiatiques du Covid face à Omicron ?

Les pays asiatiques ont réussi à surmonter les premières vagues de la pandémie, notamment via la stratégie Zéro Covid. Avec un retard sur la vaccination et face à la menace du variant Omicron, où en sont les différents pays en Asie sur le front de la lutte contre la Covid-19 ? Ces dernières semaines, les Philippines et le Vietnam ont durci les conditions d’entrée des voyageurs et le Japon a refermé ses frontières.

Antoine Flahault

Antoine Flahault

 Antoine Flahault, est médecin, épidémiologiste, professeur de santé publique, directeur de l’Institut de Santé Globale, à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève. Il a fondé et dirigé l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (Rennes, France), a été co-directeur du Centre Virchow-Villermé à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris, à l’Hôtel-Dieu. Il est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. 

 

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Atlantico : Limitation des entrées sur leur territoire, cordons sanitaires stricts autour des cas suspectés, confinements ponctuels pour limiter la diffusion du virus… Plusieurs pays d'Asie tels que la Chine, Taïwan, le Vietnam, la Corée du Sud ou encore la Thaïlande faisaient figure de « bons élèves » pour leur gestion de la crise de Covid-19 lors des premières vagues. Les mesures sanitaires sont-elles toujours autant respectées dans ces pays ?

Antoine Flahault : Les pays asiatiques étaient les mieux préparés à une menace infectieuse de type Covid émergeant de Chine ou d’Asie du Sud-Est. Les crises successives de grippe aviaire (2003), puis du SRAS de 2003, puis du MERS (2012) et la pandémie de grippe H1N1 de 2009 ont été vécues comme des alertes autant que des répétitions générales alors que les Occidentaux considéraient plutôt ces événements comme marginaux et de peu d’impact global. Nous n’avions qu’un seul modèle en tête, celui de la pandémie de grippe, rapide à mettre sous contrôle, comme ce fut le cas en 2009. En Europe on trouvait plutôt que l’on en avait trop fait à l’époque, que nous avions sur-réagi, et les esprits n’étaient pas du tout à la vigilance en janvier 2020 lorsque l’on a appris l’existence de quelques cas de pneumonies à Wuhan, métropole industrieuse de la Chine moderne. A l’inverse, Taïwan, Singapour, Hong-Kong, la Corée, la Thaïlande, le Vietnam ou le Japon ont pris immédiatement très au sérieux ces rapports venant de Chine. Les centres de contrôle des maladies infectieuses, ultramodernes et bien équipés, ces grandes oreilles de la santé, étaient à l’affut des informations formelles et informelles, incluant les réseaux sociaux chinois, qu’ils comprenaient souvent directement. Ils ont immédiatement sonné le tocsin. Ils n’ont pas tardé à instituer des contrôles sanitaires très stricts à leurs frontières, souvent au grand dam de leur puissant voisin chinois, et à l’encontre des recommandations de l’OMS. Ils ont ciblé très tôt les vols en provenance de Wuhan, tandis que nous continuions à commercer avec indifférence vers et depuis le Hubei et le reste du pays. Ces pays limitrophes d’Asie ont été les premiers à étendre leurs contrôles sanitaires, d’abord à la Chine entière, puis aux premiers pays qui rapportaient des foyers autochtones, l’Italie, l’Iran notamment. Ils ont pris connaissance, comme le reste du monde, de la séquence complète du génome publiée par des chercheurs chinois seulement dix jours après la notification de l’alerte à l‘OMS. Les Occidentaux ont certes utilisé ces informations pour mettre au point les premiers tests PCR, lancer le développement des vaccins tant chez Moderna que BioNTech. Mais, les Asiatiques ont intégré le génome du virus dans leurs politiques publiques, contribuant à la prise de conscience qu’ils n’avaient pas affaire à un virus de la grippe, mais bien à un coronavirus, de la même famille que celui du SRAS. Un virus aux propriétés différentes de celles du virus grippal, tant la durée de la période d’incubation, la sévérité, mais aussi ce que l’on appelle la sur-dispersion, une propriété qui fait que le coronavirus génère des chaînes de super-contaminations causées par une seule personne parfois, ce que ne fait jamais le virus de la grippe. Bref, l’approche et le contrôle ne serait pas le même qu’avec un banal virus de la grippe. La recherche des contacts serait plus proche de celle pratiquée lors du SRAS. La fermeture des frontières serait une option, certes temporaire, mais qui permettrait de contenir ou de ralentir l’arrivée du virus sur leur territoire. Le problème auquel ces pays doivent désormais faire face (ainsi que certains Etats du Pacifique qui ont rapidement adopté la même approche), est que cette pandémie s’étire en longueur et que la fatigue, qui a gagné tout aussi bien les Occidentaux, est apparue peut-être encore plus insupportable aux peuples d’Asie et du Pacifique qui se sont sentis enfermés à l’intérieur de leurs propres frontières. Incapables de sortir de chez eux. Pour certains immigrés, l’interdiction de rejoindre leurs proches ou leurs amis du pays d’origine, qu’ils n’avaient pas revus depuis près de deux ans, a été douloureuse. L’interdiction aussi de recevoir quiconque résidant hors du pays, cette stratégie s’est avérée une véritable trappe dont il est devenu difficile de sortir. Ces pays ont connu plutôt moins de jours de confinement, moins d’obligation de respect des gestes barrières, moins de fermetures d’écoles. Mais la fermeture des frontières, outre son impact économique dévastateur sur certains secteurs de l’économie, s’est avérée pesante sur le moral des populations concernées. La vaccination semble ne pas régler le problème comme initialement espéré, puisque le variant Delta transperce les digues immunitaires et qu’Omicron semble encore plus transmissible en échappant au vaccin. Gardant espoir avec la troisième dose, probablement, à l’instar de Singapour, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, ces pays, les uns après les autres, vont chercher à sortir de cette approche pour se diriger vers une stratégie plus pragmatique de recherche d’une circulation minimale du virus sur le territoire, sans viser désormais l’absolu et le dogme du zéro Covid.

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Selon le Wall Street Journal, ces pays atteindront plus tard l’immunité collective. Dans une enquête Ipsos publiée au mois de janvier 2021, 14 % des Sud-Coréens et 22 % des Japonais se disaient prêts à être vaccinés. Un chiffre relativement faible comparé aux pays de l’OCDE. Les pays d’Asie du Sud Est ont-ils cessés d’être des exemples en étant réticents ou peu mobilisés pour se faire vacciner ?

Les Français ne doivent pas avoir la mémoire courte non plus. Il y avait aussi une forte réticence vaccinale exprimée en France dans les sondages il y a exactement un an, en décembre 2020 et je doute qu’en janvier 2021 les chiffres étaient encore très brillants. Et pourtant durant l’été suivant, la France, avec près de 78% de sa population ayant reçu au moins une dose, s’est hissée parmi les nations ayant le plus vacciné en Europe. Aujourd’hui 83,9% des Sud-Coréens et 78,9% des Japonais ont reçu au moins une dose. Ils n’ont rien à envier aux Européens.

Le variant Omicron fait peser une nouvelle menace sur les populations. Comment les pays d’Asie du Sud Est appréhendent-t-ils ce nouveau choc ? Y-a-t-il toujours des mesures à prendre en exemple de la part de ces pays pour notre propre stratégie de lutte contre le virus ?

Les pays d’Asie du Sud-Est conservent un bilan beaucoup plus favorable que les pays occidentaux. Le Japon avec moins de 15 décès par Covid pour 100.000 habitants depuis le début de la pandémie, la Corée avec moins de 9, sont à comparer à la France avec près de 180. La performance de la stratégie asiatique est au rendez-vous. Singapour et Taïwan affichent des chiffres excellents également (respectivement 14 et 4). Prendre exemple sur ces pays, de niveau de vie comparable, reste donc d’actualité. Ont-ils des standards plus élevés en matière de ventilation de leurs locaux intérieur ? Ont-ils une moins grande tolérance politique à la circulation du virus et agissent-ils beaucoup plus précocement dès l’identification de cas sur le territoire ? Conservent-ils un contrôle plus strict de leurs frontières ? Bien sûr Delta et demain Omicron font peser de nouvelles menaces, mais n’est-ce pas aussi le cas en Europe ? Il est certainement trop tôt pour tirer un bilan définitif des politiques publiques en matière de riposte contre la pandémie, mais je serai très surpris que les pays asiatiques que nous avons cités ne restent pas dans le groupe des champions dans la gestion de cette crise, tant sur le plan sanitaire que social et économique.

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