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Les catholiques sont beaucoup plus présents aujourd'hui dans la vie politique américaine et occupent des postes de plus en plus importants. Surtout, ils n’ont plus peur de s’affirmer comme tels et d’agir en cohérence avec leur foi.
Les catholiques sont beaucoup plus présents aujourd'hui dans la vie politique américaine et occupent des postes de plus en plus importants. Surtout, ils n’ont plus peur de s’affirmer comme tels et d’agir en cohérence avec leur foi.
©Reuters

Imbroglio

Et au fait, comment le Vatican envisage-t-il ses relations avec le nouveau président des États-Unis (après avoir déclaré qu'il n'était pas chrétien) ?

En revenant du Mexique en février 2016, le Pape François avait estimé qu'un individu préférant "construire des murs plutôt que des ponts" n'était pas chrétien. Sa déclaration avait alors fait scandale aux Etats-Unis et dans les médias, compliquant de facto les relations du Vatican et de Donald Trump, désormais élu. Cela ne devrait cependant pas avoir de réel impact aujourd'hui.

Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé, historien, spécialiste de l’histoire du christianisme. Il est rédacteur dans la revue de géopolitique Conflits. Dernier ouvrage paru Géopolitique du Vatican (PUF), où il analyse l'influence de la diplomatie pontificale et élabore une réflexion sur la notion de puissance.

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Atlantico : Les Américains ont finalement fait le choix, contre toute attente, de Donald Trump. Les rapports entre le nouveau président des États-Unis et le Pape n'ont pas toujours été les meilleurs : en février, le Pape avait jugé que le magnat de l'immobilier n'était pas chrétien. Cette déclaration avait engendré de fortes réactions politiques. Comment vont pouvoir s'agencer les relations diplomatiques entre le Vatican et les États-Unis, désormais ?

Jean-Baptiste Noé : La formule employée par le Pape dans l’avion qui le ramenait du Mexique ne désignait pas directement Donald Trump, mais, dans le contexte de la campagne électorale, elle a été utilisée contre lui par ses concurrents. Il a par la suite modéré ses propos pour éviter qu’ils ne soient mal utilisés. 

Du reste, il a reparlé de la question migratoire dans l’avion qui le ramenait de Suède, en disant que les États avaient le devoir de maîtriser leur émigration afin que les immigrés puissent s’intégrer dans le pays d’accueil. S’ils ne le font pas, il y a un risque que les migrants se ghettoïsent, ce qui peut être très dangereux, a-t-il dit.

Quant aux relations avec les États-Unis, elles continueront indépendamment du président élu. Le Saint-Siège a fait parvenir un télégramme de félicitation à Donald Trump quelques heures après l'annonce de son élection.

Donald Trump avait estimé qu'il ne "permettrait pas que la chrétienté soit attaquée et affaiblie" s'il était élu président. Comment cela pourrait-il se traduire, au regard de ses relations avec le Pape François ?

On pense bien sûr à la situation au Moyen-Orient. Trump est beaucoup moins néoconservateur qu’Hillary Clinton et il semble prêt à rompre avec le double jeu des États-Unis à l’égard des États soutenant les djihadistes. On peut espérer aussi qu’il s’entende avec la Russie, notamment sur ce dossier-là, pour mettre un terme au conflit syrien. Cela serait une très bonne chose pour les chrétiens vivants dans cette région. Pour eux, l’élection de Donald Trump est une espérance. 

L’Amérique d’Obama s’est quelque peu éloignée du Saint-Siège, notamment à cause de sa politique morale permissive. Nombreux sont aussi les protestants évangéliques américains opposés à l’Église, et cela depuis très longtemps. Il a en effet fallu attendre le mandat de Ronald Reagan pour que des relations diplomatiques soient établies entre les États-Unis et le Saint-Siège. Jusqu’alors, le Congrès avait toujours refusé cela. 

Les catholiques sont beaucoup plus présents aujourd'hui dans la vie politique américaine et occupent des postes de plus en plus importants. Surtout, ils n’ont plus peur de s’affirmer comme tels et d’agir en cohérence avec leur foi. Un mandat d’Hillary Clinton n’aurait pas forcément été une bonne chose pour eux.

L'affaire des e-mails d'Hillary Clinton a révélé une volonté démocrate d'infiltrer l'Église pour y pratiquer un "lobbying progressiste". Finalement, Donald Trump n'apparaît-il pas comme un meilleur parti que n'aurait pu l'être Hillary Clinton ?

Parmi les e-mails publiés, on a en effet découvert que l’équipe de campagne d’Hillary Clinton organisait un "Printemps catholique". Il s’agissait de créer des associations progressistes pour noyauter l’Église catholique et ainsi la faire exploser. Des propos très méprisants ont été tenus contre les catholiques, ce qui a créé un immense scandale outre-Atlantique. 

Traditionnellement, les catholiques américains ont toujours voté démocrate, ce parti étant le réceptacle des votes des minorités. Mais les choses ont commencé à changer avec Reagan puis George W. Bush. Si les catholiques ont majoritairement voté pour Obama, cette fois-ci ils ont choisi Trump. 

En fait, comme tous les autres Américains, ils se sont trouvés dans le dilemme de voter pour un candidat afin de faire barrage à un autre. Ils ne voulaient surtout pas de Clinton, notamment en raison de sa politique anticatholique. De ce point de vue, le résultat de l’élection est plutôt une bonne nouvelle pour eux.

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