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Pourquoi l’esprit nouveau que veut insuffler le pape François aura de la peine à aller jusqu’au célibat des prêtres qu’il vient de mentionner à nouveau
©Reuters

Des mots aux actes

Pourquoi l’esprit nouveau que veut insuffler le pape François aura de la peine à aller jusqu’au célibat des prêtres qu’il vient de mentionner à nouveau

Le pape François se trouve dans une situation délicate. Faire évoluer l'esprit de l'Eglise est un défi difficile et ses positions sont loin de faire l'unanimité. Le pape "progressiste" – une affirmation à nuancer – aura bien du mal à convaincre la Curie, et même une partie des catholiques.

Christophe Dickès

Christophe Dickès

Historien et journaliste, spécialiste du catholicisme, Christophe Dickès a dirigé le Dictionnaire du Vatican et du Saint-Siège chez Robert Laffont dans la collection Bouquins. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la politique étrangère et à la papauté (L’Héritage de Benoît XVI, Ces 12 papes qui ont bouleversé le monde). Il est enfin le fondateur de la radio web Storiavoce consacrée uniquement à l’histoire et à son enseignement.

 

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Atlantico : Au cours d'une messe privée dans laquelle cinq prêtres ayant abandonné leur ministère pour se marier ont été conviés, le pape François a annoncé que le célibat des prêtres était "dans son agenda". Ce n'est pas la première qu'il se prononce en faveur de cette question. Dans une interview publiée en 2014 dans le journal La Repubblica, il avait déjà évoqué qu'il cherchait "des solutions" concernant le célibat des prêtres. Ces questions font-elles consensus au sein de la Curie, sur quels soutiens le pape peut-il compter ? 

Christophe Dickès :Au retour de son voyage en Terre sainte en mai 2014, le pape avait dit une chose similaire : "le célibat n’est pas un dogme de foi, c’est une règle de vie que moi j’apprécie beaucoup et je crois que c’est un don pour l’Église. N’étant pas un dogme de foi, la porte reste toujours ouverte." La nouveauté réside dans sa volonté de l’inscrire dans un agenda. Cette question du célibat ne fait évidemment pas consensus au sein de l’Eglise. Elle est autant controversée que la communion des divorcés remariés et pose un débat théologique, bien éloigné du monde médiatique.

Contrairement à une idée reçue, le célibat n’est pas une idée tardive dans l’histoire de l’Eglise. Au contraire, elle remonte aux origines et se fonde sur les évangiles de saints Matthieu, Marc et Luc. Citons simplement saint Matthieu : "Quiconque aura quitté maisons, frères, sœurs, père, mère, enfants ou champs à cause de mon nom, recevra le centuple et aura en partage la vie éternelle".

Au-delà de la théologie, se pose aussi la question de la réponse à la crise des vocations. Pour répondre à cette crise, les anglicans ont utilisé cette solution. Sans succès. Ce que disait d’ailleurs Mgr Michel Hrynchyshyn, l’ancien évêque de l'Eglise catholique ukrainienne en France, dont la communauté était composée à 75% de prêtres mariés: "Cela ne réglera rien de la crise de vocations sacerdotales."  Enfin, les aspirations sur cette question sont bien différentes d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre. C’est dire donc si le sujet, extrêmement complexe, poserait une controverse.

Dans quelles conditions ces mesures pourraient-elles aboutir ? 

Il est absolument prématuré de répondre à une telle question. On sait que le pape consulte beaucoup pour avancer sur les sujets qui l’intéressent. On le voit bien dans la réforme de la Curie qui a été repoussée à l’année prochaine. On sait aussi qu’il aime prendre son temps avant toute décision. C’est une constante de sa politique comme le montre l’organisation du synode sur la famille qui a été divisé en deux sessions de travail, en octobre 2014 et en octobre 2015. Toute la question est de savoir si, après ce synode houleux sur la famille, le pape peut prendre le risque d’un tel débat au sein de l’Eglise, un débat qui toucherait et questionnerait surtout l’ensemble du clergé, comme le synode sur la famille a touché l’ensemble des familles à travers le monde.

Quel est le poids des conservateurs actuellement et son évolution depuis l'intronisation du pape François ? 

Votre question est difficile car la vie de l’Eglise ne peut se réduire à l’opposition entre conservateurs et progressistes. D’ailleurs, François a beaucoup ri d’un journaliste qui souhaitait lui poser une étiquette… Comme son prédécesseur Jean XXIII, il sait jouer sur les deux courants. Par ailleurs, il existe chez lui une radicalité évangélique, voire une ascèse, très conservatrice. D’un autre côté, on sait que le pape a provoqué une véritable tempête au sein du synode sur la famille en octobre dernier. On sait aussi que son style, sa façon de gouverner mais aussi de communiquer sont très critiqués par une majorité de la Curie. 

Et François, le leur rend bien.

En décembre dernier, il a énuméré les quinze maladies de la Curie au cours de son discours annuel précédant la fête de Noël. A la mi-février, il a réitéré ses critiques au cours du rassemblement des cardinaux – le consistoire extraordinaire – consacré à la réforme de la curie. Mais ce consistoire a été un succès pour le pape François dont les initiatives sur la question (réforme financière, réévaluation de l’organigramme de la curie) ont été saluées par l’ensemble de la curie. Même si beaucoup de fonctionnaires du Vatican, face à ses critiques et aux attaques du pape, semblent démotivées. Après la crise d’octobre, il s’agissait de resserrer les rangs derrière un sujet fédérateur. Mais sur le célibat, et au-delà du débat théologique, les conservateurs vont avoir beau jeu de rappeler que Benoît XVI a réussi à ramener sous le giron de l’Eglise catholique une partie des anglicans, précisément parce que ces anglicans refusaient le vent de réformes qui bouleversaient leur propre église (reconnaissance du mariage homosexuel, ordination des femmes, etc.)

Quel sens cherche-t-il à donner à son pontificat par ses prises de position, comme cette question du célibat des prêtres ?

Le pape déteste une chose : le pharisianisme, c’est-à-dire les formalistes et les dogmatiques. D’où son discours de voir une Eglise qui se dirige vers les périphéries, c’est à dire une Eglise qui sache sortir d’elle-même. Bref, il veut insuffler un esprit nouveau mais qui ne peut pas véritablement s’inscrire dans les textes. Voilà ce qu’il recherche et le sens qu’il veut donner à son pontificat. D’un point de vue stratégique, la chose est difficile, surtout à une époque où le catholicisme a vu son identité renforcée sous les pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI. Encore une fois, l’exemple du débat sur la famille est éclairant. Beaucoup dans l’Eglise ont eu l’impression de voir remis en cause un enseignement séculaire, porté tout spécialement par l’ancien pape polonais. Il sera très difficile pour le pape à mon sens de résoudre cette ambiguïté fondamentale.

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