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Eric Zemmour a écrit "Suicide français"
Eric Zemmour a écrit "Suicide français"
©Reuters

Retour de bâton

Eric Zemmour : “Le but du “Suicide français” est d’appliquer aux déconstructeurs de la société française la même méthode nihiliste que celle qu’ils ont employée avec succès”

Dépassant la controverse déclenchée par son chapitre sur la "doxa" établie autour de la responsabilité du régime de Vichy dans la déportation des juifs, Atlantico a questionné l'écrivain, journaliste et essayiste Eric Zemmour sur sa lutte contre la pensée unique.

Éric Zemmour

Éric Zemmour

Eric Zemmour est journaliste et essayiste. Il a déjà publié une quinzaine de livres dont "Le Suicide français" (Albin Michel), "Destin français" (Albin Michel), "Le coup d'Etat des juges" (Grasset) ou bien encore "Le livre noir de la droite" (Grasset). Eric Zemmour vient de publier en septembre 2021 "La France n'a pas dit son dernier mot" aux éditions Rubempré.  
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Atlantico : La "déconstruction" progressive de la société que vous décrivez dans Le Suicide Français (Albin Michel) est un phénomène global qui ne s’applique pas qu’à la France. Alors pourquoi le Suicide Français, et quelle est la spécificité de la France dans ce processus ?

Eric Zemmour : C’est très simple. C’est effectivement un processus global qui vient des Etats-Unis, je le dis dès l’introduction du livre. Et je vois deux choses qui sont spécifiquement françaises selon moi, premièrement la haine de soi et deuxièmement la haine des élites pour la France et pour le peuple français. Je ne vois pas ça ailleurs. Peut-être que je connais mal, mais je ne vois pas ça ailleurs, ni en Angleterre, ni aux Etats-Unis, ni en Italie, ni en Allemagne.

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Parce que les néoconservateurs américains font le même constat que vous…

On fait la même analyse sur le dérèglement de la société à partir de la révolution des années 60. C’est un constat, un diagnostic. Après, ils en tirent des conséquences sur le plan international qui consistent à vouloir imposer la démocratie à tous par la force. C’est tout ce que je conteste chez les néoconservateurs.

Et je suis un admirateur de Napoléon, je sais ce que c’est que d’imposer la démocratie à la botte de ses soldats. On l’a fait et cela s’est retourné contre nous. C'est ce que je disais dans un livre précédent, Mélancolie Française : je pense que le malheur, la mélancolie française datent de là. La défaite de Napoléon en 1815 est le début de la catastrophe française, où la France n’est plus un prédateur mais une proie. Les Américains ont la chance d’être une île et de ne jamais être envahis, c’est tout ce qui les a protégés de leur folie.

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Au cours du livre, les mots "pensée dominante" et "doxa"  sont utilisés régulièrement, ce qui produit un effet inverse sur le lecteur, comme s’il était absolument nécessaire de prendre toujours l’exact contrepied de cette pensée.

Ce n’était pas mon propos… Je ne pensais pas avoir répété autant que cela ces mots-là…

Le passage sur Paxton est très construit "contre" la pensée dominante, ce qui produit cette impression de rejet sur le lecteur qui peut être une source de confusion.

C’est bien pour ça que j’ai choisi ce sujet, ce n’est pas par hasard. Il ne s’agit pas de réhabiliter Vichy, comme on le dit bêtement, évidemment. Ce que j’ai voulu montrer c’est que Paxton est une des briques essentielles de la doxa. Le but de ce livre est de déconstruire les déconstructeurs, qui sont une force nietzschéenne, nihiliste. Il s’agit de leur appliquer la même méthode, celle qu’ils ont appliquée avec succès.

Justement…la même méthode... ?

Oui, mais vous êtes obligé. Parce que si vous ne déconstruisez pas, premièrement vous ne pouvez pas montrer exactement ce qui s’est passé, et deuxièmement vous ne pouvez pas reconstruire.

C’est le parachèvement du travail de Philippe Muray, qui se contentait d’en souligner l’absurdité ?

Exactement. Je suis un grand lecteur de Muray, évidemment. Je suis tout à fait d’accord avec ça.

Michel Onfray déclarait qu’il se démarquait de la gauche sociétale et libérale. Alors concernant la droite, synthèse du conservatisme et du libéralisme, de quelle ligne vous démarquez vous ?

La même. Mais ils iront avec la gauche parce que la gauche n’aura plus qu’eux. Parce qu’il n’y aura plus d’électeurs à gauche. Il faudra qu’ils fassent alliance dans un grand retour de la troisième force d’antan, entre eux. Une alliance entre la droite libérale et sociétale, Nathalie Kosciusko-Morizet et compagnie et la gauche vallsienne. Et leur candidat sera Alain Juppé, qui sera le candidat de toutes les gauches, même de la droite… y compris de la droite. On voit bien venir ce schéma-là, c’est lumineux.

Existe-t-il une incarnation du Zemmour politique ?

Je ne fais pas de la politique active. Je fais de la métapolitique, comme on le disait lorsque j’étais jeune. J’ai retenu les leçons de Gramsci. La gauche a fait ça pendant quarante ans et on voit le résultat. Elle a complètement gagné et elle en est à punir un député parce qu’il dit "madame le Président". C’est très symptomatique. La même personne qui voulait supprimer les mots "école maternelle". Ils font la guerre aux mots, ils font la guerre au français. La guerre est déclarée depuis longtemps. Donc la politique, pour moi, c’est essentiel. Mais je fais de la politique de cette façon, j’essaye de faire comprendre aux gens ce qui s’est passé.

Alors Pourquoi est-ce vous qui faites de la politique et non pas les politiques ?

Pour deux raisons ; la gauche a été phagocytée par la gauche sociétale libérale et la droite est soumise à la gauche depuis deux siècles. Enfin, et de toute façon, les politiques n’ont plus la souveraineté depuis Maastricht, pour parler vite et trouver une date. Evidemment qu’on ne peut plus être politique comme avant, puisqu’on n'a plus la réalité du pouvoir.

Vous parlez également de la nécessité de l’efficacité politique par rapport à la morale. Pourtant, concernant les points économiques, vous évoquez la "supériorité" de l’épargne sur la consommation, de l’étalon or sur une monnaie libre etc. n’est-ce pas un point de vue moral s’opposant à l’efficacité économique ?

Ce ne sont pas des contradictions. Il y a trois parties dans ce livre. La première décrit comment le monde ancien s’écroule, où je montre toutes les étapes de cet écroulement, dont l’étalon or est une étape majeure mais également la loi de 1973. Je montre ensuite comment le Colbertisme français est pris d’assaut de l’intérieur, par un cheval de Troie technocratique, par les élites qui basculent et trahissent leur fonction première pour se vendre à la mondialisation. Parce que c’est beaucoup plus rémunérateur. C’est le fond de l’affaire. Tout le reste est habillage idéologique. Dans la troisième partie je montre et j’analyse les contradictions de toute cette histoire, vous me prêtez des contradictions que j’analyse et que j’explique.

Dans un article du "Point", il est indiqué que Patrick Buisson s’attaque à Nicolas Sarkozy en indiquant "Aujourd'hui, son problème, c'est Carla : elle l'éloigne trop du peuple et le pousse à l'hédonisme", comme une référence à 68. Entre Patrick Buisson et 1968, quelle est la ligne Sarkozy ?

C’est  la contradiction fondamentale de Sarkozy, même avant Carla. Et Carla n’est pas la cause, Sarkozy est comme ça. Il est complètement contradictoire, c’est-à-dire qu’il est un Soixante-huitard, Daniel Cohn Bendit l’avait très bien diagnostiqué. Mais c’est une Soixante-huitard qui a un tel instinct de survie politique qu’il a été seul à oser adopter la ligne Buisson, mais comme quelque-chose qui lui était étranger en vérité. D’ailleurs il ne l’a pas appliquée. Et la présidentielle de 2012 n’est pas allée au bout de la ligne Buisson. Je maintiens que s’il avait été au bout de cette ligne Buisson, il gagnait la Présidentielle. Il a préféré perdre plutôt que d’aller au bout.

Propos recueillis par Nicolas Goetzmann

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