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©GUILLAUME SOUVANT / AFP

Bonnes feuilles

Eoliennes : l’hélice qui cache la centrale

Jean-Paul Oury publie « Greta a tué Einstein : La science sacrifiée sur l’autel de l’écologisme » chez VA Editions. À la faveur de l’urgence climatique, une jeune prophétesse incarnant l’idée universelle du Bien propage la vision messianique d’un avenir sombre. Ce totalitarisme mou, teinté d’anticapitalisme de combat, est érigé en système de pensée politique et morale au mépris des fondements de la raison cartésienne. Extrait 1/2.

Jean-Paul Oury

Jean-Paul Oury

Jean-Paul Oury, Docteur en histoire des sciences et technologies, auteur de La querelle des OGM (PUF)

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Si l’Agriculture Biologique bénéficie encore d’une aura forte et sans doute pour longtemps auprès des consommateurs, il n’en va pas de même pour l’éolien. On a en effet ici un parfait exemple d’une solution prônée par le marketing vert, préconisée par les politiques, mais qui après quelques années d’émerveillement, soulève chaque jour un peu plus l’opinion contre elle. Il suffit d’aller sur YouTube pour s’en convaincre : il est de plus en plus difficile de trouver des vidéos qui parlent en bien des éoliennes. Le moteur de recherche référence en priorité les vidéos des collectifs anti éoliens, preuve s’il en est, qu’ils sont de plus en plus nombreux. Cela dit, en cherchant bien, on retrouve les contenus qui ont contribué à envoûter l’opinion en faisant la propagande de moyen de production d’énergie renouvelable.

Ainsi une vidéo de Greenpeace Belgique débute avec un panorama de centrale atomique ensoleillée. Puis tout d’un coup éclate une averse, et une sirène se déclenche, des fumées noires sortent des cheminées, leurs murs craquellent puis s’effondrent donnant une image apocalyptique. Un rideau noir tombe. On entend alors des voix et le rideau s’ouvre sur un nouveau décor dans lequel se trouvent des gens qui tirent sur des cordes pour dresser des éoliennes. Maladresse ou provocation ? On entend en fond sonore des oiseaux chanter – on sait que l’un des principaux arguments contre les éoliennes est qu’elles tuent des oiseaux ainsi que des chauves-souris. Le slogan final n’y va pas par quatre chemins : « Plutôt avec la lumière allumée ? Optez pour une énergie propre et durable ! »

Une autre vidéo de Greenpeace France cette fois-ci, dresse un tableau très sombre des énergies en France : « 85 % d’énergies sales (Charbon, Gaz naturel, Nucléaire, Pétrole) » et « 15 % d’énergies propres » (Énergies renouvelables). Pour en finir avec cette situation, Greenpeace propose de la Sobriété et de l’efficacité. Pour schématiser : il faut faire des économies et ensuite on pourra aller vers d’autres types d’énergies. Le plan de Greenpeace pour 2050 passe donc par 75 % d’énergies renouvelables, 50 % de Biomasse, 16 % d’éolien, 15 % de solaire et 9 % d’hydro-électrique.

Une vidéo de 2015 de la Fondation Nicolas Hulot affirme « 100 % d’électricité propre c’est possible », ajoutant : « Passer aux énergies renouvelables c’est indispensable, heureusement les filiales solaires et éoliennes deviennent rentables et attirent les investisseurs. » La décision de passer aux énergies vertes n’est plus une utopie, c’est une décision à prendre. Pour cela, Hulot, ministre de l’Environnement, est lui-même monté au sommet d’une éolienne. Il y a aussi envoyé Audrey Pulvar, présidente de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme. Cette dernière est allée à la rencontre des citoyens qui ont investi dans un parc éolien à la frontière du Lot et du Cantal. Après avoir rencontré l’investisseur du Groupe Valermo en charge du projet, elle se rend dans le café restaurant où elle rencontre Georgette la restauratrice qui lui avoue qu’elle n’était jamais inquiète, même si elle se posait des questions. Selon Georgette, cela va tout changer : elle va payer l’électricité moins cher. Et elle l’affirme : ça ne défigure pas du tout le paysage. Audrey Pulvar est émerveillée par l’aspect collaboratif du projet. Un des deux entrepreneurs affirme que le territoire est exportateur d’énergie. Une scène d’anthologie montre la présentatrice TV star arriver dans une campagne semée d’éoliennes, d’après elle « un paysage hyper bucolique ». Elle rencontre un agriculteur qui s’est engagé pour le parc éolien et dispose également de panneaux solaires. Il dit vouloir diversifier son activité. Il n’est pas gêné par les éoliennes, car elles se trouvent à un kilomètre. Le mot de la fin est laissé à l’investisseur qui explique comment se passe le financement participatif et la bonification qui va avec. Il n’a pas employé le mot de subvention.

En regardant ces vidéos, on réalise le pouvoir du marketing du made in Nature. On arrive dans un pays enchanté (« c’est bucolique »). Tout le monde a mis son grain de sel (« c’est participatif »). Les villageois profitent de l’électricité, elle est moins chère et en plus ils en exportent ! Sans oublier les subventions appelées « bonifications » pour la cause. On ne compte plus les avantages des ENR.

À l’opposé de ce conte de fées, on trouve un scénario de film d’horreur. C’est le programme issu de l’émission Envoyé Spécial, plus généralement porté sur les sujets anti glyphosate, anti OGM, antinucléaire… Cette fois l’émission du 20 septembre 2018 s’intitule « Éoliennes : le vent de la révolte » et elle commence très fort avec des militants qui distribuent des tracts contre les « Grandes faucheuses » un parc de 62 éoliennes de mer qui devraient être installées au large du Tréport. Les militants ainsi que les pêcheurs craignent pour les « oreilles des poissons ». Un chiffre clé est lancé : « En France 70 % des projets sont attaqués par des riverains » un comble pour ce symbole des « énergies propres et de la transition énergétique ». Le reportage commence sur le mont Levezou en Aveyron où sont arrivées les premières éoliennes françaises en 2004. Carole Joly, une écologiste, a été invitée à se rendre au pied des éoliennes qu’elle trouvait jolies à l’époque : « Je voyais juste qu’on allait sortir du nucléaire. Que c’était pas une énergie qui allait laisser des déchets irradiés. » Premier problème évoqué par la militante : bien qu’il y ait de plus en plus d’éoliennes, les centrales atomiques n’ont pas fermé. Deuxième problème : les riverains évoquent des bruits d’hélicoptère, d’avion ou de machine à laver. Troisième problème : une petite visite à l’association de riverains et on apprend qu’une étrange lumière se dégage derrière les éoliennes en automne et qu’en la regardant, « Josiane a une sensation de vertige ». Certains riverains ont réussi à filmer une lumière intermittente qui provoquerait « nausée et maux de tête ». On apprend que l’Académie de Médecine reconnaît un syndrome éolien qui affecterait les riverains. Quatrième problème, enfin : le bétonnage de zones sauvage. On creuse des trous géants et des chemins pour accéder aux mâts en plein champ. Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Là où la vidéo de la fondation Nicolas Hulot nous annonçait un projet collectif, voici que l’on découvre avec Carole Joly que le projet en question ne sert pas à alimenter le village, mais un grand réseau d’énergie renouvelable. D’après le commentaire journalistique, c’est donc « un projet international et industriel, bien loin de l’image locale ». Le reportage se déplace ensuite sur une ZAD (zone à défendre) que les habitants locaux ont installée pour retarder l’expropriation d’un terrain qui doit servir pour installer un transformateur géant.

 

Mais les riverains ne sont pas les seuls à remettre en question les éoliennes. Certains scientifiques vont faire feu de tout bois. C’est le cas de Bernard Durand, par exemple qui a écrit l’ouvrage Éoliennes : Vent de Folie. Il pose en premier principe que les éoliennes sont tout le contraire d’une solution écologique : « L’éolien en France est en réalité une arme de destruction massive de l’environnement pour les milieux ruraux. Il le sera bientôt pour les milieux marins, si l’éolien en mer s’y installe en force comme le veut notre gouvernement. » Les ONG sont hypocrites d’après lui et si elles sont arrivées à leurs fins, c’est qu’elles ont réussi à influencer les politiques. D’après lui, les riverains expérimentent réellement une gêne et le rejet de ces parcs a pour origine « la perception croissante par ses riverains, de plus en plus nombreux, des effets néfastes de l’éolien sur leur environnement immédiat et sur leur santé ».

Bernard Durand évoque alors des considérations économiques et écologiques : le coût de l’électricité augmente et cela n’empêchera pas de rejeter du CO₂ dans l’atmosphère. Pour appuyer cette thèse, il développe l’exemple de l’Allemagne, pays phare qui a choisi de fermer ses centrales nucléaires pour développer le solaire et l’éolien : « La principale leçon à tirer est qu’il ne faut surtout pas imiter l’Allemagne, qui s’est mise de manière impulsive et irréfléchie dans une impasse écologique et économique, et dans une dépendance durable aux combustibles fossiles, en voulant développer l’éolien et le solaire photovoltaïque à tout prix ; c’est le cas de le dire, car les dépenses qu’elle a dû consentir pour cela se comptent déjà en centaines de milliards d’euros, cela pour un résultat très médiocre. » L’intermittence est en cause. Ou comme on le sait, le fait qu’un parc éolien ne peut pas produire en permanence pour répondre à la demande, faute de vent (de même qu’une centrale solaire ne bénéficie que de période intermittente d’ensoleillement).

L’Allemagne coche toutes les mauvaises cases : n’ayant pas suffisamment de puissance électrique avec le renouvelable, d’autant plus que celle-ci n’est pas pilotable (contrôlable), « elle a été obligée de conserver toute sa puissance de centrales pilotables à charbon. Elle a dû remplacer les réacteurs nucléaires qu’elle a fermés par des centrales à gaz. » Ceci ayant le résultat suivant : « L’Allemagne est et sera donc pour très longtemps le principal pollueur de l’atmosphère européenne, avec le CO₂ climaticide émis par ses centrales électriques, mais aussi avec leurs fumées nuisibles à la santé publique circulant dans toute l’Europe au gré des vents. »

Mais le pire n’a pas encore été envisagé. Le blogueur spécialiste des questions énergétiques, Jean-Pierre Riou, évoque la possibilité d’une faillite du système électrique. Selon lui, à la suite d’une période de froid et d’intempéries prolongés appelés Dunkelflaute, « Une étude de l’office météorologique allemand DWD a montré que la complémentarité avec les éoliennes offshore et avec le photovoltaïque n’empêchait pas de réduire à moins de 2 cas par an la chute de production de leur puissance installée à moins de 10 % pendant plus de 48 heures d’affilée. » Situation qui présente de véritables risques pour l’approvisionnement énergétique alors que « l’électricité a vocation à renforcer notre indépendance énergétique et remplacer le pétrole, le charbon et le gaz dans les domaines de la mobilité et du chauffage. Notre politique énergétique n’a pas le droit de manquer ce rendez-vous. En misant sur des énergies intermittentes pour remplacer des réacteurs nucléaires, son excès d’optimisme nous expose pourtant volontairement à rien moins que la faillite de tout notre système électrique. »

Pourtant les éoliennes sont bien implantées sur le territoire français et cela n’est sans doute pas près de s’arrêter. Ainsi en 2018, on recense près de 8 000 éoliennes terrestres sur 1 380 parcs. Le nombre semble important. Mais il ne représente en fait qu’une puissance de 1,5 gigawatt raccordé dans l’année et 15,8 GW de puissance installée et ne couvre que 6 % de la consommation électrique française. Et les installations de parcs vont encore aller bon train puisque la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) engage le pays à atteindre 34 GW en 2028.

On ne pourra pas dire que nous n’avons pas été prévenus. Un rapport circule sur le web qui montre l’échec de l’EnergieWende allemande. « Bonjour d #Allemagne, où la transition énergétique souffre de nouveaux revers. L’industrie éolienne terrestre, jadis la technologie phare du pays pour passer à l’énergie propre, n’ajoutera que 1,4 à 1,8 gigawatt de nouvelle capacité cette année, à mesure que les approbations de projet toussotent. »

Autrement dit, alors qu’au travers du Green Deal décidé par Ursula Von der Leyen, l’éolien semble une source d’énergie à privilégier, on constate que l’Allemagne qui se présente comme un modèle à suivre, expérimente quelques difficultés et ne pas délivrer la promesse attendue en termes d’énergie renouvelable. Cela vaudrait le coup d’écouter certains experts, mais il semble bien que pour l’instant seuls les riverains et certains scientifiques conscients des enjeux se posent les vraies questions. Les ONG environnementalistes et les politiques qui engagent des pays entiers sur la voie de cette transition continuent de faire comme si de rien n’était.... Le made in Nature a fait son effet sur les planificateurs également et il semble qu’aucun argument raisonnable ne pourra jamais les arrêter.

Extrait du livre de Jean-Paul Oury, « Greta a tué Einstein: La science sacrifiée sur l’autel de l’écologisme », publié chez VA Editions

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