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Les peurs ont déclenché des phénomènes collectifs de précaution.
Les peurs ont déclenché des phénomènes collectifs de précaution.
©SEBASTIEN BOZON / AFP

Erreurs stratégiques

Environnement, énergie et industrie : la peur ou la plus mauvaise conseillère qui soit

La politique de la peur est un échec dont toute l’Europe pâtit. La France, qui a mené une politique sage de mix électrique, paie les erreurs de l’Allemagne avec une énergie chère.

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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On dit que la peur est mauvaise conseillère, elle imprègne désormais une partie de la société, en particulier une jeunesse prompte à organiser des actions pour « sauver la planète » mais pas forcément à considérer que le vote est un des trésors de nos démocraties. Sans doute faut-il avertir d’urgence que le monde va mourir, mais on peut s’interroger sur l’efficacité de l’action de Greta Thunberg comme celle de bloquer une autoroute ou le périphérique parisien. Vous avez peur, nous connaissons cependant l’éphémère de la vie et notre présence assez récente sur terre, cependant l’humanité a su s’adapter depuis son arrivée et continue à s’adapter tous les jours grâce à ses connaissances sans cesse en croissance.

La peur, les peurs, ont déclenché des phénomènes collectifs de précaution conduisant même à introduire dans notre Constitution un Principe de Précaution bien fumeux et ambigu qui permet toutes les dérives dans notre pays pour échapper aux effets malsains du développement des sciences et des techniques : au nom de la précaution et du climat on peut tout se permettre, tout affirmer sans avoir à soutenir de contradictions jusqu’à frapper d’anathème définitif celui qui émettrait le début d’une interrogation.

La peur nucléaire est néanmoins en train de mettre à mal tout l’Ouest de notre continent européen, associée à cette précaution qui semble indispensable à beaucoup de nos contemporains qui n’hésitent pas à soutenir des lois qui, en responsabilisant civilement et pénalement les décideurs, conduisent immanquablement à l’immobilisme.

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La guerre en Ukraine vient de démontrer que la politique suivie par l’Allemagne des chanceliers Schröder et Merkel était erronée, il ne fallait pas abandonner le nucléaire électrique au profit du gaz russe. Le mirage du solaire et de l’éolien intermittents pour satisfaire les besoins électriques du Continent était aussi un mensonge, et tout cela débouche (provisoirement ?) sur une chasse effrénée au gaz liquéfié (gaz de schiste Américain), au charbon et donc au maintien d’une économie très carbonée alors que c’est l’électricité d’origine nucléaire qui pouvait se rapprocher de l’inverse. La politique de la peur est donc un échec dont toute l’Europe pâtit puisque la France qui a mené une politique sage de mix électrique paie les erreurs de l’Allemagne et d’autres avec une énergie chère alors que son prix de revient à elle n’a pas changé : nous payons les erreurs des autres mais, à leur décharge nous avons été moteurs et consentants… la peur, toujours la peur !

Pourquoi devant cette évidence n’arrivons-nous pas à convaincre nos camarades européens ? Parce que nous avons peur nous aussi, parce que nous avons arrêté un certain nombre de réacteurs à cause d’anomalies, que nous avons par deux fois stoppé le programme neutrons rapides qui devrait permettre de produire de l’énergie avec les déchets des centrales existantes (SuperPhénix 1998, Astrid 2019). Dans les deux cas ceux qui arrêtent sont félicités et ceux qui voudraient poursuivre sont menacés. La peur, toujours la peur !

Fallait-il refaire les soudures des circuits de contrôle de la centrale nouvelle de Flamanville ? Coût : quelques milliards et des années de retard. La peur et la responsabilité civile et pénale vous dit oui, l’urgence climatique dirait non.

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Fallait-il arrêter les réacteurs récemment sur les anomalies constatées, mettant le fonctionnement du nucléaire national à 60% au lieu des 75% possibles ? On a le droit du point de vue scientifique d’en discuter.

Fallait-il avertir les assemblées d’une corrosion de 3mm pour pouvoir provoquer de nouveaux arrêts et de nouvelles peurs ? Cette corrosion est connue et surveillée depuis une dizaine d’années et évolue peu.

Fallait-il annoncer que les EPR chinois étaient en train de démontrer que les techniques françaises étaient mises à mal ? Le problème a été compris et réglé, on oublie les solutions quand on a nourri la peur.

Fallait-il fermer Fessenheim en disant que c’était la plus vieille centrale et la moins sure ? Non et en ce qui concerne les investissements c’était le contraire, une des meilleures et seul l’orgueil conduit à ne pas demander à la remettre en fonctionnement.

Pour gérer la peur on nomme des Agences « indépendantes » qui sont les responsables de l’arrêt ou du maintien des exploitations ! Quel confort pour les responsables politiques, et quel inconfort pour les Présidents des Agences, en l’occurrence L’Agence de Sureté Nucléaire ou ASN. Comment peut-il résister à une peur orchestrée par les médias et les politiques ? Impossible !

Celui qui dirait que les anomalies ne sont pas graves, qu’il ne faut pas tout arrêter, serait pendu immédiatement au gibet de notre justice médiatique. Et cependant il est légitime de se poser toutes les questions précédentes car la conséquence aujourd’hui et encore plus demain c’est qu’il va falloir choisir entre le charbon et le nucléaire, entre la pollution accélérée, le continent carboné d’une part et des risques pris dans la poursuite du nucléaire d’autre part. Il faut donc apprécier les risques et que les responsables politiques eux-mêmes l’assument.

Avec les éléments dont je dispose, je considère que la question de la peur sur la filière neutrons rapides ne se pose pas, il faut que la France revienne dans le jeu ( comme les Italiens de Newcleo avec Stefano Buono veulent le faire… en France !)

Il faut refaire un examen de tous les arrêts actuels de nos centrales existantes de façon contradictoire avec non la seule peur de l’accident mais surtout celle de la panne hivernale, des morts de froid… et la peur de la désindustrialisation massive du pays largement entamée à cause des couts prohibitifs des énergies intermittentes largement inutiles en cas de disette comme on l’a vu. Si l’on est dirigé par la peur, prenons celle de la France dans le noir, de la pollution et du climat. Je souhaiterais que l’on me démontre que le programme d’arrêt de Flamanville pour changer les soudures était justifié, comme que  les affres déposées chez les parlementaires au sujet des corrosions était légitime.

Enfin il est urgent de remettre le dossier Fessenheim sur le haut de la pile, le réacteur est en bon état, certains appareils ont été déménagés , combien de temps et d’argent pour la remettre en route ?

Sans peur ou avec les « vraies peurs «  à vous de choisir !  

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