Enquête au cœur du Molenbeekistan : les leçons que la France doit tirer du contre-exemple belge - Partie 1 | Atlantico.fr
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Intervention des forces de l'ordre à Molenbeek.
Intervention des forces de l'ordre à Molenbeek.
©Reuters

Des moules, des frites et des terroristes

Enquête au cœur du Molenbeekistan : les leçons que la France doit tirer du contre-exemple belge - Partie 1

Désormais, les langues expertes se délient. La Belgique est ouvertement citée en tant que fief terroriste. L’attention est portée sur le quartier de Molenbeek. Le mal est pourtant plus étendu. Et ses racines sont très profondes… Première partie de notre série consacrée au quartier qui attire tous les regards depuis les attentats du 13 novembre à Paris.

Dominique Dupont

Dominique Dupont

Dominique Dupont est une journaliste belge, travaillant dans l'un des plus important journal quotidien du pays. Elle s'exprime ici sous un pseudonyme.

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Belgique, royaume ouvert… à l’excès

Claude Moniquet, expert français en terrorisme basé à Bruxelles, en fin connaisseur du terrain, fait le constat sans appel d’un pays qui s’est laissé submerger par le radicalisme musulman. Dans le même sens, Frédéric Ploquin, journaliste spécialisé en sécurité, a déclaré sur France Info que “La Belgique est la base arrière du terrorisme “Daeschien” en Europe”.

A la pointe de la radicalisation, on retrouve Molenbeek, cette commune qui a mal vécu le tournant de la désindustrialisation et qui est aujourd’hui gangrenée par le communautarisme, jusqu’au sommet. L’ex-maire, Philippe Moureaux, également ancien homme fort du PS à Bruxelles en avait fait son laboratoire social personnel. Il y expérimentait un multiculturalisme dans sa forme la plus radicale qui a laissé de profondes traces.

Alors que sur LCI un correspondant dépêché sur place indique qu’à Molenbeek, malgré la présence d’une importante population immigrée “tout se passe bien” (ndlr: entendez entre “communautés”), la réalité est, elle, bien différente. Déjà en 1996, François Robert évoquait dans le quotidien “Le Soir” (pourtant ancré à gauche) le développement de plusieurs “No GoAreas”.

Depuis le début de cette année, la France a en moyenne subi une attaque terroriste par trimestre. A chaque fois, qu’il s’agisse des frères Kouachi et de Coulibaly dans le cadre de l’attentat contre Charlie Hebdo, d’Ayoub el Khazzani auteur de l’attentat raté du Thalys ou encore des massacres qui viennent d’être perpétrés à Paris, tous sont passés par Molenbeek. La Belgique figurait aussi dans le parcours de Nemmouche et dans celui des proches de Merah. On pourrait même remonter au gang de Roubaix dont l’un des membres a été abattu lors d’une fusillade avec les forces spéciales sur une autoroute belge 

A vrai dire, pour reprendre les propos de Claude Moniquet, il faut plutôt s’étonner quand en matière de terrorisme la piste belge n’est pas évoquée. A partir du constat de ces faits aussi éloquents que récurrents, il devient impératif de s’interroger sur l’origine de cette spécificité belge en matière de terrorisme et qui fait de ce petit pays un sanctuaire pour le djihadisme.

Sur le plan géographique, on peut relever une position centrale sur le continent européen. Mais à l’heure de la globalisation et du développement des technologies de la communication, l’argument perd considérablement de sa pertinence. La Belgique constitue un havre pour les terroristes probablement pour des raisons plus culturelles alors que paradoxalement, son histoire coloniale, à l’inverse de celle la France, est sans lien avec des pays arabo-musulmans. Léopold II était Roi des Belges et du Congo, pas du Maroc.

Bruxelles et le croissant pauvre

Une forme de ségrégation pousse les populations à se regrouper géographiquement par groupes ethniquement et socialement homogènes. Ainsi, dans les communes du Nord de Bruxelles comme Saint-Josse et Schaerbeek on retrouve surtout des populations originaires de Turquie tandis qu’à Molenbeek et Anderlecht, situées à l’Ouest de Bruxelles, ce sont plutôt les Marocains qui prédominent.

De façon générale, ces deux poches forment avec les quartiers défavorisés du centre de Bruxelles et d’Ixelles ce que l’on appelle « le croissant pauvre », une zone de l’agglomération bruxelloise où la population cumule à la fois les revenus officiels et le capital culturel les plus bas avec les plus hauts taux de population allochtone (ndlr: terme générique qui désigne en Belgique des personnes d’origine étrangère).

A l’inverse, le Sud et l’Est de Bruxelles ainsi que les zones les plus périphériques tendent à constituer la "couronne verte" qui rassemble les quartiers les plus aisés où vivent de nombreux ressortissants européens dont une importante communauté française forte de 53.000 personnes.

Dans les années 1960, les besoins en main d’œuvre ont amené la Belgique à passer des contrats avec divers pays pour faire venir des travailleurs immigrés dont le Maroc et la Turquie. A partir de quelques centaines d’individus, les effectifs ont rapidement crû, surtout à partir de l’instauration du regroupement familial.

Ensuite, l’exacerbation du communautarisme et la constitution de poches urbaines homogènes sur le plan ethnico-religieux ont renforcé l’attractivité de la Belgique. Certains quartiers de Bruxelles, et c’est singulièrement le cas dans diverses zones de Molenbeek, peuvent désormais abriter une population constituée à 80%, d’allochtones.

Dans ces quartiers où des petites filles portent le voile et leur mère, le voile intégral, les façades lépreuses des maisons anciennes accumulent les paraboles. Des grappes de “jeunes” squattent le coin des rues, souvent exploité par un night shop, en scrutant le défilé des grosses cylindrées qui sillonnent le quartier. Le vendredi, jour de prière, rares sont les hommes qui ne portent pas la robe traditionnelle, quitte à l’enfiler au dessus des survêtements…

Ces “enclaves” surprennent les visiteurs non avertis et les étrangers de passage dès la sortie du terminal Thalys tant elles échappent à notre espace-temps et aux forces de l’ordre qui ne parviennent plus, depuis des années, à y mener leurs missions de police.

Les trafics en tous genres y prospèrent, au même titre que les mosquées les plus radicales. C’est sur ce type d’environnement post-moderne où l’archaïsme ne dédaigne pas l’usage du smartphone ou le maniement de l’AK47 que les activistes de Sharia4Belgium avaient jeté leur dévolu pour mener leurs actions et prospérer, avant que la justice ne finisse par réagir, après avoir fermé les yeux durant plusieurs années.

Pour quelqu’un d’extérieur, il paraît incompréhensible et même absurde que des autorités locales laissent un communautarisme aussi virulent s’ancrer aussi profondément dans le tissu urbain d’une ville hôte des institutions européennes ! Et pourtant, même Vincent Dewolf, député régional (MR) et maire de la très "select" Etterbeek, que l’on pourrait qualifier de district européen, tant elle compte de bâtiments institutionnels, de délégations et d’ambassades n’a pas hésité à chaleureusement serrer la main du leader de Sharia4Belgium pour lui indiquer qu’il autorisait sa manifestation devant l’ambassade du Maroc.

Cela se passe en 2012. Voilà un an déjà que Sharia4Belgium menace publiquement la démocratie et appelle à la destruction de l’Atomium dans ses vidéos postées sur Youtube. A Etterbeek, pourtant, on disait ne disposer d’aucune information permettant d’interdire le happening djihadiste…

Le droit de vote des étrangers : vers un clientélisme ethnicisé

Pour expliquer cette tolérance excessive, il faut se pencher sur la complexité du système politique belge qui fut le premier à se doter dès 1899 d’un système de représentation proportionnelle. A priori très démocratique, ce scrutin implique en réalité la confiscation du second tour de l’électeur par les appareils de parti. Sous l’impulsion des divisions entre francophones et néerlandophones, la Belgique s’est aussi progressivement muée en un Etat fédéral. Par ailleurs, l’histoire du pays explique l’importance de l’échelon communal qui remonte au moyen-âge.

De cette complexité institutionnelle résulte un système politique singulier qui repose à la fois sur la prédominance du rôle joué par les partis - la particratie - mais aussi sur une culture du compromis puisque l’ensemble des acteurs est régulièrement amené à constituer des majorités aux divers niveaux de pouvoirs.

Si les concepts sont très jolis sur le papier, ils conduisent immanquablement à l’affadissement idéologique et à la dilution programmatique, et cela dans toutes les familles politiques. Il n’y a qu’en période préélectorale que des figures de proue bombent le torse pour s’écharper en public.

En pratique, les accords de majorité sont déjà scellés entre présidents de parti et tout est plié, sauf incident de parcours… Voilà l’envers peu reluisant du “compromis à la belge”, cet art subtil de la conciliation des contraires aussi vanté pour ses qualités que le chocolat, mais tout compte fait, peut-être moins digeste.

Tout aurait pu rester dans les limites du supportable, si la Belgique n’avait pas adopté le droit de vote des étrangers aux élections communales sous l’impulsion du libéral Louis Michel alors vice-premier ministre. C’est ainsi qu’en 2003, celui qui était supposé représenter la droite de l’échiquier allait coiffer les socialistes au poteau en les prenant de court sur l’élément le plus symbolique de leur programme : accorder le droit de votes aux étrangers hors-UE aux élections communales.

Le temps et la démographie commencent à prouver aujourd’hui que cette décision était suicidaire. En effet, en terme de vote et de clientélisme ethnique, le PS avait une longueur d’avance. Une course infernale au communautarisme a été engagée par toutes les formations qui se sont mises à distribuer des tracts en turc, en arabe, en ourdou… Sans même veiller à joindre une traduction en français ou en néerlandais.

Depuis lors, les politiques de tous bords, à quelques rares exceptions près, se sont mis au diapason des mosquées et ne ratent plus une occasion du calendrier musulman pour souhaiter tantôt un joyeux ramadan, tantôt une bonne fête du mouton. La plupart des maires organisent même des sites mobiles d’abattage rituel aux frais du contribuable où leurs nouveaux électeurs potentiels sont invités à égorger leurs moutons.

Si la proportion d’élus allochtones a fait un bond spectaculaire sur le plan local au point de ne plus refléter la composition réelle de la population, plus inquiétante encore est l’apparition dans le paysage politique belge de partis qui clament ouvertement vouloir imposer la charia au royaume d’Albert II. Ainsi, le parti Islam fondé en 2012 a réussi dès les premières élections à engranger deux conseillers dans les communes d’Anderlecht et de Molenbeek.

Avec l’arrivée de ce type de profils au sein d’un conseil communal, on observe que l’ensemble des élus tend à devenir plus perméable à l’entrisme d’un islam toujours plus radical. Ainsi, les petits arrangements entre meilleurs ennemis qui s’ancrent dans les quotients électoraux débouchent sur un pragmatisme boutiquier éloigné de toute idéologie.

Voilà peut-être pourquoi les francophones eux-mêmes boudent la politique en mode mineur menée dans leur pays et la délaissent au profit des débats autrement plus passionnants qui animent la France. Le désintérêt, voilà une des clés du caractère atone de la politique du côté francophone. On a même vu apparaître lors des derniers scrutins d’importants taux d’abstentions dans un pays où le vote est pourtant obligatoire.

Dans ce contexte, quoi de plus motivant pour un candidat que de jouer la carte du vote ethnique. En effet, convaincre un imam, un responsable associatif ou un boucher garant du respect des rites, c’est s’assurer des voix par dizaines, voire par centaines. C’est tellement plus efficace que de faire du porte à porte pour arracher un à un les votes des “vieux belges” rétifs. En politique, rares sont les candidats qui troqueraient un chalutier contre une canne pour aller à la pêche aux voix…

Molenbeek, du multiculturalisme radical au djihadisme

Molenbeek, offre aujourd’hui une parfaite illustration de l’impasse dans laquelle se sont engouffrés ceux qui pratiquent avec autant de zèle la politique du compromis. Interrogé aujourd’hui sur son bilan, l’ex-maire, Philippe Moureaux s’est défaussé à bon compte en reportant toute la responsabilité de la dérive de la commune sur son successeur, Françoise Schepmans. Puéril pour un homme qui aligne près de 80 ans au compteur. Néanmoins, l’actuelle maire n’est certainement pas étrangère au déclin de cette zone sensible.

En effet, elle a participé aux plus hautes fonctions de cette commune. Elle fut échevine dès 1988 et première échevine de 1994 à 2000 et de 2006 à 2012. Sur les 27 dernières années, Françoise Schepmans a été 21 ans au pouvoir, le PS l'ayant été de 1988 à 2012, soit 24 ans. En 2018, le MR va égaler ce triste record, celui de l’ère Moureaux, l’ère du déni où les services de police étaient structurés et gérés de façon à renvoyer l’image d’une commune idéale qui ne connaît pas la criminalité ni l’insécurité. Celle aussi où d’importants budgets étaient alloués pour favoriser la multiculturalité dans une commune au bord de la faillite et mise sous tutelle, et tout cela avec l’aval des libéraux.

Depuis 2012, la mairie de Molenbeek a changé de couleur, mais les autorités cultuelles musulmanes y sont toujours aussi courtisées. Il faut dire que l’actuelle maire a dû passer un accord avec les humanistes du CDH et installer le controversé Ahmed El Khannouss au poste d’échevin pour parvenir à rafler la mise.

L’entreprise de séduction pour gagner en popularité dans les "communautés" n’est pas toujours couronnée de succès. Ainsi, en mai dernier, elle apparaissait sur la toile en compagnie de Mohamed N., un de ses agents communaux, travailleur de rue de son état, qui se répandait en appels au meurtre contre "les juifs" (sic) sur les réseaux sociaux. L’affaire a fait un peu de bruit, sans pour autant vraiment ébranler l’opinion publique et encore moins la classe politique.

Et puis, pourquoi changer de cap alors que le multiculturalisme qui y est expérimenté est loué de toutes parts. Il suffit de se pencher sur l’extrait de cette recherche menée à l’Université Libre de Bruxelles, pour s’en convaincre :

"La démarche molenbeekoise fait figure d’exercice précurseur en la matière, et tient lieu, d’ailleurs, de "modèle à suivre" pour d’autres communes bruxelloises. Et même si les échanges entre autorités communales et interlocuteurs musulmans n’ont pas encore maximisé toutes leurs possibilités en étant, parfois, entrepris dans l’urgence (notamment en ce qui concerne l’organisation de la fête de l’Aïd), il n’en reste pas moins que les résultats acquis à Molenbeek ont permis de faire accéder la religion musulmane à une certaine forme de reconnaissance et de légitimité au sein de l’espace public local”.

Ce travail opportun frise l’endogamie quand on sait que la maire de Molenbeek est aussi membre du conseil d’administration de la très vénérable Université Libre de Bruxelles surnommée "la grande madrassa" depuis que Caroline Fourest y a été insultée et censurée par un commando pro-burqa ? La question peut-être posée d’autant qu’une telle prose donne le sentiment de sortir du champ des sciences humaines pour verser dans l’hagiologie, voire le publi-reportage.

On notera que Corrine Torrekens, l’auteur de cette "étude", gardienne de la doxa qui sévit régulièrement sur les plateaux de télévision en tant que "spécialiste", a aussi une âme d’entrepreneur. Voici ce que mentionne son CV sur le site officiel de l’UBL :

"Depuis le 1er janvier 2013, je travaille au développement de DiverCity, la première spin-off en sciences sociales et politiques de l'ULB.(…). Ses missions sont centrées autour de la consultance en diversité en prenant en charge la recherche-action dont l'objectif est focalisé sur l'aide à la décision, organisant des fomations en diversité et des audits diversité. DiverCity a reçu le soutien de Ernst & Young". Eric Zemmour adorerait ce mariage académique entre la gauche voilée et le caviar « public-privé ». Le regretté Phillipe Muray aussi.

Entretemps, on retiendra surtout que Molenbeek, vivier de terroristes comme Hamid Daoud, alias Abu Omar al Baljiki est devenue une appellation d’origine contrôlée en matière de terrorisme et que tous les chemins du djihadisme mènent à Molenbeek. Peut-être pourra-t-elle prétendre bientôt au statut de comptoir de l’Etat islamique. A moins qu’elle ne soit bombardée avant, comme l’a suggéré Eric Zemmour, un brin provocateur.

 

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