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Déception

Emmanuel Macron et l’armée : plus ça change, et moins ça change

Les voeux aux armées prononcés par Emmanuel Macron ne règlent rien des difficultés et des enjeux auxquels est confrontée notre Défense. Pis, le président n'a présenté aucune vision pour l'armée.

Les Arvernes

Les Arvernes

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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Le Président de la République s'est rendu à Toulon le 19 janvier pour présenter ses vœux aux Armées. A cette occasion, il a embarqué sur le Dixmude, un des trois Bâtiments de Projection et de Commandement de la Marine Nationale.Ces vœux interviennent alors que les relations entre le Président, chef des armées (article 15 de la Constitution), et les militaires se sont spectaculairement dégradées avec l’affaire Villiers, et que se profile la présentation d’une nouvelle Loi de Programmation Militairepour la période 2019-2025.

Disons-le tout net : contrairement à ce qu’une partie de la presse dont la déférence est l’ADN s’est évertuée à proclamer, ces vœux ne règlent rien des difficultés et des enjeux auxquels est confrontée notre Défense, pas plus qu’ils ne scellent une quelconque forme de réconciliation entre les militaires et leur Chef constitutionnel. Ils montrent qu’au-delà de l’art de la formule et de l’affichage, ce dossier ne constitue pas, loin s’en faut, une priorité du président, alors même qu’il bénéficie d’un contexte particulièrement favorable : une absence d’opposition, un consensus général dans l’opinion sur les questions de défense, des signaux économiques encourageants. En un mot comme en mille, l’exercice est raté.

D’abord, en technocrate, Emmanuel Macron en est resté à une approche focalisée sur les budgets et ses tours de passe-passe habituels, ceux qui permettent de faire croire à la presse complaisante que l’on a mis de l’argent là où l’on n’a fait que changer les périmètres et effectuer de subtils transferts. Il sera toujours temps de mener une guérilla budgétaire quand, une fois de plus, il s’agira, maigre ambition, de tangenter ou non les fameux 3% et de rendre des comptes à Bruxelles.

Ensuite, Emmanuel Macron, malgré sa vue jupitérienne, ne profite pas de cette configuration exceptionnellement favorable pour se hisser au niveau d’un président visionnaire, donneur de cap, à la hauteur des défis d’un monde dont les règles du jeu sont en train de changer brutalement. La raison en est simple : il n’a en réalité aucune vision pour notre armée, pas plus qu’il n’a de vision internationale au-delà de ses médiatiques jeux de séduction ! De surcroît, la Revue Stratégique, qu’il s’est d’ailleurs soigneusement chargé de ne pas endosser, est un document sans relief, fait pour ne fâcher personne, et qui ne constitue en rien la colonne vertébrale intellectuelle à partir de laquelle bâtir la prochaine Loi de Programmation Militaire.

Mais le plus grave est sans doute ailleurs. Au-delà du rideau de fumée que constitue la cuisine budgétaire qui a servi fil directeur à ces vœux, ce qui ressort une nouvelle fois, c’est l’extrême raideur - qui confine parfois au malaise - dans le rapport qu’entretient le chef des armées avec ses troupes. Sommées de « rendre des comptes » alors que la moindre des décisions est prise en conseil restreint, c’est à dire sous l’autorité claire du président, les armées ont surtout été une nouvelle fois mises au garde à vous. Si les mots n’ont pas atteint la violence et les excès du 13 juillet, le message subliminal restait le même : une affirmation - teintée de défiance maladroite - de sa primauté sur une institution dont il ne comprend l’utilité qu’à l’aune des coûts qu’elle représente.

De tout ceci, pour paraphraser Flaubert, la forme étant « le fond qui remonte à la surface », les vœux de Toulon, si l’on veut faire l’effort d’écouter ce discours fleuve et noter par exemple l’usage de l’ironie quand il s’est agi d’évoquer la perspective d’un deuxième porte-avions, une conclusion émerge : loin de refermer la plaie ouverte par l’affaire Villiers ils confirment ce qui est l’essence de la posture du président à l’égard de l’armée, la condescendance !

Emmanuel Macron, politicien roué, politicien à l’ancienne, a pris conscience de l’échec de son entrée en matière avec l’armée et s’efforce, pour polir sa stature, de promettre tout et plus encore. Pourtant, il reste incapable de dépasser ce qui est le fond de sa pensée : la méconnaissance, et une forme de mépris pour la chose militaire. Ce mépris et cette méconnaissance s’expliquent d’ailleurs pour partie. Emmanuel Macron est d’une génération qui n’a pas fait son service militaire. Sous François Hollande, il a constaté que le seul endroit dans l’Etat où se manifestait une forme de résistance – à ne pas exagérer d’ailleurs - à la mollesse hollandienne était précisément le Ministère de la Défense. C’est dire la lourdeur du passif entre l’armée et son chef. Quelques belles paroles ne sauraient l’apurer.

Au bilan, l’heure de vérité militaire d’Emmanuel Macron n’est pas encore venue. Contrairement à ses prédécesseurs aux prises dès leurs premiers mois à de graves crises intérieures ou internationales, il jouit encore pour quelques mois d’un insolent état de grâce où il lui est encore possible d’user ses remarquables talents d’illusionniste et de séducteur.Seront-ils suffisants aux heures sombres ?

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