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Samedi 2 août enregistrait le record du nombre de kilomètres cumulés de bouchons avoisinant les 1000 kilomètres.
Samedi 2 août enregistrait le record du nombre de kilomètres cumulés de bouchons avoisinant les 1000 kilomètres.
©REUTERS/Regis Duvignau

Péage en approche

Pourquoi il ne faut pas se fier aux embouteillages records : ce que le premier bilan de l’été nous dit sur l’impact de la crise sur les vacances

Le premier weekend du mois d'août est bien connu pour être le plus embouteillé de l'année. Malgré la crise, la France a dépassé le précédent record, avec plus de 1 000 kilomètres de bouchons. Si les vacances sont toujours abordables pour plus de Français, la réalité économique en impacte aujourd'hui le mode et le budget moyen.

Jean-Michel  Hoerner

Jean-Michel Hoerner

Professeur de géopolitique et auteur d'un livre récent, Tourisme et mondialisme, publié chez Balzac Éditeurs avec le concours de l'IEFT-IDRAC en novembre 2013.
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Atlantico : Samedi 2 août, week-end de chassé-croisé des vacances, enregistrait le record du nombre de kilomètres cumulés de bouchons avoisinant les 1000 kilomètres. Les premiers bilans de fréquentation touristique d'une région française à l'autre varient grandement. Si la Manche semble avoir bénéficié positivement du 70e anniversaire du Débarquement, d'autres régions enregistrent un bilan mitigé. En ce début de mois d'août, quel bilan des fréquentations touristiques peut-on tirer cette année ?

Jean-Michel Hoerner : Le bilan touristique du début de l'été 2014 en France n'est pas très bon, sauf exception. D'une part, la crise économique perdure et d'autre part, les conditions climatiques sont franchement mauvaises. On dit également à juste titre que des vacances par mauvais temps coûtent plus cher : par exemple, on ne se contente pas de la plage qui est souvent gratuite et on recherche des distractions forcément payantes dans divers établissements festifs. Ce qu'on appelle le tourisme populaire ou de masse, initié lors des Trente Glorieuses, juste après la dernière Grande Guerre, souffre donc particulièrement malgré un enrichissement des populations : le niveau de vie des Français a doublé des années 70 à aujourd'hui selon l'INSEE ! Cependant, on formulait les mêmes conclusions pessimistes sur les vacances l'an passé à pareille époque, ce qui signifierait autre chose : pour des raisons qu'il conviendrait de mieux comprendre, la saison traditionnelle des vacances du 15 juillet au 15 août se décalerait à compter du 1er août et même se prolongerait parfois en septembre... 

Selon un sondage CSA pour RTL réalisé au mois de juin 2014, 60% des personnes interrogées déclaraient qu'ils avaient l'intention de partir en vacances entre le 15 juin et le 15 septembre, soit une augmentation relativement à 2013 (56%). Quel impact la crise économique a-t-elle sur les vacances des Français ?

La crise économique actuelle dure depuis 2009 et beaucoup de personnes, malgré leurs moyens réduits, envisagent de tordre le cou au mauvais sort. Cela explique certains sondages plus optimistes. De toute façon, on tourne autour des 60% de départs annoncés et les variations sont infimes, d'autant que toutes les régions ne sont pas pareillement impactées. On dit souvent qu'après une année où la Bretagne estivale a connu la pluie, les touristes se font rares la saison suivante et préfèrent le midi... Cela devient surtout un sujet de conversation !

Tous les Français sont-ils impactés de la même manière par la crise du point de vue de leurs vacances ? Que dire des destinations choisies ?

Naturellement, tous les Français ne sont pas impactés de la même façon par la crise pour prendre leurs vacances. Au niveau des classes moyennes et hormis les plus aisées d'entre elles, soit environ les deux tiers de la population, on choisit ses vacances et ses destinations en fonction de ses revenus. La plupart du temps, ce sont les enfants qui justifient le départ en vacances et, naturellement, la mer et la plage sont préférées en été, le midi en outre plutôt que le Nord, en tenant compte des prix pratiqués : la Côte d'Azur est plus chère ! Peut-être que le terme "tourisme" est mal choisi et il faudrait revenir sur le concept.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la crise n'a-t-elle pas eu d'impact négatif sur les vacances des Français ? Peut-on en dire autant pour les fréquentations touristiques hexagonales ?

Bien sûr, le coût des vacances est relatif en fonction des lieux choisis et surtout du style de vacances, d'ailleurs autant en France qu'à l'étranger. En fait, des niveaux de vie en crise et des revenus plus bas ou plus incertains remettent en cause des types de vacances, voire justement des lieux dans la mesure où certains d'entre eux sont plus chers. La France, depuis les congés payés octroyés en 1936 et l'humoriste Jacques Tati, se considère comme le meilleur modèle des vacances populaires, c'est-à-dire joyeuses, chaleureuses et ouvertes à tous. Si, grosso modo, les styles de vie favorisent toujours ledit tourisme de masse bien que certaines réputations dépassent les réalités, le renchérissement des vacances depuis une cinquantaine d'années freine les départs : les hébergements coûtent plus cher, les tentations financières dans les stations touristiques sont de plus en plus fortes et, naturellement, les revenus ne suivent pas toujours. On pourrait même dire que les modes actuels accroissent la nécessité de dépenses supplémentaires...

Dans quelle mesure peut-on parler d'un tourisme de masse et d'un tourisme de classe ? Quelle est la différence ? 

On parle des vacances comme d'un fait de société, pourquoi pas, mais on aurait tort de prétendre qu'il s'agit d'un droit offert à tous sans aucune condition. Les mauvaises définitions de l'Organisation mondiale du tourisme entretiennent les confusions : lorsqu'on loge chez des amis ou des parents, par exemple, on ne serait pas touriste car le tourisme implique une dépense bien répertoriée. Oui aux "vacances de masse" mais oui encore au "tourisme de classe". On considère qu'il y a plus de 700 millions de touristes dans le monde qui dépensent plus de 1 000 milliards d'euros par an, avec une progression annuelle constante de 4%. Cette classe, qu'on appelle "classe moyenne supérieure" (je prépare un livre avec Catherine Sicart qui devrait s'appeler : "Le tourisme, une affaire de classe"), profite par exemple de l'accroissement du patrimoine financier dans le monde (20 000 milliards de dollars en 2013) et amplifie toutes les activités plus "haut de gamme" qui, justement, s'avèreraient insuffisantes en France aujourd'hui : 1ère destination mondiale mais seulement 3ème recette ! C'est pourquoi il faut parler de l'industrie du tourisme et faire la différence entre des vacances à caractère populaire et des séjours touristiques plus conséquents sur l'économie.

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