Élections de mi-mandat aux États-Unis : "Quel que soit le résultat, le grand perdant sera le citoyen" | Atlantico.fr
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À l'extérieur des États-Unis, on a tendance à sous-estimer l'importance de ces élections de mi-mandat.
À l'extérieur des États-Unis, on a tendance à sous-estimer l'importance de ces élections de mi-mandat.
©Reuters

Midterms

Élections de mi-mandat aux États-Unis : "Quel que soit le résultat, le grand perdant sera le citoyen"

À l'extérieur des États-Unis, on a tendance à sous-estimer l'importance de ces élections de mi-mandat, qui ne sont pas uniquement des élections législatives touchant les 435 sièges de la chambre des représentants et un tiers des sièges de sénateurs.

Anne Deysine

Anne Deysine

Anne Deysine est juriste (Paris II) et américaniste. Spécialiste des questions politiques et juridiques aux Etats-Unis, elle est professeur à l'université Paris-Ouest Nanterre. Enseignant aussi à l'étranger, elle intervient régulièrement sur les ondes d'Europe 1, RFI, France 24, LCI... Auteur de plusieurs ouvrages, dont "La Cour suprême des Etats-Unis" aux éditions Dalloz, ses travaux sont consultables sur son site Internet : deysine.com.

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Au plan national, il est pratiquement assuré que les républicains vont conserver leur majorité à la chambre des représentants. La grande interrogation concerne le Sénat où les démocrates sont encore majoritaires. Si les républicains gagnent, les Etats-Unis vont entrer dans une nouvelle période de divided government, ou cohabitation avec un président démocrate et les deux chambres du Congrès républicaines. À cet égard, l’issue des deux années à venir va dépendre moins de la majorité sur le papier que d'une éventuelle victoire des absolutistes ou des pragmatiques. Cela fait deux ans qu'il ne se passe rien car les républicains s'opposent à toute réforme proposée par le président Obama. Avec une majorité dans les deux chambres, ils peuvent faire passer de force un texte, l'abolition de la loi sur la santé par exemple, déjà votée par la chambre plus d'une vingtaine de fois mais sans effet puisque le Sénat demeurait démocrate. Dans la nouvelle situation, le président serait contraint d'imposer son veto. Idem pour le pipeline Keystone XL, mais un veto serait lourd de conséquences car les républicains crieraient au "président qui tue les emplois". De leur côté, les démocrates tout aussi polarisés insisteraient pour que le président, dont le rôle resterait prééminent en matière de politique étrangère et de défense, use et abuse du décret au plan interne. Ainsi, il pourrait élargir l'amnistie accordée à certains immigrants illégaux. Un premier décret avait amnistié les enfants amenés aux États-Unis dans leur jeune âge ; un second pourrait amnistier leurs parents. Ce qui susciterait la colère immédiate des républicains, qui non seulement ne veulent pas d'amnistie mais insistent sur un accroissement de la sécurité aux frontières. Dans l'hypothèse optimiste, les modérés républicains expliqueraient à leurs collègues que s'opposer à toute réforme donnerait une preuve aux électeurs qu’ils sont aussi tout aussi incapables de gouverner que les démocrates et n’ont aucune proposition concrète positive à leur proposer. Avec à la clé, le risque d’une défaite sévère en 2016. Ce n'est pas si simple car si  les modérés et les pragmatiques veulent avancer, encore faut-il qu'ils trouvent des voix dans les deux camps de façon à faire adopter des projets bi partisans. Tout dépendra du profil des élus et des calculs politiques dans l’optique des présidentielles de 2016

L’on sait moins que beaucoup va se jouer au plan des 50 Etats fédérés, car les Américains votent aussi pour leurs élus au plan de leur Etat fédéré, Exécutif, Législatif mais aussi juges dans certains Etats, procureurs, shérifs ou membres du bureau des écoles pour ne citer que quelques-uns de ces nombreux mandats électifs. Or, on sait que lorsque les républicains détiennent le pouvoir dans un Etat, ils s’empressent de voter des lois (sans possibilité de veto du gouverneur si celui-ci est aussi républicain). Ils ont ainsi depuis 2010 durci les conditions d’accès aux urnes, soit en diminuant les plages de vote anticipé (qui bénéficient plutôt aux minorités), soit en exigeant une pièce d’identité difficile à se procurer ou exigeant l’obtention d’un certificat de naissance payant. Dans tous ces cas, sont visés et éloignés des urnes des électeurs qui ont une fâcheuse tendance à voter démocrate. Et le seul obstacle serait la Cour suprême qui pourrait déclarer ces nouveaux dispositifs contraires  la Constitution. Mais à la suite d’une de ses décisions (Shelby de 2013), les exigences constitutionnelles sont dorénavant moindres et donc les Etats peuvent légiférer dans une plus grande impunité.

Dernier élément de lecture et de compréhension : dans une trentaine États, les citoyens ont aussi la possibilité de proposer des réformes par voie d'initiative directe, dès lors que la pétition a recueilli un certain nombre de signatures. Cette année encore il y en aura plus d'une centaine, certaines mineures ou de nature très technique mais d'autres destinées à mobiliser les électeurs afin de les amener à voter. Du côté républicain, il y aura ainsi des propositions pour interdire le mariage gay et du côté démocrate, des efforts pour augmenter le salaire minimum, autoriser la marijuana à usage thérapeutique ou à titre récréatif. Dans certains cas une proposition adoptée précédemment a été retoquée par les juridictions fédérales dans un autre État, ce qui prouve bien que l'objectif premier est plutôt de polariser l’électeur de façon à ce qu'il vienne déposer son bulletin de vote.

L’électeur dépossédé de son vote est instrumentalisé, d’autant plus que ces élections ont lieu dans un pays hautement polarisé dans lequel il est bombardé de publicités électorales plus négatives les unes que les autres, souvent mensongères et financées par des groupes extérieurs dans la plus grande opacité. Ceci grâce a plusieurs décisions de la Cour suprême (Citizens, Mc Cutcheon). Quel que soit le résultat,  le grand perdant sera le citoyen.

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