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A la surprise générale, le "tout-puissant" maréchal Hussein Tantaoui, ministre de la Défense devenu chef d’État de fait après la chute de Hosni Moubarak, a été disgracié par le président Morsi.
A la surprise générale, le "tout-puissant" maréchal Hussein Tantaoui, ministre de la Défense devenu chef d’État de fait après la chute de Hosni Moubarak, a été disgracié par le président Morsi.
©Reuters

Coup de pression

Égypte : le pouvoir politique est-il en train de reprendre la main sur l'armée ?

Mohammed Morsi a décidé de mettre à la retraite le maréchal Hussein Tantaoui fidèle de l'ancien président Hosni Moubarak.

Zineb Iraqi

Zineb Iraqi

Zineb Iraqi est analyste au sein du cabinet de conseil en intelligence économique et stratégique Pluris & Partners Consulting. Experte en relations internationales et en gestion de crise, elle travaille sur  les dynamiques géopolitiques et géo-économiques au Moyen-Orient  et en Afrique.

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Le président islamiste égyptien opère un tour de force majeur. En à peine six mois, Mohamed Morsi arrive à inverser une tendance installée depuis près de soixante ans : écarter l’armée du pouvoir et procéder à une redistribution des cartes au niveau politique.

A la surprise générale, le « tout-puissant » maréchal Hussein Tantaoui, 76 ans, ministre de la Défense devenu chef d’État de fait après la chute de Hosni Moubarak en février 2011, a été disgracié par le président Morsi qui profite de la vague de transition traversée par Égypte pour rendre obsolètes les dispositions attribuant de larges pouvoirs à l’armée égyptienne.

A travers ce limogeage, le président égyptien, issu des Frères musulmans, arrive non seulement à réduire en un temps record l’influence de l’armée mais prend également sa revanche sur ces militaires ayant pendant plusieurs décennies malmené la confrérie à laquelle ils appartenaient.

Qualifié de révolutionnaire contre l’armée, le président Morsi annule la déclaration constitutionnelle adoptéepar le Conseil suprême des forces armées (CSFA), en juin dernier au moment où celui-ci tenait les reines du pays, mettant ainsi un terme –ou du moins en théorie- au rôle politique de l’armée et à la répression longtemps pratiquée par celle-ci.

A noter que c’est cette même déclaration qui, à la veille des élections présidentielles, avait causé une importante crise politique entre les deux antagonistes que sont les islamistes et militaires.Pour l’heure, l’attentisme est de mise et aucune contestation de l’armée n’a encore émergé.

La situation est mitigée. Tandis que certains y voient comme le franchissement de la première étape d’établissement d’un état civil, d’autres s’inquiètent de la concentration des pouvoirs entre les mains du président, quand bien même cela venait à neutraliser le rôle de l’armée dans la gestion de la chose publique. Inquiétude d’autant plus avérée qu’il n’existe pas encore de parlement pour contrebalancer cet exécutif renforcé. De fait, en se réappropriant le pouvoir législatif, Mohamed Morsi se réserve également le droit de formation d’une nouvelle commission constituante. Cela sans parler du principe de séparation des pouvoirs interdit au président égyptien d’abroger une constitution, du fait même de sa constitutionnalité.

Face à ce contexte encore peu stabilisé, et en l’absence d’un parlement, les implications d’une pareille décision peuvent difficilement être anticipées, tant les forces en présence commencent à peine à émerger et les contours d’une véritable démocratie à se dessiner.

Il est en effet prématuré de se prononcer sur les répercussions à moyen terme de ce revirement de situation. De persécutés, les islamistes, une fois montés au pouvoir, deviennent à leur tour dominateurs et augurent par la même une nouvelle ère où, le politique prend le dessus sur le militaire.

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