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Comment lutter contre les excès 
de l'économie capitaliste ?
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économie sociale et solidaire

Comment lutter contre les excès de l'économie capitaliste ?

Personne n'en parle. Pourtant, l'économie sociale et solidaire, née au XIXème siècle, est fortement présente dans le domaine associatif : les maisons de retraite, les clubs sportifs ou encore éducatifs.

Franck Margain

Franck Margain

Franck Margain est vice-Président du Parti Chrétien Démocrate et conseiller régional UMP en Ile-de-France.

Après des études en finances, il est devenu cadre dans une grande banque internationale.

 

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Gauche et droite n’ont jamais réussi à identifier l’enjeu qui se cachait derrière l’économie sociale et solidaire : aucune initiative des gouvernements successifs de droite depuis 2002 ni aucune ligne intéressante dans le programme de 82 pages du Parti socialiste sur le sujet. D’ailleurs, très peu d’élus savent vraiment de quoi il s’agit alors que cela représente 8 % du PIB et 10 % de l’emploi en France.

Face aux organisations économiques classiques, l’économie sociale, dont on retrouve les premiers exemples au milieu du XIXème siècle, désigne l’activité économique structurée autour, entre autres, des coopératives, des mutuelles, des associations ou des fondations. Ainsi, les Mutuelles du Mans Assurances (MMA) font un chiffre d’affaire de 6 milliards d’euros et emploient 18 000 collaborateurs. Limagrain est l’un des leaders mondiaux de l’agroalimentaire, pour un chiffre d’affaire de 1,3 milliards d’euros réalisés par par 6700 employés. Il faut aussi noter que le budget cumulé des nombreuses associations françaises représente environ 60 milliards d’euros !

L’économie sociale est fortement présente dans le domaine associatif et plus particulièrement sur le secteur sanitaire et social  (entre 30 et 40 % des maisons de retraite) ou dans les secteurs culturel, sportif (clubs) ou éducatif (écoles privées).

Une approche particulière du profit

La vraie différence entre ces entités et les sociétés classiques, dites « de capitaux », réside dans l’appropriation du profit : dans une société de capitaux, les profits appartiennent intégralement aux actionnaires alors que dans une entreprise d’économie sociale, la part des profits qui revient aux adhérents ou aux sociétaires est plafonnée, voire inexistante comme dans les associations ou les mutuelles.

Il est bien évident que cela change les perspectives et les objectifs de gestion : cela veut dire que tout dirigeant doit construire un projet d’entreprise avec une contrainte de rentabilité certes présente, mais seconde par rapport à la question : entreprendre pour quels services, quels produits, en définitive, pour qui ?


La double qualité des bénéficiaires


Dans une association, une mutuelle, une coopérative, on ne peut pas (en général) être seulement adhérent ou sociétaire. On doit en même temps être client (ou utilisateur, ou producteur). Ainsi on ne pourra pas acheter des parts de banque coopérative sans en être client, des parts de SCOP (société coopérative de production) sans en être salarié, ni être sociétaire de mutuelle sans en être assuré.


Cet aspect est capital car c’est lui qui assure un alignement entre l’utilisateur et la gouvernance, et qui, bien appliqué, fait la force de ces structures : qu’on pense à la cohésion et à la motivation qui règne dans une entreprise dont les salariés valident par le vote toutes les décisions stratégiques, à la capacité d’une mutuelle à adapter ses tarifs aux besoins réels plutôt qu’à accumuler des profits qu’elle ne pourrait de toutes façons pas distribuer, le tout par une décision soumise à l’approbation de ses propres clients…


« Un homme, une voix »


Lors desassembléesgénérales de sociétaires, le nombre de parts détenues et plus généralement l’importance économique de l’activité du sociétaire ne déterminent pas le nombre de voix : le vote est parfaitement démocratique, ce qui illustre la primauté de l’homme sur le capital dans la gouvernance. On ne peut verrouiller une telle structure, les débats peuvent y être vifs et ouverts…


Faire de l’économie sociale un modèle de gouvernance


Aujourd’hui, alors que le monde entier se réveille souvent en contemplant les excès de l’économie capitaliste qui poursuit des objectifs de profitabilité souvent hors du bon sens, l’un des débats de la prochaine élection présidentielle pourrait être de réfléchir à comment faire connaître, encourager et développer l’économie sociale et solidaire, encore trop discrète, et pourtant efficace et modérée.


Pour cela, il faudrait encadrer leur développement juridique, encore trop flou aujourd’hui. Il faudrait par exemple leur permettre de pouvoir avoir plus facilement accès au crédit. Il faudrait également leur donner un interlocuteur gouvernemental (la délégation interministérielle à l’économie sociale et solidaire vient d’être supprimée).


Lorsqu’on attend de l’économie qu’elle soit de plus en plus militante, c’est-à-dire qu’elle protège l’environnement et le salarié et qu’elle prenne en compte la parole du consommateur plus que celle de l’actionnaire, l’économie sociale et solidaire pourrait servir de modèle ou d’étalon. Mais personne n’en parle…

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