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Depuis son arrestation et son inculpation dimanche, Dominique Strauss-Kahn reste muet.
Depuis son arrestation et son inculpation dimanche, Dominique Strauss-Kahn reste muet.
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Body language

DSK, le muet parle quand même...

Depuis son arrestation et son inculpation dimanche, Dominique Strauss-Kahn reste muet. Ce lundi encore, il est resté impassible au tribunal devant la juge qui a décidé sa mise en détention provisoire, laissant ses avocats s'exprimer à sa place. Mais si DSK garde le silence, les images, elles, en disent beaucoup.

Cyril Delattre

Cyril Delattre

Cyril Delattre est consultant et chef d'entreprises parmi lesquelles La Compagnie Management des Publics (à Marseille), Comme sur un fil (management des situations délicates) et Le LaboComm (laboratoire de recherche en communication).

 

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Deux actualités françaises pas si éloignées marquent notre temps... Il y a d'abord, à Cannes, le grand succès du film muet The Artistavec Jean Dujardin. Un film français totalement réalisé à Hollywood. France et Etats-Unis. Un titre américain. Aucun son. Des comédiens et un réalisateur français... Une atmosphère tout en noir et blanc. Les comparaisons s'arrêtent malheureusement là.

Voir The Artist fait semble-t-il beaucoup rire. Voir DSK sur nos écrans, pas du tout

Les images tant attendues sont dramatiques. Nous avons l'habitude d'analyser le body language des personnalités et ce sont toujours des enseignements utiles pour comprendre les profondes réalités. Pour cela, habituellement, on coupe le son. Là, c'est inutile. Visage fermé. Dents serrées. Une seule expression, grave, sévère, combatif. Les mains derrière le dos, on ne voit pas les menottes. Il fait nuit, ce qui ajoute à la dramatisation de la scène. Tout est fait pour que les images marquent les esprits ! It's part of the game ! D'abord une marche pour aller jusqu'à la voiture. Face caméras. Deux séquences, une entre deux policiers aux bras. Menottes au dos, que l'on ne voit pas cependant. Entrée dans la voiture. Deux plans répétés en boucle sur tous les réseaux TV et Web. Règle d'or de la communication efficace : un message simple, la même image répétée le plus possible. Dominique Strauss-Kahn maitrise encore son image. A un moment donné, dans la voiture, on a l'impression qu'il va baisser la tête, et en un instant il se ravise, et redresse le cou... Nous, Français, nous sentons agressés par ce type d'images américaines...  Différence culturelle essentielle : aux Etats-Unis on est d'abord coupable. Que l'on soit puissant  ou misérable, c'est pareil. 


Le visage de DSK "parle"

Les risk profilers, les spécialistes du comportement, travaillent à comprendre notamment ce qu'expriment réellement ces images muettes. En France, nous avons quelques rares spécialistes de cette discipline, dont Anne Imbert : "Hier en sortant du commissariat, il avait un visage fermé et totalement dans la détermination. Il était passible et sans agitation. Aucun signe d'une quelconque honte". C'est avec le même visage que l'on retrouve DSK à son arrivée au tribunal par la porte de derrière. Moins droit cependant. Le pardessus qui glisse sur une épaule. Dans la lumière blafarde entouré de policiers. Avoir été le numéro 2 du monde et se retrouver parmi les délinquants new-yorkais en seulement quelques heures est un séisme. 

Avec 70 ans de prison comme perspectives... Ça doit changer ses expressions, non ? Les gros plans sont cruels, pas rasé, les yeux cherchent. Anne Imbert : "On le voit acquiescer quand son avocat suggère le bracelet électronique, ou quand il explique qu'il restera à disposition de la justice américaine... Il est alors dans le combat... Mais un moment, son visage fermé bascule. La juge vient de dire "je ne souhaite pas que les parties discutent entre elles, devant la gravité des faits." Et là, on voit au delà de la culpabilité, une forme de résignation. L'évidence des actes vient de lui revenir en mémoire ! Cet homme est coupable visiblement et accepte cela, à partir de ce moment-là. Alors la vraie question est de quoi ? addiction sexuelle et pulsion de viol ou simplement, un homme qui se croyait au delà des lois ? A l'annonce par la juge du maintien en détention, une agitation apparait. Il passe d'une jambe à l'autre. C'est la manifestation corporelle d'une émotion repoussée. L'agitation survient alors que l'émotion ou la préoccupation est déjà émergée mais que l'on résiste à la ressentir ou à l'exprimer. L'agitation est là le signe d'un trop plein. Ses émotions sont soit refoulées soit contenues mais pas complètement. L'activité motrice permet alors d'évacuer un peu d'intensité et contribue à soulager un peu son psychisme. Son visage est dans la culpabilité. Il repousse l'évidence". 


Stop images. Pour une semaine

Manque cependant une image essentielle. Celle du personnage principal, de la victime selon l'accusation. Or, rien, pas une seule image, pas un mot, ni un nom, ni un prénom. Juste un âge, un compliment de son employeur, une origine ethnique. Peu de mots pour elle, peu de mots pour la femme sans doute violentée. Quels sont les faits ? En gestion de crise, nous cherchons a établir vite les éléments avérés. Pour l'anecdote, ici on entend tout et son contraire : par exemple la chambre d'hôtel est passée de 3 000 à un peu plus de 500 $.

Tout va être analysé, décortiqué. L'enquête mille fois refaite dans les médias. Et quid des véritables sujets du type "les comportements des élites" ou "la violence et l'irrespect de certains hommes envers les femmes" ou encore "puissant ou pauvre, le traitement judiciaire est-il le même ?"...

Nous les "communicants" allons triturer les mots et les images, celles des réactions, des théories du complot. Un de plus...
Les tours, Ben Laden, DSK... Quoi qu'il en soit, il faudra partir des seuls éléments à charge et à décharge. Qu'a-t-il fait ? Nous analyserons alors sa stratégie de défense. Pourquoi plaider "non coupable" ?

Quelles vont être les évidences démontrées par la police ? Connaitre et comprendre le droit américain nous sera indispensable. Non coupable permettra-t-il de plaider l'addiction sexuelle ? Et donc la maladie ? Cela permettra-t-il de le "traiter" comme tel et donc de lui apporter des soins ? Les Américains ont cette immense force de comprendre que les addictions ne sont pas une culpabilité et qu'il faut les soigner. Une porte de sortie éventuelle ?

DSK est à la face du monde dans un rôle sans lumières. De probable futur président de la République française à violeur supposé
. Ce n'est plus une simple affaire "privée"...

De son côté, Jean Dujardin continue à émerger, pour notre plus grand bien. DSK s'immerge, pour notre plus grand mal. Pour le moment... Du story telling en live !

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