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Images de DSK et Anne Sinclair : la rareté crée l'impact
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Images de DSK et Anne Sinclair : la rareté crée l'impact

DSK au tribunal, Anne Sinclair qui lui vole la vedette dans son rôle de digne épouse, autant d'images et de récits durablement installés dans notre inconscient collectif, et qui ne sont pas près de disparaître. L'analyse d'une sémiologue.

Virginie Spies

Virginie Spies

Virginie Spies est sémiologue de l'image et analyste des médias, maître de Conférences à l’université d’Avignon. Virginie Spies est l'auteur de Télévision, presse people : les marchands de bonheur (De Boeck, 2008). Elle publie également des vidéos sur la chaîne YouTube, Des Medias Presque Parfaits.

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Atlantico : Les images fortes de l'affaire DSK s'effaceront-elles avec la fin probable des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn aux États-Unis ?

Virginie Spies : Il y a des images fortes dans cette histoire car il n'y a pas d'images. Quand il y en a beaucoup, comme pour le 11 septembre - même si c'est incomparable - le discours écrit et oral finit par se diluer. Or, dans l'affaire DSK, on n'a presque rien. Les faits sont restés invisibles, et on a simplement eu accès à quelques images, comme celles du tribunal, qui deviennent fortes faute d'en avoir d'autres. Ce sont toujours celles-là que l'on va retrouver et revoir. Ces images accèdent au rang de symbole car il y a un déficit. Et c'est aussi pour cela qu'il y a une accumulation de diversions. Paris Match montre des images de la cellule où il a passé une nuit, on nous montre beaucoup d'images vides de la prison, etc.

Dans les images qui resteront, on retient d'abord celle des deux policiers qui tiennent Dominique Strauss-Kahn pour qu'il ne tombe pas, car il a les mains menottées dans le dos. On a l'impression qu'ils l'empêchent de se sauver. Cette image est d'autant plus forte qu'elle était extrêmement attendue et médiatisée. Il y a ensuite celles du tribunal, notamment celle où il est assis à côté de deux policiers et où l'on voit les menottes. De manière signifiante, cela renvoie évidemment à l'emprisonnement.

Ces images sont marquantes car on avait dans la tête un autre DSK, qui se trouve supplanté dans la mémoire collective par un homme enfermé et/ou abattu.

Combien de temps ces images vont-elles rester ?

Un bon moment. Mais le propre de ces images médiatiques est de disparaître les unes après les autres au profit d'autres images médiatiques, à moins d'être aussi fortes que celles du 11 septembre, par exemple. Les images fortes qui vont rester sont celles de sa femme. Il faudrait compter, mais il y a dû y avoir autant d'images d'Anne Sinclair que de lui-même. Elle a été énormément photographiée, décrite - c'est une femme de médias, et elle sait comment faire. On l'a vue à ses côtés, mais aussi lors de sa première apparition, seule au tribunal lorsqu'elle arrive pour le rejoindre.

C'est un aspect que l'on sous-estime souvent, comme cela a été le cas au moment du divorce de Nicolas Sarkozy en 2007. Dans mes analyses des médias de l'époque, je me rappelle que l'on parlait beaucoup plus de Cécilia Sarkozy que de lui.

On se focalise sur les épouses car on arrive à un point où l'on a fait le tour du sujet et où l'on cherche à continuer le récit avec autre chose. Pour cela, le conjoint est idéal, pour peu qu'il soit médiatisé. Il y a eu les unes de magazines en France, mais elle a aussi été observée aux Etats-Unis, où elle a été comparée à Hillary Clinton. Anne Sinclair a elle-même permis aux médias de continuer le récit car elle est rentrée en France, où elle est devenue grand-mère. C'était idéal en donnant l'image du bonheur et de la reconstruction dans la famille. Ce discours s'est décliné aussi bien du point de vue du storytelling que des images.

Qu’est-ce qui a rendu le récit de l’affaire DSK aussi captivant ?

C'est une affaire qui est très forte pour les médias dans le sens où elle emprunte au récit des fictions policières américaines qui sont celles qui fonctionnent le mieux en France. Cela renvoie à tout un univers que les Français ne connaissent pas en réalité, mais avec lequel on est familier via les récits de fiction. En tant que spectateur, on aime bien avoir des éléments qui nous raccrochent à quelque chose. "Il faut rattacher de l'inconnu et du connu", comme disait Freud.

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