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De la droite décomplexée à la droite subversive ?
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Grandes tendances

De la droite décomplexée à la droite subversive ?

Jacques Leclercq propose de décrypter les grandes tendances qui composent « La droite de la droite » au sens large, en y incorporant les formations plus radicalisées que les partis qui constituent la Droite parlementaire actuelle (Extraits).

Jacques Leclercq

Jacques Leclercq

Jacques Leclercq est l'auteur de Dictionnaire de la mouvance droitiste et nationale (2008) et de Droites conservatrices, nationales et ultras (2010) parus chez L’Harmattan.

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Sur les grandes lignes concernant ce camp politique depuis 2010, il convient de noter le rebond du Front National (FN). Loin de se déliter et de s’effacer de la vie politique, il regagne du terrain. Les voix qui lui avaient été « syphonnées » par Nicolas Sarkozy retournent vers lui, les anciens électeurs frontistes ne percevant pas nettement de changement, sinon que dans un premier temps ils assistèrent à un gouvernement multicolore, avec des gens de gauche qui ont été débauchés par le Président de la République. Et il faudra encore du temps pour les convaincre à nouveau de voter en faveur de l’UMP, même en durcissant à droite le discours. C’est ce qui est fait actuellement par le ministre de l’Intérieur Claude Guéant, assisté par des conseillers orientés franchement à droite, comme Patrick Buisson et plus récemment Guillaume Peltier, ancien frontiste puis second du Mouvement pour la France de Philippe de Villiers. Or, ce revirement à droite de Nicolas Sarkozy pourrait fort bien lui jouer un tour, les électeurs voyant d’un œil critique ce déplacement de stratégie juste avant des élections cruciales. Ils préféreront peut être « l’original à la copie » ?

En outre, il existe un aiguillon pour droitiser l’UMP : La Droite populaire avec sa quarantaine de députés déterminés à faire pencher la balance plus à droite. A ce jeu-là, la frontière idéologique entre UMP et Front national s’amenuise de jour en jour, la surenchère quant à l’immigration ou l’islam étant au cœur des débats.

Une des vraies questions sera l’attitude de certains députés de la droite classique aux législatives, tentés pour sauver leur siège de s’allier avec le Front.

Y aura-t-il alors des élus frontistes aux Législatives, ou faudra-t-il attendre cinq ans ? La stratégie dite de la « dédiabolisation » va-t-elle vraiment donner ses fruits ?

L’autre grande tendance émergeante est constituée par les « populistes », dont font partie aussi bien la Droite populaire que le Front national et le Bloc identitaire. On peut comprendre ce type de mécanisme comme trans-courants. Ils tendent à reprendre les schémas des partis populistes qui fleurissent en Europe et obtiennent des élus dans les hautes assemblées, voire des postes de députés comme le LAOS (parti Alarme populaire orthodoxe) en Grèce. Ainsi, le Bloc identitaire fraye avec un responsable de la Ligue du Nord italienne, qui avoue que cette étiquette ne change en rien ses positions politiques réelles d’extrême droite. Un Bloc qui n’en peut plus d’aligner action spectaculaire sur action spectaculaire afin de conserver ses troupes qui constituent un vrai petit parti. Mais qui tend à montrer ses limites, sans compter que ses dirigeants tendent à prendre de l’âge, et certains seraient bien tentés de faire cause commune avec le Front mariniste, pour ainsi glaner quelques circonscriptions aux Législatives.

Marine Le Pen est convaincue que les propos durcis de l’UMP lui seront profitables. Une fille qui prend les rênes du parti fondé par son père, devenu parfois quelque peu encombrant pour certains de ses propos. Cette passation de pouvoir ne change en rien la ligne politique sur le fond. Ce qui distingue la fille de son père, c’est avant tout l’utilisation d’une communication moderne, assortie de termes plus faciles à entendre, comme la « priorité nationale » qui supplante la « préférence nationale ». Un peu de chirurgie esthétique donc, avec l’image d’une jeune femme moderne voire moderniste, ce qui lui reprochent justement ses opposants.

Des opposants qui ont été battus à plate couture lors des premières élections du nouveau président où votaient directement les adhérents, certains soutiens de Bruno Gollnisch étant écartés ou quittant les lieux vers d’autres contrées. Comme celle du Parti de la France de Carl Lang, qui voudrait bien participer aux prochaines élections sous le couvert de l’Union de la Droite Nationale (UDN), avec la participation officielle du Mouvement national républicain de Bruno Mégret et la Nouvelle Droite populaire de

Robert Spieler, soutenus de façon non officielle par toute une série de groupuscules encore plus à droite, c’est-à-dire situés à l’ultra-droite.

Le courant catholique traditionaliste, notamment à travers les récentes actions de Civitas contre des spectacles jugés « blasphématoires », a réussi à entraîner dans son sillage nombre de monarchistes, certains de ses derniers déclarant dans une enquête où plus de 1 730 militants répondirent, qu’ils sont souvent syndicalisés, y compris à la CGT et à SUD ! Les manifestations de rue organisées par Civitas réunissaient jusqu’aux courants islamistes comme le Parti antisioniste. De telles alliances contre-nature tendent à se multiplier, telle celle qui rapproche certains frontistes aux radicaux de la Ligue de Défense Juive, la LDJ, pour des raisons tactiques.

Pour ce qui concerne les groupes comme le Mouvement pour la France, le Centre national des indépendants et paysans, Debout la République ou la Droite libérale et chrétienne, cette année sera des plus cruciales.

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Extraits de De la Droite Decomplexee a la Droite Subversive Dictionnaire 2010 2012, L'Harmattan (27 février 2012)

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