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Douche froide : l'INSEE revoit en nette baisse l’évolution du solde naturel français

D’après un bilan publié par l'INSEE concernant l'année 2016, le nombre de naissances en France a baissé de 4.06% depuis 2010, alors que le nombre de décès a progressé de 7.7% sur la même période.

Atlantico : Selon le bilan démographique publié par l'INSEE concernant l'année 2016, le nombre de naissances en France a baissé de 4.06% depuis 2010, alors que le nombre de décès a progressé de 7.7% sur la même période, faisant passer le solde naturel d'un chiffre de 281 581 à 189 775, soit une chute de 32%. La France risque-telle, en suivant une telle tendance, de se retrouver dans une situation d'inversion des courbes et d'afficher ainsi un solde naturel négatif, dans les années à venir ?

Michèle Tribalat : Si l’on veut avoir une idée de l’évolution, il vaut mieux prendre les données sur la France métropolitaine, car l’introduction de Mayotte dans les données France entière en 2014 brouille un peu les choses, et aller jusqu’en 2017, année pour laquelle l’Insee a d’ores et déjà une estimation du nombre de naissances et de décès. De 2010 à 2017, le nombre de naissances serait ainsi passé de 802 000 à 728 000, soit une diminution de 9,3 %. Et la baisse continue sur les quatre premiers mois de 2018 déjà renseignés. La fécondité a aussi diminué de 8 %, passant de 2,01 en 2010 à 1,85 en 2017. Le nombre de décès a augmenté de 11,5 % sur la même période. Ce qui a fait chuter le solde naturel à 125 000 en 2017, contre 262 000 en 2010. La perspective d’un solde naturel négatif qui caractérise déjà d’autres pays européens est évidemment envisageable, mais pas tout de suite. Le solde naturel est négatif depuis 2 ans dans la zone euro. Il l’est dans l’UE sans le Royaume-Uni, et depuis de nombreuses années en Allemagne, en Italie, en Hongrie, en Pologne…

Si l’on regarde les projections de l’Insee (2013-2070) pour la France avec les Dom sans Mayotte, les hypothèses retenues en matière de fécondité ont été très optimistes. Notamment l’hypothèse centrale qui anticipe un indicateur conjoncturel de 1,95 maintenu constant à partir de 2016, alors qu’il est déjà descendu en-dessous de 1,90 en 2017. Dans cette projection centrale, le point le plus bas du solde naturel serait atteint en 2059 avec un peu plus de 40 000 naissances en plus que de décès. Mais, lorsqu’on compare le solde naturel des quatre premières années de projection, à celui enregistré (ou estimé pour 2017), on observe une surestimation croissante dans la projection qui culmine à + 71% en 2017. Dans d’autres jeux d’hypothèses où la fécondité est dite basse (descendant à 1,8 enfant par femme en 2020 pour s’y maintenir ensuite, ce qui est loin d’être fantaisiste) le solde naturel devient négatif entre 2041 et 2059 selon les autres hypothèses (solde migratoire et espérance de vie à la naissance).

A quoi peut-on s'attendre de cette situation concernant l'immigration ? Quel pourrait être l'impact de l'affaiblissement du solde naturel négatif juxtaposé au maintien des flux actuels d'immigration sur la structure de la population ?

La hausse du nombre des décès liée au vieillissement de la population n’est pas le problème principal. Ce sont les baby-boomers qui vont mourir. Restera ensuite le vieillissement lié à l’amélioration de l’espérance de vie. C’est l’évolution de la fécondité et celle concomitante du nombre de naissances, si la fécondité devait continuer de baisser, qui sont plus problématiques.

Aucune projection de l’Insee ne permet de répondre précisément à la question que vous posez. L’Insee projette un solde migratoire global qui, je le rappelle, fait la moyenne entre un solde migratoire négatif des natifs et un solde positif des immigrés (voir http://www.micheletribalat.fr/439133848). Il ne distingue pas, comme le fait la Suède par exemple, les personnes nées dans le pays de celles nées à l’étranger que la Suède projette séparément (voir http://www.micheletribalat.fr/440085135). Seules les projections du Pew Research Center (voire http://www.micheletribalat.fr/436796788), qui ont fait parler d’elles récemment, posent la question de ce qui se passerait si les flux connus récemment en Europe devaient perdurer. Au contraire, la Suède qui a été pourtant particulièrement touchée par la crise migratoire anticipe, dans ses projections, un retour à la normale.

Mais, il est clair que la population d’origine étrangère (sur deux générations : immigrés et enfants d’immigrés) augmenterait. Elle était de 20,5 % en France métropolitaine en 2015. Elle est appelée à croitre dans les années qui viennent. En Suède, où l’afflux a été particulièrement important, la proportion de personnes d’origine étrangère (au sens suédois élargi : nés à l’étranger ou en Suède d’au moins un parent né à l’étranger) est passée de 21,4 % au 1er janvier 2003 à 31,6 % au 1er janvier 2018 : + 10 points en quinze ans seulement.

Si la forte hausse du nombre de décès peut être considérée comme le résultat de la structure de la pyramide des âges, à quoi faut-il s'attendre pour les années à venir ? Un pic de décès est-il à attendre dans les prochaines années avant une décrue du nombre de décès ?

Dans la projection centrale de l’Insee (2013-2070) pour la France (Dom compris, sans Mayotte), le nombre de décès augmente progressivement au fil des ans jusqu’à atteindre un pic autour de 750 000 décès au début des années 2060 (à comparer à environ 602 000 en 2017), pour diminuer légèrement ensuite.

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