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Donald Trump, l'homme qu'on aime haïr en France
©Reuters

Western à la française

Donald Trump, l'homme qu'on aime haïr en France

Il est milliardaire, fort en gueule, et veut faire la guerre aux musulmans. C'est suffisant, non ?

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Si Donald Trump remporte l'élection américaine, une partie de la France sera en deuil. S'il perd, l'explosion de joie chez cette même partie de la France frisera le délire. Eh oui, c'est comme ça que nous sommes ! Une exception en Europe où le duel Trump-Clinton suscite des prises de position et des réactions contrastées mais dépourvues de l'hystérie hexagonale.

Un psychanalyste curieux pourrait se pencher avec intérêt sur la presse française assujettie à sa clientèle d'intermittents de la pensée dont la chapelle fut la place de la République avec la Nuit Debout. Il découvrirait une sorte de colère obsidionale nourrie par un ressentiment rageur. Et il s'interrogerait sur les ressorts enfouis de cette détestation pathologique. Très vite, il comprendrait que c'est la haine, cuite et recuite, de l'Amérique qui fournit les pierres nécessaires à la lapidation de Trump.

La gauche – et surtout l'extrême gauche – ne sait plus aimer, n'a plus qui aimer. C'est pourquoi elle parvient, par compensation, à haïr. Pour elle, Trump, c'est l'Amérique telle qu'elle la caricature pour mieux la détester. L'anti-américanisme (que l'extrême-droite partage parfois avec elle) est l'une des rares pulsions qu'il lui reste. Et Trump est dans ce domaine une véritable aubaine. Il est milliardaire. Formidable : le dollar est haïssable ! Il cherche et capte les voix de l'Amérique blanche. Génial : il sera décrété raciste ! Il est vulgaire avec les femmes. Merveilleux : en tant qu'animal machiste, il sera qualifié de misogyne ! Il se méfie des musulmans. Inespéré : le candidat républicain sera estampillé islamophobe !

Que du bonheur ! Les médias, et en particulier ceux du service public, servent du Trump dégoûtant, méchant, idiot, à toutes les sauces et à tous les moments. Dans les rédactions, des journalistes en transe interpellent leur rédacteur en chef : "Il y a un mannequin qui déclare que Trump a voulu la sauter !". "Youpi ! Tu m'en fais trois feuillets. Et ce sera pour la Une".

Mais Trump n'est-il pas quand même, et un peu, le trublion vulgaire qu'on décrit ? Bien sûr que si. Il est l'Amérique mal élevée, simple et fruste à laquelle nous préférons (et moi le premier) celle ironique et complexe de Woody Allen. On est en droit de ne pas aimer cette Amérique-là. Reste que hurler à la mort contre les saloons comme on le fait dans nos salons en dit beaucoup plus sur nous que sur l'Amérique. Le petit Gaulois de gauche peint en rose, en rouge, avec un zeste de vert écologique, flatte son propre égo en vociférant contre le colosse américain.

Oui, il a lutté contre l'abominable George W. Bush, mais, hélas, ce n'est pas lui mais un justicier nommé Ben Laden qui a châtié l'arrogante Amérique ! Oui, il s'est dressé contre l'Empire et ses banques Lehman Brothers, Goldman Sachs ! Oui, il a protesté de toutes ses forces contre l'horreur de Guantanamo ! Oui, épuisé par tant de combats héroïques, il est rentré chez lui et a dit à sa femme, fiancée, compagne : "Si tu savais ce que je leur ai mis aux Américains !".

Mais le petit guerrier français de gauche est quand même infatigable. Il continuera à haïr l'Amérique avec ou sans Trump. Il n'a pas aimé Obama pour ce qu'il était mais parce qu'il avait terrassé Bush. Il n'aime pas non plus Hillary Clinton : il voit juste en elle celle qui, peut-être, aura la peau de l'affreux Trump. C'est à se demander si la victoire du milliardaire américain ne comblerait pas ses désirs les plus profonds : il pourrait alors haïr, à fond et sans retenue, l'Amérique pendant au moins quatre ans...

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