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Dominique Strauss-Kahn à la Une du Daily News.
Dominique Strauss-Kahn à la Une du Daily News.
©Reuters

Héros de thriller

DSK n'existe pas

Nafissatou Diallo dans les médias américains : nouvel épisode d'une "affaire DSK" qui n'en finit plus de ressembler à un feuilleton TV. L'écrivain Antoine Laurain revient ainsi sur le "personnage Dominique Strauss-Kahn" qui lui rappelle les héros de Feydeau, Simenon ou De Palma.

Antoine  Laurain

Antoine Laurain

Antoine Laurain est écrivain et journaliste.

Il est l'auteur de trois romans: Ailleurs si j'y suis (Le Passage, 2007), Fume et tue (Le Passage, 2008) et Carrefour des nostalgies (Le Passage, 2010). Il collabore à différents magazines dont Palace-Costes et le mensuel satyrique l'Echo des savanes.

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Non, Dominique Strauss-Kahn n’existe pas. Il n’est qu’un personnage qui a traversé le théâtre et le cinéma depuis le début du vingtième siècle et se matérialise dans la réalité le temps d’une étreinte sauvage. Un héros inventé sous la plume des auteurs qui s’incarne et se réincarne depuis toujours. Tantôt comique-tantôt tragique, derrière le maquillage c’est la même créature. Des témoins l’ont vu - même dans le plus simple appareil - brièvement pour la plupart, puis il a disparu. Aperçu en Porsche place des Vosges, puis dans un hôtel à New-York. Huit ans plus tôt, dans un appartement vide à Paris… et maintenant, plus loin encore, dans un bureau. Car après la fille, c’est la mère… Anne Mansouret, la maman de Tristane Banon, contre toute attente révèle à son tour une « relation » avec Dominique Strauss-Kahn. Une relation consentie mais clairement brutale, selon ses dires, qui se serait déroulée dans un bureau de l'OCDE.

Le feuilleton continue, à la manière d’un thriller écrit par Feydeau. Le génial auteur qui donna aux tromperies et coucheries leurs lettres de noblesse n’aurait pu qu’être fasciné par le personnage de DSK. A lui tout seul, il réuni les héros d’Hôtel du libre échange (sic), de Monsieur chasse (sic) et du célèbre Système Ribadier où ce personnage qui trompe constamment sa femme Angèle, possède le don d'hypnotisme et en profite pour endormir son épouse lors de ses escapades, la réveillant à son retour grâce à un truc que lui seul connaît. Jusqu’au jour où tout se détraque. Anne Sinclair, l’épouse qui « ferma les yeux » si longtemps, incarne à merveille une Angèle de la réalité. Ribadier-DSK possède toutefois une variante avec les tromperies de Feydeau : pas de liaison chez lui, on notera que les témoins de Nafissatou Diallo à Tristane Banon - et désormais sa mère - parlent toutes d’une « relation sexuelle ». Unique, brève, violente d’après leurs dires.

Si l’on prête à DSK de multiples conquêtes, aucune jusqu'à présent ne s’est fait connaitre pour infirmer les versions des trois précédentes. Aucune pour dire qu’elle a passée un bon moment avec lui, que s’il est brutal ce n’est pas pour lui déplaire. Rien. Silence radio. Mystère sur ces milliers d’orgasmes fantômes. Un peu comme Georges Simenon qui avouait 8000 femmes mais pour qui, là aussi, les témoignages concrets sont rares. Pourtant les histoires sur la vie débridée de l’auteur de Maigret sont si nombreuses qu’on ne peut douter un instant que le fond soit vrai. « Je vous fais peur ? » était parait-il le SMS récurrent qu’il envoya à mademoiselle Banon et de Feydeau on bascule dans le film noir. Pas à la Simenon, mais plutôt à la Brian de Palma - époque Pulsions ou Body double - tant l’affaire DSK fonctionne en poupées russes, doubles fonds et flashbacks. Lui-même devenant dès lors un de ces monstres de cinéma qui fascine le public. Tristane Banon-Clarice confrontée à Hannibal-DSK, mais, contrairement au film, il n’y avait pas de glace de sécurité et Hannibal s’est jeté sur Clarice. Depuis Tristane Banon entend les agneaux gémir dans le noir - sa plainte officiellement déposée serait le seul moyen de les faire taire.

La  vie de ce "docteur FMI et Mister Sex" reste - malgré que tout soit désormais étalé sur la place publique - semblable à la définition que Louis Jouvet donnait du personnage de Knock : « une énigme ». Cet homme qui se dit médecin et convertit à la consultation régulière tout un village. C’était la dernière mutation de DSK, Docteur FMI s’apprêtait à convertir toute la France à son élection, puis, comme dans le Système Ribadier, tout à dérapé. Le thriller et la farce se sont confondus dans une mécanique folle, plus personne ne contrôle les rebondissements. DSK n’existe pas, il s’incarne. La dernière fois qu’on l’a vu, il tenait le rôle d’un figurant dans une salle de concert du Massachussetts.

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