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"Sans Nicolas Sarkozy, il n’y aurait pas au gouvernement ces personnes issues de la diversité"
"Sans Nicolas Sarkozy, il n’y aurait pas au gouvernement ces personnes issues de la diversité"
©Reuters

Gouvernement arc-en-ciel

"Sur la diversité, François Hollande ne pouvait pas revenir en arrière sur les progrès que l’on doit à Nicolas Sarkozy"

Najat Vallaud-Belkacem comme porte-parole du gouvernement, Christiane Taubira place Vendôme, Victorin Lurel à l'outre-mer... Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault fait une grande place à la diversité. L'ancienne présidente de la Halde s'en félicite et rend hommage à Nicolas Sarkozy, qui le premier a su donner des postes d'importance à des ministres non issus du sérail.

Jeannette  Bougrab

Jeannette Bougrab

Jeannette Bougrab, docteur en droit de la Sorbonne, ex-présidente de la Halde et ancienne ministre, est aujourd'hui membre du Conseil d'État. Elle est l'auteur de Ma République se meurt, Maudites et Lettre d'exil qui ont rencontré un grand succès en librairie.

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Atlantico : Jean-Marc Ayrault s’est félicité ce mardi sur France 2, après la présentation de son gouvernement, de la présence de la diversité dans les nominations. Est-un sentiment que vous partagez ?

Jeannette Bougrab : Il y a eu un effort fait sur la diversité, on ne peut pas le nier, notamment à travers la nomination de Christiane Taubira comme Garde des sceaux, de Victorin Lurel à l’outre-mer, de Georges Pau-Langevin à la réussite éducative ou encore de Najat Vallaud-Belkacem, qui se retrouve porte-parole. Elle est donc le nouveau visage du gouvernement. Sans oublier Kader Arif, fils de harki, nommé aux Anciens combattants, ou Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée des PME, de l'innovation et de l'économie numérique. Yamina Benguigui est maintenant en charge des Français de l’étranger. Ce qui est paradoxal, c’est qu’on avait beaucoup été critiqués par la gauche pour la création d’un tel portefeuille, et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault le conserve ! Ce n’était donc pas une si mauvaise idée…

Sur la question de diversité, leur objectif a été atteint, avec notamment l’important poste de Garde des sceaux confié à Christiane Taubira, qui est une députée remarquable, pour laquelle j’ai beaucoup d’estime. En revanche, on peut regretter que, s’agissant de la jeunesse qui devait être le grand chantier du quinquennat, le ministre en charge se trouve au 17e au rang protocolaire. On peut regretter aussi qu’un grand ministère régalien comme la Défense ne pointe qu’au 11e au rang protocolaire compte tenu des enjeux internationaux. Comme il a été dit dans la campagne, c’est bien la preuve que pour créer des postes de profs, c’est le budget de la Défense qui va souffrir.

Peut-on dire que Nicolas Sarkozy a en quelque sorte ouvert la voix en 2007 ?

Tout à fait. Il a créé un précédent. C’est ce qu’on appelle l’effet cliquet dans la jurisprudence constitutionnelle : on ne peut pas revenir sur des progrès qui ont été faits. Sans l’impulsion donnée en 2007, il n’y aurait certainement pas au gouvernement aujourd’hui autant de personnes issues de la diversité, qui ont par ailleurs bien sûr des compétences et des qualités, comme Fleur Pellerin, énarque, passée par la Cour des comptes ou Najat Vallaud-Belkacem qui a fait Sciences Po... C’est devenu quelque chose de naturel, aujourd’hui, de nommer des personnes issues de la diversité et cela, on ne le doit pas à la gauche mais au président Sarkozy qui avait ouvert la voie en nommant notamment Rachida Dati Garde des Sceaux.

Cela n’a pas toujours fait plaisir à sa majorité de l’époque, mais il l’a fait car il était convaincu qu’il fallait faire venir au gouvernement une nouvelle génération, de nouvelles personnalités ayant un profil différent des énarques classiques. L’histoire retiendra que ce fut un big-bang dans la vie politique française ! Je pense que sans Rachida Dati à la Justice il y a cinq ans, il n’y aurait pas eu Christiane Taubira en 2012.

Je suis heureuse que cet héritage soit préservé en matière de diversité et de méritocratie. Je suis heureuse qu’il nous ait donné, à nous qui ne sommes pas du sérail, la chance de pouvoir représenter notre pays.

Il n’y a par contre pas de ministère à l’égalité des chances…

Il y a la réussite éducative, avec Georges Pau-Langevin, ce qui fait sens car pour les enfants d’ouvriers et d’employés, la réussite scolaire est déterminante pour sortir du système de reproduction sociale. Il y a aussi un ministère de l’égalité territoriale et du Droit des femmes avec Cécile Duflot, ce n’est donc pas tout à fait vrai.

Sur cette question, comment s’engagent les élections législatives ?

Je crains que le Parti socialiste fasse mieux en terme de représentation de la diversité que l’UMP, c’est dommage. Même s’il y a des candidats qui sont investis, comme Salima Saa qui est la plus emblématique, investie à Roubaix. Il y a aussi Chenva Tieu ou Nathalie Fanfant à Paris… Il y en a quelques uns. Les législatives sont un véritable enjeu car il faut que l’Assemblée nationale soit la plus représentative possible de la diversité de la société française. C’est le dernier bastion qui doit tomber.

 

Propos recueillis par Morgan Bourven

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