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Dissolution, remaniement, crise de régime : petit tour des hypothèses que la faiblesse du pouvoir suscite dans le microcosme politique

François Hollande n'ira pas au 96e congrès des maires de France. Une décision qui ne semble pas sans lien avec l'impopularité grandissante du président de la République.

L’impopularité historique de François Hollande inspire autant qu’elle inquiète. En effet, elle mène les différentes forces politiques du pays et les observateurs à imaginer, voire à fantasmer des scénarios parfois surprenants quant au déroulement de la suite du quinquennat du président socialiste.

Atlantico : Le Parisien a révélé des rumeurs de dissolution de l’Assemblée nationale  au sein de la gauche, tandis que la droite fantasme déjà un Jean-François Copé à Matignon. Dans quelle mesure cela est-il crédible ? Ce scénario l’est-il seulement ?

Carole Barjon : Je vois mal comment la dissolution pourrait intervenir maintenant puisque François Hollande serait quasiment certain de connaitre une importante défaite. Cela est de l’ordre de la solution institutionnelle que tout le monde agite parce que tout le monde cherche les solutions restantes mais ce serait vu comme un coup politicien à long terme. Ce n’est pas très sérieux.

Guillaume Tabard : Je ne crois pas cela crédible pour la simple et bonne raison que provoquer des législatives anticipées serait un suicide politique. Tout le monde se souvient de 1997, et avant de 1993, ce à quoi aucun président de la République n’aspire. Or François Hollande, s’il faisait cela, se retrouverait très probablement avec une majorité de droite, voire une très large chambre à droite. Son ultime rempart réside dans les institutions qui lui garantissent au moins la durée.

Plus probable, un remaniement semble de plus en plus inévitable. Quelle forme pourrait-il prendre ? Il se dit que Manuel Valls est "blacklisté" des prétendants à ce poste. Qu’en penser ?

Carole Barjon : Le remaniement est probable mais il est supposé aller de pair avec une nouvelle donne. Ce doit être un sursaut qui passe par un changement significatif de Premier ministre. S’il remplace Jean-Marc Ayrault par quelqu’un de gris, sans largeur, cela ne présente aucun intérêt. Se pose ainsi la question de Manuel Valls, qui apparaît comme plausible tant sa popularité est grande…

Guillaume Tabard : Le remaniement peut avoir deux formes, l’une qui comporte le changement de Premier ministre, l'autre, pas. Quoi qu’il en soit, l’ampleur du désaveu de la gauche implique forcément un remaniement d’ampleur. Le seul candidat au poste qui pourrait avoir une telle portée dans l’opinion est évidemment Manuel Valls mais cela engendrerait d’important problème de gestion de la majorité, tant il est apprécié à droite et critiqué par l’aile gauche du PS, et celle qui est encore plus à gauche de celle-ci. La solution semble donc peu intéressante pour François Hollande, qui en tant que président impopulaire, s’il appelait comme Premier ministre le seul homme populaire de son gouvernement, créerait une sorte de cohabitation interne à la gauche, puisqu’en quelque sorte il s’en remettrait complétement à lui.

Quelles sont les autres scénarios plausibles pour la suite de ce quinquennat dans la situation actuelle ?

Guillaume Tabard : Une option peu évoquée est celle d’un vote de confiance que demanderait François Hollande à l’Assemblée nationale. Sa fragilité politique est en partie due aux critiques de certains de ses alliés et la critique de son autorité. En faisant cela, il pourrait ainsi faire d’une pierre deux coups. Il ferait preuve de fermeté et contraindrait notamment les Verts soit à lui faire allégeance sur un programme plus clair, soit à sortir de la majorité et à entrer dans l’opposition.

Carole Barjon : Les solutions à la disposition de François Hollande ne sont pas bien nombreuses et on entend dans les allées du pouvoir l’idée de la stratégie du dos rond. Ainsi, plutôt que de procéder à un remaniement à court terme, celui-ci pourrait se passer dans le temps, à court terme. Après les municipales ou les européennes par exemple. Celui-ci ne me semble toutefois pas imaginable sans les alliés actuels de François Hollande pour une raison simple : les élections présidentielles ont un premier tour et le président n’a pas intérêt à ce qu’il y ait trop de candidats de gauche à ce dernier.

Michel Soudais : Il y a un scénario qui n’est jamais évoqué mais qui me semble intéressant à regarder : les pressions que la gauche elle-même pourrait faire peser sur François Hollande. Sommes-nous sûrs que la réforme des retraites va totalement être soutenue par la gauche ? Au passage précédent, 47 députés se sont abstenus et si la situation empirait, ces gens qui se disent qu’ils n’ont pas été élus pour ça disposent d’un important moyen de pression. Ils pourraient exiger de François Hollande une politique plus à gauche, plus écologiste peut-être, une politique plus sociale pour la France et une plus grande fermeté vis à vis de l’Allemagne et des institutions européennes.

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