Disparus de la scène politique, les syndicats veulent reprendre la main | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT appelle, avec la CFDT, les autres syndicats à "se réunir face à la gravité de la situation du pays"
Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT appelle, avec la CFDT, les autres syndicats à "se réunir face à la gravité de la situation du pays"
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Disparus de la scène politique, les syndicats veulent reprendre la main

Alors que les syndicats de salariés avaient disparu des écrans radars, la CFDT et la CGT sont, hier soir, sortis de leur mutisme en invitant "tous les autres syndicats à se réunir face à la gravité de la situation du pays". Laurent Berger de la CFDT et Thierry Lepaon de la CGT ont rédigé une lettre adressée aux dirigeants de FO, CFTC, CFE-CGC, UNSA, SOLIDAIRE et FSU. Le banc et l’arrière-banc du syndicalisme français est invité à réagir à une situation complexe et surtout à des risques de débordement des mouvements revendicatifs.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

Voir la bio »

Concrètement, les leaders de la CGT et de le CFDT proposent une réunion le 25 novembre et annoncent qu’ils défileront ensemble à Lorient samedi prochain. Cette démarche montre à quel point les syndicats français sont, aujourd’hui, hors-jeu. Ils n’ont aucune proposition alternative à la politique économique. Ils prônent encore très timidement une relance par la demande alors qu'ils savent que ça ne servirait à rien. Ils n’ont pas d’avis sur la fiscalité, pas d’avis sur le budget, pas d’avis sur le pouvoir d’achat etc.

[LES AUTRES ARTICLES DE VOTRE ÉDITION ATLANTICO BUSINESS]

Tout se passe comme si les syndicats étaient tétanisés par les évènements  sociaux qui balayent la France et par l’incapacité du gouvernement à peser sur les grandes orientations. Donc, ils ne s’en mêlent pas. C’est tout juste s’ils participent aux luttes locales qui accompagnent des fermetures d’usine. Pour l’essentiel, ils sont complètement absents du débat. Les bonnets rouges, les pigeons, les poussins, les routiers, les entrepreneurs, les agriculteurs, tous les contribuables qui agitent le drapeau de la révolte en France ne sont pas arrimés à des syndicats. Les grandes centrales syndicales sont même très méfiantes à l’égard de ces mouvements qu'elles considèrent comme très poujadistes.

Alors si les syndicats veulent revenir dans le jeu, on ne voit pas comment, avec quelle discours et auprès de quelle population.

Beaucoup dans la classe politique et patronale se réjouissent de l’affaiblissement des syndicats. Ils ont tort, mieux vaudrait des syndicats fortement représentatifs, capables de faire des propositions et participer à la construction de compromis sur les grande réformes.

La situation actuelle est très dangereuse, pour trois raisons. D’abord, si les syndicats n’existent pas aujourd’hui c’est parce que « leur marché syndical » n’est pas attaqué. Les syndicats de salariés français sont très faiblement représentatif, moins de 10% des actifs. Cependant, ils sont essentiellement implantés dans la fonction publique. Or, la fonction publique  n’est pas attaquée dans ses effectifs, ni son pouvoir d’achat. Le gouvernement a toujours ménagé cette population de fonctionnaires.

D’une part parce que c’est le cœur de sa clientèle et d’autre part parce que le gouvernement sait très bien que les mouvements revendicatifs dans la fonction publique sont très dangereux et coûteux. Les syndicats de la SNCF ou de la RATP peuvent bloquer la France. Les syndicats d’enseignants peuvent bloquer les mères de famille en perturbant complètement l’emploi du temps des enfants. Bref, on sait tous la gravité d’une grève des agents de l’État ou de l’hôpital. Tant que le gouvernement ne s’attaquera pas aux dépenses publiques, les syndicats de salariés ne peuvent pas bouger.

La deuxième raison, c’est que les syndicats sont absent ou presque des entreprises privées. Largement minoritaire ils peuvent être tentés par des actions radicales et surtout pas par la recherche d’une entente ou  d’un compromis. Enfin, troisième raison, les syndicats sont dans ce cas-là incapables d’apporter un soutien technique au gouvernement. Le gouvernement aurait besoin d’engager des réformes de  fond. Il ne peut pas compter comme en Allemagne sur l’appui technique et politique des syndicats.

Jamais, un gouvernement de la Vème République été aussi seul et démuni. Il ne peut pas compter  sur l’opinion publique, si sur sa majorité, piégée par des courants minoritaires de l’extrême gauche et des écolos. Il ne peut même plus compter sur la complicité et la bienveillance des syndicats qui ont disparus.

Le sujet vous intéresse ?

Thématiques

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !