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Deux règles simples pour améliorer son CV
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A l'attention de Monsieur le Directeur

Deux règles simples pour améliorer son CV

Qui n'a jamais écrit un curriculum vitae ... Ce laborieux exercice qui nous donne tant de souci. Voici quelques conseils, qui seront bien utiles à tous.

Xavier  Camby

Xavier Camby

Xavier Camby est l’auteur de 48 clés pour un management durable - Bien-être et performance, publié aux éditions Yves Briend Ed. Il dirige à Genève la société Essentiel Management qui intervient en Belgique, en France, au Québec et en Suisse. Il anime également le site Essentiel Management .

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Atlantico : Dans nos curriculum vitae, nous avons tendance à décrire les missions réalisées, comme, par exemple, "j'étais en charge du développement du produit sur trois départements" ou encore "je gérais une équipe de cinq personnes". Est-ce une erreur commune de décrire ses fonctions plutôt que ses compétences ?

Xavier Camby : Dans son CV, celui qui est candidat cherche premièrement à rassurer ses lecteurs et à se rassurer lui-même. Mais la crainte est mauvaise conseillère et cela donne des CV assez fades, des descriptions aseptisées et sans aucun relief des fonctions exercées. On connait bien les responsabilités habituelles d'un directeur financier, par exemple. Ses réalisations particulières (fusion, rachat, réorganisation...), ses résultats tangibles et mesurés seuls présentent de l'intérêt.

A défaut, ces descriptions sont  interchangeables d'un CV à l'autre, fastidieuses et sans aucune valeur ajoutée. Elles peuvent même laisser croire à un manque de hauteur de vue, un manque de pragmatisme. Ou encore laissent supposer qu'il y a quelque non-écrit que l'on veut cacher.

En effet, pour reprendre votre exemple, il semble plus utile et plus intéressant de dire : "j'ai recruté et formé trois des cinq personnes de mon équipe". "J'ai fait évoluer deux de mes collaborateurs vers d'autres fonctions, au siège... et j'ai recruté et formé leurs successeurs."

Les entretiens de recrutement sont souvent le lieu de la même démarche sécuritaire où le candidat va décrire sa "carrière" depuis son premier job, par le menu... Lassant tout interlocuteur...

Quel conseil principal donneriez-vous à une personne désireuse d'améliorer son curriculum vitae ?

Le premier conseil est de faire un CV plaisant à lire et à regarder, sans surcharge. Combien de temps pensez-vous qu'un chargé de recrutement puisse passer, en première lecture, pour sélectionner un CV ? Guère plus de 20 à 30 secondes ! Quelques secondes donc pour se retrouver - ou pas - dans la bonne pile.

Il faut donc aller à l'essentiel, de façon très claire et très dynamique. Comme dans une publicité, l'information essentielle doit sauter aux yeux, retenir l'attention et susciter l'intérêt.

Plutôt que de faire une seule recension historique d'un parcours professionnel passé, il doit encore induire, ou dire explicitement, les perspectives futures. Car c'est cela qu'achète le recruteur-sachant-recruter (je parle de l'employeur éventuel) : le futur d'un candidat ! Son passé ne sert qu'à attester de la légitimité de ses aspirations. Mais c'est son futur qu'un employeur normal cherche à envisager. Et donc un CV peut et doit inscrire une perspective future avec des projets (extra-professionnels aussi).

Un jeu amusant de nos amis américains consiste à valider l'intérêt de chaque affirmation de votre CV en la faisant précéder de cette proposition : "vous devez m'augmenter car..." j'ai fait ceci ou j'ai réalisé cela. C'est intéressant car vous sentez vous-même très clairement la pertinence de l'argument : vous augmenteriez vous vous-même parce que vous avez managé cinq personnes ? Non, bien sûr. Mais vous pourriez vous augmenter si vous les avez bien recrutées et bien formées.

Le fait de quantifier ses missions à l'aide de pourcentage et de chiffres concrets améliore-t-il le CV ou, a contrario, le rend-il difficilement lisible ?

Quantifier vos réalisations est indispensable ! Mais seulement celles qui sont majeures, originales et qui vous sont directement imputables. Si vous êtes directeur commercial et que les coûts de production de votre entreprise se sont sensiblement améliorés, il importe de décrire la causalité, a priori pas vraiment intuitive !

Des arguments qualitatifs aussi peuvent être utiles pour donner une bonne image de votre style de management, par exemple. Vous avez créé une équipe de foot au sein de votre team, vous organisez une activité bénévole citoyenne avec vos collaborateurs... Ces informations sont dans la dernières rubriques de votre CV, celle que le chargé de recrutement va souvent considérer le plus longuement.

Ces conseils s'appliquent-ils à tous les secteurs d'activité ? Y a-t-il un "CV type" recherché selon l'emploi auquel on postule ?

Ces conseils  sont utiles pour tout type de CV, sans aucune distinction de secteur ! Le "CV type" recherché est celui qui donne les informations utiles, en les soulignant ou en les mettant efficacement en valeur. Un CV doit être lisible et prédictif. Simple sur le passé, clair sur le présent (si vous postulez ailleurs, c'est que votre fonction actuelle ne vous satisfait pas complètement) et donnant des perspectives futures. Mettre en exergue un projet expliquant que vous avez décidé de vous consacrer désormais à la formation, après 20 ans de management, que vous allez y consacrer vos 20 prochaines années me semble parfaitement recevable.

En tant qu'ancien chasseur de tête, quels autres conseils donneriez-vous pour améliorer leurs CV ? Comment cacher certaines carences ? Comment mettre en valeur des expériences limitées ? N'y a-t-il pas un risque à trop gonfler ses compétences ?

Etre limpide. Cohérent. Nous savons tous que les CV "arrangent" la vérité. Nous induisons des perspectives flatteuses. Comment faire autrement ? Les descriptions de fonction font souvent de même, enjolivant l'employeur comme la fonction ! Les mentalités françaises demeurent hélas imprégnées de trois principaux vices de discernement :

  • L'échec ou l'épreuve n'ont de valeurs que négatives. Or chacun d'entre nous se trompe (au moins une fois), et on n'apprend réellement que de ses erreurs ! Le droit à l'erreur est même une permission ou une incitation à l'audace. Un CV sans échec m'apparaît hélas encore nécessaire en France. Mais l'entretien doit permettre de rectifier cela. Permettez-moi de réaffirmer cette sagesse de grand bon sens : seuls ceux qui ne font rien ne se trompent jamais !
  • Un esprit de caste qui fait que la formation initiale constitue toujours un critère essentiel. En fait, c'est idiot. Plus importantes sont les réalisations, les risques pris, les échecs assumés. Là se trouvent des candidats énergiques, à forte valeur ajoutée, à haut potentiel de créativité. J'aime aussi beaucoup ceux qui se forment tout au long de leur carrière, non pas par boulimie de diplômes, mais par curiosité intellectuelle.
  • Une vision étriquée, qui ne permet pas de changer plusieurs fois de métier au cour de son existence. C'est très dommageable à l'innovation et à la création de valeur. Beaucoup de nos voisins admettent qu'un étudiant en philosophie devienne financier puis change, créant une laiterie, une revue ou devienne commercial.

Les réseaux sociaux qui diffusent des CV contournent de plus en plus ces inconvénients. Comptent principalement désormais votre dernière expérience et les recommandations que vous avez su mériter. On ne peut que s'en réjouir.

Propos recueillis par Marianne Murat

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