Des VTC au travail du dimanche, la préférence française pour la complexité | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Des VTC au travail du dimanche, la préférence française pour la complexité
©

Le buzz du biz

Des VTC au travail du dimanche, la préférence française pour la complexité

En France, des principes uniques d’interdiction ou d’encadrement, qui comprennent quelques exceptions, régissent la vie des Français et empêchent les marchés de se développer. Décryptage comme chaque semaine dans votre chronique du "Buzz du biz".

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

Voir la bio »

Fin novembre, Uber, l’application de réservation de chauffeur particulier, était valorisée près de 40 milliards de dollars. Un record expliqué par son succès auprès des consommateurs, comme en réalité celui de l’ensemble du secteur des "VTC" (voitures de tourisme avec chauffeur) : chauffeur-privé, Allocab et autres. Pourtant, la réglementation française empêche le développement de l’activité de la firme américaine, en la poursuivant pour son offre de covoiturage rémunéré.

L’administration est dans son droit : la pratique en cause est, en France, clairement interdite. Il n’en reste pas moins qu’au-delà de ce rappel à la loi, cette dernière n’est peut être pas adaptée à l’économie et surtout à la société du 21e siècle… En fait, derrière ce conflit entre Uber et la loi française se pose la question plus large de l’adaptation de notre modèle administratif, celle des Anciens contre les Modernes.

La France est un pays centralisé. Nos responsables politiques aiment prendre des décisions qui s’appliquent de manière uniforme à l’ensemble de nos activités. Comme ils sont prudents et ne font jamais confiance aux citoyens, leurs normes reposent sur la contrainte et le contrôle plutôt que la liberté et l’incitation. Un principe unique d’interdiction (ou d’encadrement) régit ainsi souvent la vie des Français ; comme il est généralement inapplicable en pratique, il est complété par une multitude d’exceptions.

Notre pays a ainsi une préférence pour la complexité. C’est le cas du travail le dimanche : l’article R.3132-5 du code du travail fait près de 13 pages imprimées pour présenter la liste de l’ensemble des professions dans lesquelles il est autorisé de travailler ce jour de la semaine, par dérogation au principe d’interdiction (et cela va de la fabrication des chapeaux de paille aux avocats salariés). Alors qu’il serait plus simple de prévoir, à l’inverse, un principe de liberté qui serait encadré lorsque c’est nécessaire…

Uber, comme les innovateurs de la SiliconValley pointent du doigt ces dysfonctionnements français et, plus largement, européens. Comme le relève un article du Wall Street Journal cette semaine, les gouvernements du Vieux Continent aiment encadrer leur économie ; or, la disruption permanente induite par internet et ses applications, qui bouleversent les pratiques de consommation et les habitudes de vie, remettent profondément en cause cette capacité de contrôle. Bien plus que la mondialisation et les ateliers chinois, c’est le Smartphone de Madame Michu qui en train de faire vaciller les bases de l’économie administrée.

La réaction des autorités publiques consiste souvent à se brusquer et à favoriser la contrainte. Ce faisant, elles accroissent la rigidité des normes, alors que la pression dynamique auxquelles elles sont confrontées ne cesse de grandir. Le cadre, trop complexe et trop raide, pourrait finir par rompre. S’il ne se transforme pas rapidement, l’Etat centralisé ne sera pas uniquement contesté par les fameux GAFA, il sera humilié et relayé parmi les rebus archaïques de notre Histoire.

A son principe rigide de complexité, la France devrait préférer un principe de fluidité. Le concept n’est pas neuf, l’économiste américain William Baumol l’avait mis au cœur de ses analyses. C’est l’idée que, dans l’économie comme dans la société, le dynamisme induit par le marché permet les réussites les plus grandes, financières et sociales (comme le montre un livre excellent sur Israël, la Start-up Nation). C’est, d’une certaine façon, le principe méritocratique appliqué en économie, comme l’expliquait Jean-Marc Daniel dans son "socialisme de l’excellence". Il n’est pas trop tard pour s’en rendre compte !

 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !