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Tensions

Des véhicules blindés au milieu des vacanciers suédois : mais que se passe-t-il dans la Baltique ?

La Suède a intensifié sa préparation militaire en raison de la "situation sécuritaire accrue" dans la mer Baltique alors que les tensions dans la région ont atteint leur plus haut niveau depuis la guerre froide, notamment avec la situation en Biélorussie à la suite d'élections controversées et avec l'influence russe.

Florent Parmentier

Florent Parmentier

Florent Parmentier est enseignant à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié La Moldavie à la croisée des mondes (avec Josette Durrieu) ainsi que Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective

Pour le suivre sur Twitter : @FlorentParmenti

 

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Atlantico.fr : La Suède renforce sa présence militaire en mer Baltique suite à l'augmentation de l'activité russe dans la région et après le regain de tensions en Biélorussie à la suite des élections controversées. La Suède s'est réarmée ces dernières années, en se concentrant sur la région de la mer Baltique, où l'île stratégiquement importante de Gotland se trouve à proximité de l'enclave russe de Kaliningrad. La Suède considère que la situation sécuritaire autour de ses frontières s'est détériorée. Comment expliquer un tel regain de tensions en mer Baltique ?

Florent Parmentier : Il est vrai que la Suède manifeste sa capacité d’action militaire avec une emphase sans équivalent depuis le coup d’Etat d’août 1991 en Union soviétique.

Historiquement, la Suède et la Russie ont combattu à de multiples reprises, des affrontements entre la principauté de Novgorod et la Suède (XIIe-XIVe siècle) jusqu’à la guerre de 1808-1809 qui fait passer le Grand-duché de Finlande sous le contrôle de la Russie. L’île de Gotland et la région de Norrland sont plus particulièrement vulnérables, dans l’espace maritime ou aérien, du fait d’une moindre importance accordée à la défense du territoire que par le passé, l’Armée suédoise s’étant concentrée sur d’autres priorités comme les opérations de maintien de la paix. Le budget suédois de la défense augmente à présent, après une baisse sensible sur plusieurs décennies. Il faut du temps avant que les sommes investis produisent des effets.

La situation en Biélorussie est-elle au cœur des enjeux de cette nouvelle crise ?

La situation en Biélorussie peut avoir des incidences en matière sécuritaire en Pologne, dans les Etats Baltes (la Lituanie et la Lettonie ont une frontière commune avec la Biélorussie), et résonner vigoureusement dans les espaces politiques nationaux. Elle introduit certainement un élément d’instabilité, une nouvelle crise au milieu d’autres menaces – militaires, mais aussi sociales et environnementales.

Pour autant, elle ne semble pas encore inquiéter la Suède, dans la mesure où ni l’opposition ni le camp de Loukachenko ne semblent vouloir s’attaquer à l’intégrité ou à la souveraineté de la Suède.

Quelles sont les stratégies de la Russie et de la Suède dans ce dossier sensible ? La communauté internationale pourrait-elle apaiser les tensions ?

La Russie est dans une position attentiste en ce qui concerne la crise biélorusse. Elle ne souhaite pas un nouveau bras de fer comme celui qui a eu lieu il y a 6 ans au sujet de l’Ukraine. En patientant, Moscou se met dans une position d’arbitre : soit Loukachenko parvient à se maintenir, et la politique d’indépendance et de souveraineté de ce dernier vis-à-vis de la Russie s’affaiblira ; soit il y a une nouvelle équipe qui remplace Loukachenko, et il s’agira pour la Russie de rappeler au nouveau gouvernement qu’une sortie des alliances sera coûteuse à la Biélorussie. Dans les deux cas, la position russe peut en tirer bénéfice sans bouger une ligne de défense.

La Suède, pour sa part, entend suivre une voie européenne qui ne reconnaît pas la légitimité de Loukachenko, mais qui sait pour autant qu’il faudra lui parler dès lors qu’on envisage un départ négocié de celui-ci. Une politique de sanctions ciblées et un rappel aux valeurs de l’Etat de droit et des droits de l’Homme sont à prévoir.

Pour l’heure, les clés de cette crise ne dépendent pas des acteurs internationaux eux-mêmes, mais du choc de volonté entre une mobilisation sociale sans précédent dans l’histoire de la Biélorussie et un appareil répressif d’Etat qui est largement derrière ce qu’elle reconnaît comme son Président.

Cette crise et les tensions en Biélorussie vont-t-elles relancer le débat autour de l’instauration d’une armée européenne ?  

Il est tentant de voir dans chaque crise une opportunité pour se rapprocher de l’objectif d’une défense de l’Europe qui dépende des Européens eux-mêmes. Cependant, il faut observer la gêne des Européens devant les actions de la Turquie en Méditerranée orientale, qui constituent une violation ouverte de la souveraineté grecque et chypriote.

Dans la mesure où la Russie est attentiste – mais naturellement pas désintéressée – la crise actuelle risque sans doute de renforcer les attentes des Polonais et des Pays Baltes auprès du partenaire américain. Le départ de Donald Trump ne signifiera pas pour autant que les Etats-Unis seront un partenaire facile pour les Européens, son influence sur la politique étrangère se fera probablement sentir bien après la fin de son mandat. La thèse de la « parenthèse trumpienne » est risquée pour les Européens qui doivent se prendre en main pour ne pas déchanter à l’avenir.

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