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Derrière l’agression d’Eric Zemmour, les fractures d’une société encalminée par des idéologies dépassées
©JOEL SAGET / AFP

Mentalités

Derrière l’agression d’Eric Zemmour, les fractures d’une société encalminée par des idéologies dépassées

Eric Zemmour a été insulté et menacé par un individu en pleine rue à Paris. Les images diffusées sur les réseaux sociaux ont suscité l’indignation de nombreuses personnalités. Le parquet de Paris a annoncé samedi l’ouverture d’une enquête pour "violences" et "menaces".

Nathalie Krikorian-Duronsoy

Nathalie Krikorian-Duronsoy

Nathalie Krikorian-Duronsoy est philosophe, analyste du discours politique et des idéologies.
 
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Il y a ceux qui ne savent que cracher sur Eric Zemmour, ce que d’autres écrivent, il y a ceux qui voient la réalité que d’autres, au nom d’une idéologie de gauche, refusent d’admettre.

Il y a d’abord eu la vidéo de l’agression contre Eric Zemmour jeudi dernier, puis sa légitimation samedi, par le journaliste de gauche Claude Askolovitch[1], qui écrit dans Slate.fr sa détestation moralisatrice de la victime : « Zemmour est détestable tout autant que celui qui le brime ». Avec pour argument central en un mot : Zemmour l’a bien mérité.

Pour moi, je vois, dans cet immonde petit film, comment l’éloge des différences ethniques et culturelles de l’antiracisme racialiste des années 80, mixé au reliquat des discours marxisants et antifascistes des années 60, conduit à l’acte de la brute épaisse qui attaque Zemmour.

Journaliste et essayiste connu du grand-public pour son émission contradictoire, en duo avec Eric Naulleau et son livre Le Suicide Français, paru en 2014, Eric Zemmour est devenu la symbolique vivante de tout ce que le discours dominant a appris aux « jeunes des cités », on dit « banlieues » aujourd’hui, à haïr, en les persuadant qu’ils en étaient les victimes.

En un mot : l’agression d’ Eric Zemmour, est archétypique d’un acte rendu légitime par quarante ans d’infusion dans les mentalités d’une idéologie de gauche qui ne supporte pas la contradiction.

En politique comme en science - on l’a vu récemment dans la polémique opposant les pontes de la méthode scientifique contre la médecine du Dr Raoult- il y a la théorie et la pratique. Entre la théorie et la pratique, il y a le passage à l’acte, motivé par l’idéologie, qui rend possible et légitime les actions en leur donnant un sens.

Dans la vidéo l’auteur des faits exulte. Il se sent investi d’une mission, s’auto-proclame représentant d’une cohorte de ses semblables, tous anti-racistes et antifascistes visant, comme lui, Eric Zemmour, dans lequel ils voient l’incarnation du mal.

C’est pourquoi l’agresseur s’affiche sur les réseaux sociaux, persuadé d'être dans son droit. Il pense que la loi est de son côté, ou bien, qu’il est suffisamment fort pour la braver. Nul doute en lui, son exaction est légitime.

A contrario, toute personne douée de raison et d’un minimum d’empathie éprouve un sentiment d’horreur devant ces images montrant un petit homme chargé de lourds sacs emplis du ravitaillement en denrées de premières nécessités, confinement oblige, courbant l’échine sous la charge, peinant à se hâter pour échapper à la violence des menaces de l’individu qui le poursuit physiquement et moralement de sa vindicte et de sa haine, l’insulte, puis se vente, en direct sur Snapchat, de lui avoir cracher dessus.

Eric Zemmour subit une situation semblable à ce qu’a vécu à deux reprises l’Académicien Alain Finkielkraut, insulté en pleine rue, menacé de coups, traité lui aussi de fasciste et de raciste.

Ces images ne sont pas sans rappeler pour les historiens, une période, en Allemagne, où des jeunes hommes forts et virils, portant l’uniforme, s’employaient à humilier et à violenter des hommes et des femmes plus faibles et impuissants à se défendre, terrassés par la doxa nazie qui les vouait à la vindicte publique et aux pires exactions.

Je vois l’agresseur de Zemmour comme le pur produit de l’histoire que nous vivons. D’une société désunie où disparait la norme morale commune à tous, enseignée jadis dans les écoles. Mais la nostalgie n’est pas mon fort.

Je constate que cette agression illustre concrètement combien les fractures sociales entre différents types de populations, analysées récemment dans trois bons livres[2], doivent retenir notre attention, car leur gravité n’est pas tant d’ordre économique que culturel et moral, et partant intellectuel.

La vie politique de la France est intimement liée à l’histoire des idées à laquelle elle doit son identité. La domination intellectuelle et morale de la gauche d'aujourd’hui est encore formée de deux grands courants d’idées que la réalité rend pourtant obsolètes et inopérants pour comprendre les sociétés du XXIème siècle : l’anti-fascisme d’après la seconde guerre mondiale et l’idéologie antiraciste et différentialiste de la fin du XXème siècle.

Ce décalage d’avec la réalité sociale actuelle explique, pour une large part, la disparition électorale progressive des partis politiques de gauche, PC, PS etc…

Pourtant cette obsolescence progressive de la gauche n’a contradictoirement pas encore entamé sa position idéologiquement dominante dans la société. Comme en témoigne, les procès intentés à Eric Zemmour, précisément, qui doit comparaître pour « provocation à la haine raciale » après que celui-ci ait établi un rapprochement en septembre 2019, lors de la Convention de la droite[3] entre islam, islamisme et terrorisme. 

Depuis une dizaine d’années, l’émergence d’une contre-culture de droite s’oppose à la traditionnelle domination de la gauche intellectuelle. Elle est relayée par des médias qui favorisent le débat d’idées : le magazine Atlantico.fr, le Figaro-Vox, RMC, Sud Radio ou CNEW. Ce n’est pas sans soulever une attitude réactionnaire de la part de ses adversaires idéologiques.

Cette ouverture au dialogue, et la possibilité d’entendre enfin d’autres analyses, a le mérite de pointer du doigt le danger réel, immédiat, quotidien d’une néo-culture islamisée des banlieues qui a son langage et ses moeurs, autant que les . journalistes et les intellectuels tonitruants de la gauche moralisatrice qui désignent à la vindicte publique ceux qu’ils brocardent de racisme ou de fascisme.

Entre cette gauche bornée qui avance avec des oeillères comme un âne dans le brouillard, qui refuse de voir la réalité en face et considère toute critique contre les dérives totalitaires d’une religion, ou le constat d’une sécession culturelle dans les banlieues comme des tabous, il y a fort à parier que la France démocratique, la France qui se disait Charlie, sera de plus en plus nombreuse à regarder Face à l’Info sur CNEWS.


[1] Auteur notamment de :Nos mals-aimés : ces musulmans dont la France ne veut pas, Paris, Grasset, 2013

[2]L’archipel français de Jérôme Fourquet, Bloc contre Bloc de Jérôme Sainte-Marie, Recomposition, d’Alexandre Devecchio.

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