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L'affaire Cahuzac révèle le manque d'éthique du gouvernement.
L'affaire Cahuzac révèle le manque d'éthique du gouvernement.
©Reuters

Partie immergée de l'iceberg

Derrière l'affaire Cahuzac, la mollesse éthique de la classe politique

L'affaire Cahuzac révèle les origines du mal qui nous ronge et l'ancien ministre du Budget ne devrait pas servir de bouc émissaire pour masquer la mollesse éthique qui a permis qu'on arrive à une telle situation.

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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Le sage montre du doigt, l’imbécile regarde le doigt... Le cas Cahuzac correspond une fois encore à la sagesse de cet adage chinois. Quand nous aurons fini de hurler à la mort et de conduire avec délectation et haine dans un parfait ensemble l’ancien ministre en place de grève, on pourra s'interroger sur les origines du mal qui nous ronge.

Le président de la République était tout occupé à se tenir bien droit dans les médias pour s'indigner de cet abus de confiance de son ministre (abus de faiblesse ?) ; on pourra réfléchir au fait qu'en recrutant un collaborateur talentueux au poste éminent de ministre du Budget (et donc des impôts !), et pour remplir le lot de promesses électorales enflammées d’un parti qui lave plus blanc que blanc,  le chef de l'Etat aurait pu se poser quelques questions préalables sur les éventuels conflits d'intérêts de ses futurs et proches collaborateurs. Facile de se lancer dans une inflation infinie de mesures futures, de déclarations, de mises en garde, de promesses... alors que pour bien commencer, il suffisait de poser aux "candidats pressentis" les questions basiques que n’importe quel recruteur poserait à un cadre supérieur qu'il voudrait engager !

"Vous étiez, cher Monsieur, au ministère des Affaires sociales au sein duquel vous avez fait partie du cabinet du ministre de l’époque, Claude Evin. Tout de suite après vous avez intégré l'industrie pharmaceutique en tant que conseiller technique. Aviez-vous eu des contacts avec certains interlocuteurs avec lesquels vous avez eu des relations de pouvoir ?"

Inutile d'aller plus loin. On ne peut plus s'autoriser le moindre soupçon à ce niveau de responsabilités. Sans mettre en doute à cet instant la probité du candidat de l'époque, il me semble qu'on aurait pu creuser un peu le sujet et interroger les milieux concernés ; on prend bien des références pour une simple femme de ménage !

Dans n'importe quelle entreprise, on appelle les précédents employeurs des cadres ou même des employés... On vérifie les conflits d'intérêts possibles, on épluche le CV. Mais peut-être qu'un poste de ministre est moins important et ne nécessite pas tant de précautions ! Ou bien que l'appartenance à un parti est un blanc seing ! Et encore mieux si on a contribué à son financement.

Alors que 8 mois après le Premier ministre annonce une sévérité accrue sur les conflits d'intérêts, ça prête à sourire.

Quel rapport avec le compte en Suisse me direz-vous ? Peut-être aucun ! Sauf que le terme "irréprochable" n'était déjà pas de mise lorsqu'on examinait même rapidement le parcours de Jérôme Cahuzac qui ne correspondait pas aux critères intransigeants que l'on nous promet à droite comme à gauche. La haute fonction publique doit être irréprochable et au dessus des critères de sélection habituels... elle nécessite un degré de "suspicion" sur le cursus d'un homme à un niveau inégal ailleurs, et dans le doute on s'abstient !

La morale qui étouffe aujourd'hui les esprits si bien pensants a quelque chose d'outré et de choquant ! Les tartufes sont légions et il est tout aussi moralement inacceptable de conspuer un homme, fut-il coupable, que de se racheter sur son dos une légitimité politique et morale en danger. "Ce n’est pas moi, c'est lui, je ne savais pas, je le jure... Il est très méchant !".

Un certain manque de hauteur non ? La grandeur d'âme manque singulièrement.

Plus l'indignation se manifeste, plus on sent la peur au ventre et le sauve qui peut.

On ne peut s'empêcher d'imaginer de Gaulle face à un problème de cette nature...

Jérôme Cahuzac a menti, il a écrit une lettre qui laisse entrevoir une véritable sincérité sur la schizophrénie qui a dû le miner pendant toutes ces années ; jusqu'à se mentir à lui même sur la réalité de ce compte qu’il voulait nier totalement et auquel il ne touchait apparemment plus...

Alors oui, c'est honteux d'avoir menti à l'Assemblée nationale mais il va le payer dans tous les sens du terme.Ce serait encore plus honteux que de s'en servir comme bouc émissaire pour masquer la mollesse éthique qui a permis qu'on arrive à une telle situation.

Nous avons le choix maintenant concernant le pouvoir au plus haut niveau : ignorance et incompétence ? Aveuglement par lâcheté ? Cynisme du pas vu, pas pris ? Médiapart est-il infiniment mieux renseigné que nos renseignements généraux ?

Alors laissons Jérôme Cahuzac vivre sa descente aux enfers et interpellons plutôt notre classe politique dans la vérité de ses petits arrangements et dans sa superbe intolérance : des lois, vite des lois ! Oui mais pour les autres !

Le sujet vous intéresse ?

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